Confronté pour la première fois à un groupe RN au Sénat, le nouveau défi de l'inusable Gérard Larcher
Publié aujourd'hui à 08h05
Lire dans l'appBFMMarie-Pierre Bourgeois avec AFP
Le président de la chambre haute devrait être très largement réélu à ses fonctions ce jeudi. Mais cette victoire sans surprise ne doit pas cacher le défi que représente pour le Sénat d'accueillir désormais une quinzaine de sénateurs RN, tandis que Marine Le Pen compte mettre sous pression le Palais du Luxembourg en cas de victoire en 2027.
Un sixième mandat qui devrait commencer dans quelques heures. Assuré d'être réélu à la présidence du Sénat, Gérard Larcher brigue ce jeudi 1er octobre un nouveau bail de trois ans sur fond d'entrée en force du Rassemblement national - une première dans l'histoire de la Ve République.
En dépit de 6 défaites, le nombre de sénateurs LR reste en effet relativement stable, passant de 131 à 125 au soir des résultats des sénatoriales, en faisant toujours très largement la première force politique de la chambre haute, allié avec les centristes qui n'ont, eux, perdu aucune plume.
Et ce ne sont pas les 15 sénateurs RN-Union des droites, à l'arrivée très symbolique mais trop peu nombreux pour vraiment changer les équilibres, qui vont changer la donner.
"Je ne vois pas comment il peut y avoir de bouleversement", expliquait ainsi auprès de BFM le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse dès l'été.
"Règle numéro une: le président a toujours raison"
Le sénateur des Yvelines devrait largement être réélu dans un fauteuil, lui qui occupe la fonction sans discontinuer depuis 2014. L'ancien ministre du Travail de Jacques Chirac a pour lui de savoir négocier et discuter, y compris au-delà de ses propres troupes politiques, une grande force au Sénat où le passage en force n'est pas dans l'ADN.
Quitte parfois à alimenter les soupçons d'opacité de l'institution comme lors de l'affaire Joël Guerriau, ce sénateur condamné en première instance pour avoir tenté de droguer à son insu la députée Sandrine Josso pour la violer.
"C'est un 'madré' de première, attentif à tout, voulant résoudre tous les problèmes. Un personnage d'une habileté incroyable, qui sait parfaitement où il veut aller mais qui sait arrondir", décrit son premier opposant, Patrick Kanner, président du groupe socialiste.
"Quand vous arrivez au Sénat, on vous fait une anesthésie générale, on vous injecte du Larcher. Règle numéro une: le président a toujours raison. C'est tout en crainte et en rondeur", s'amuse de son côté un ancien sénateur LR.
L'inconnue du groupe RN
L'atmosphère pourrait cependant changer l'atmosphère et faire dérailler la ligne de Gérard Larcher, partisan très ferme d'une ligne "ni RN, ni LFI" et de l'alliance de la droite et du centre, lui qui promet depuis des semaines d'œuvrer à un rassemblement entre Édouard Philippe et Bruno Retailleau.
"Les accords discrets dans les couloirs se feront maintenant sous les yeux de nos 15 sénateurs", a prévenu Marine Le Pen dimanche soir sur Public Sénat. Et de railler au passage ces élus qui auraient "maugréé" après les sénatoriales parce qu'il ne faudrait "pas les déranger pendant la sieste".
"L'arrivée de ce groupe, à un tel niveau, va profondément bouleverser le comportement des uns et des autres. Ça ne pourra pas en être autrement. La présidence du Sénat ne peut plus rester la même", regrette la présidente des sénateurs communistes Cécile Cukierman.
De son côté, Gérard Larcher a déjà prévenu. "Je souhaite que le Sénat reste cette assemblée du débat apaisée, de la raison et de la réflexion", a expliqué le sénateur des Yvelines dans la foulée de l'annonce de sa réélection lors d'un discours depuis la chambre haute.
Vers un bras de fer?
Comprendre: le locataire du Plateau - le nom donné au lieu surélevé situé face à l'hémicycle où siège le président du Sénat - ne laissera pas les débats "se bordéliser comme à l'Assemblée nationale", traduit un sénateur centriste à BFM. Mais le sénateur des Yvelines ne veut pas non plus aller trop loin dans le bras de fer avec les troupes RN.
"Nous permettrons à chaque groupe d'exercer pleinement ses droits" au Sénat, y compris au sein des présidences de commission et au bureau, a promis Gérard Larcher. De qui peut-être éviter de commencer déjà un bras de fer avec Marine Le Pen.

Sénatoriales 2026: quels sont les avantages que décroche le RN avec son nouveau groupe parlementaire?
3:13
En cas de victoire à la présidentielle, la présidente des députés RN a déjà annoncé vouloir modifier la Constitution via l'article 89 pour largement étendre les possibilités de référendum, très encadrées aujourd'hui. Mais une telle modification nécessite l'accord de la chambre haute qui, semble, pour l'instant peu probable.. Le président du Palais du Luxembourg n'a, lui, de cesse de répéter depuis des années la formule de Charles de Gaulle, indiquant qu'on ne "touche à la Constitution que d'une main tremblante".
"Le Sénat va vivre un moment de rupture politique, il va falloir parler d'une voix claire. Larcher est la valeur refuge derrière laquelle tout le monde va devoir se ranger", analyse le constitutionnaliste Benjamin Morel. "Paradoxalement, il n'a jamais été aussi peu menacé à son poste alors même qu'il fait sans doute face au plus grand défi de sa carrière politique".
Sujets liés :