Connu pour s’être échappé de Toulon le 27 novembre 1942, le sous-marin Casabianca revit dans un ouvrage de plus de quatre cents pages

Connu pour s’être échappé de Toulon le 27 novembre 1942, le sous-marin Casabianca revit dans un ouvrage de plus de quatre cents pages

Plus de 80 ans après l’évasion du sous-marin Casabianca au nez et à la barbe des soldats allemands, alors qu’une grande partie de la flotte de surface se sabordait en rade de Toulon, le livre du commandant Jean L’Herminier, héros de ce 27 novembre 1942 et des sept missions secrètes en Corse, est toujours offert à tout nouveau sous-marinier ! Mais en cette année 2026, tout au long de laquelle la Marine nationale commémore son 400e anniversaire, un autre ouvrage pourrait bien devenir la nouvelle référence.

Avec ses 464 pages et 650 iconographies, le livre « Casabianca, des hommes, une légende » en impose. Franck Lalanne, son auteur et éditeur, reste humble. « L’un de mes premiers lecteurs, un sous-marinier, m’a dit : c’est le plus beau de mes livres. C’est valorisant. Évidemment, ça me touche. Mais ma seule fierté est de pouvoir rendre hommage à tous les membres d’équipage du Casabianca ». Ceux présents en 1942-1943, aux heures les plus glorieuses du fameux bateau noir. Mais aussi tous les autres qui ont navigué à bord pendant les douze années de service du sous-marin (1935-1947).

Franck Lalanne, dessinateur industriel installé dans une petite commune située au sud d’Annecy, a consacré 16 ans de sa vie à faire des recherches sur ce sous-marin qui incarne encore aujourd’hui le refus de subir, la volonté de combattre. Rien ne relie pourtant le sexagénaire au Casabianca. Enfin pas directement. « Je n’ai jamais eu aucun parent dans la marine, mais le parrain de ma mère faisait partie de l’équipage du Casabianca qui a réussi à s’échapper de Toulon en novembre 1942. Même s’il n’y avait pas de lien du sang, cette histoire touchait beaucoup ma mère », confie-t-il.

Le parrain en question s’appelle Maurice Heichette. Si Franck Lalanne l’a connu, il a surtout découvert l’histoire du sous-marin Casabianca en lisant la première édition du livre éponyme de Jean L’Herminier. « J’ai plongé dans l’ouvrage et je me suis passionné. Pour être franc, au début, je voulais créer un escape game autour de cette histoire incroyable et puis je me suis mis en tête de rechercher les anciens du Casabianca, ou leurs familles ».

Commence alors une longue et minutieuse enquête. « Je me suis rapproché du service historique de la Marine, j’ai sollicité les mairies, les pompes funèbres, j’ai visité les cimetières… Sur les 183 sous-mariniers qui ont servi à bord du Casabianca entre 1935 et 1947, j’ai réussi à entrer en contact avec 90 familles. En France principalement, mais aussi en Angleterre, en Belgique, aux États-Unis… C’est là où mon livre se distingue des autres », raconte Frank Lalanne.

De belles rencontres

Illustration évoquant le sous-marin Casabianca s’évadant de Toulon, au nez et à la barbe des Allemands, le 27 novembre 1942.
Illustration évoquant le sous-marin Casabianca s’évadant de Toulon, au nez et à la barbe des Allemands, le 27 novembre 1942.
DR / Roberto Lunardo / Marine Nationale

Si le commandant L’Herminier n’a eu aucune descendance, Franck Lalanne a quand même fait quelques belles rencontres. Nicole Gicquel en fait partie. « C’est la fille de Louis Gicquel, ancien électricien du Casabianca. Elle a hérité de son père de fonds documentaires incroyables dans lesquels j’ai pu piocher. Elle m’a également aidé à entrer en contact avec les familles d’autres anciens sous-mariniers ».

La rencontre avec René Passerel, mécanicien du Casabianca, mais après le commandement de Jean L’Herminier, relève quant à elle du miracle. « J’avais un numéro de téléphone à 8 chiffres. J’ai rajouté un 04 devant et j’ai appelé. Une voix, plutôt jeune, m’a répondu et m’a confirmé qu’elle était bien de la famille de René Passerel. J’ai cru que c’était sa fille. En fait, c’était sa femme. Assez rapidement, elle m’a dit : le mieux, c’est que je vous le passe ! », raconte Franck Lalanne, encore incrédule.

Des anecdotes, l’auteur en a à revendre. Même Marie Miagkoff, la maquettiste à qui il a fait appel, a un lien avec le sous-marin Casabianca. « Quand j’ai appris qu’elle était la petite-fille de René Taglang, un ancien du Casabianca, je me suis dit que ça ne pouvait être qu’elle qui m’aide dans la mise en page du livre », témoigne-t-il.

Une lettre qui change tout

Le sabordage de la flotte française, il y a 75 ans.

En tournée actuellement dans le Var, et plus particulièrement à Toulon, haut lieu de la sous-marinade, Franck Lalanne est intarissable sur le sujet. Et si dans la mémoire collective, on retient surtout l’évasion de Toulon au nez et à la barbe des Allemands, son ouvrage raconte aussi le changement de nom du sous-marin au tout dernier moment. « Initialement, le sous-marin devait s’appeler Casablanca. C’est le ministre de la Marine de l’époque, François Pietri, qui a décidé de lui donner le nom de Luce de Casabianca, un officier de marine corse du XVIIIe siècle. Il suffisait de changer une lettre », s’amuse-t-il.

L’auteur revient aussi assez longuement sur les patrouilles effectuées en 1939-1940 en Atlantique Nord ou le long des côtes norvégiennes, que ce soit pour accompagner des convois, ou intercepter des navires allemands. Ou encore sur les sept missions en Corse qui valurent au Casabianca du commandant L’Herminier d’arborer un pavillon Jolly Roger orné de sept dagues. « En débarquant secrètement les hommes du bataillon de choc, le sous-marin Casabianca a été le fer de lance de la libération de la Corse. Je suis très fier de participer au devoir de mémoire ».

Un ouvrage de référence, on vous dit.