Reportage Afrique - Crise post-électorale de 2016 au Gabon: quel a été le rôle de la France?

Reportage Afrique - Crise post-électorale de 2016 au Gabon: quel a été le rôle de la France?

Il y a 10 ans, le Gabon connaissait la pire crise post-électorale de son histoire. Dans la nuit du 31 août au 1ᵉʳ septembre 2016, dans la foulée de l'annonce extrêmement contestée de la réélection d'Ali Bongo, un assaut armé était lancé contre le QG de son adversaire, Jean Ping. Le début d'une semaine de chaos à Libreville entre pillages et répression féroce dont on ne connaît toujours pas le bilan réel. Autre question toujours en suspens : quel rôle a joué la France à cette époque ? À Paris, où des plaintes sont toujours en cours d’instruction, la question embarrasse. 

En septembre 2016, un chef d’entreprise franco-gabonais, qui souhaite rester discret, dépose plainte en France, notamment pour crime contre l’humanité. À l'époque gardé à vue puis libéré, il est encore marqué par les scènes d’horreur qu’il a vécues au QG de Jean Ping. « Je me souviens d’un jeune homme, je pense qu’il avait pris une balle dans la clavicule et ça sortait comme si on avait brisé une baguette de pain en deux », se rappelle-t-il, ému. Aujourd’hui, il espère toujours voir la procédure aboutir. « Ce qui me ravit, c’est que l’enquête dix ans après soit toujours en cours, souligne-t-il. Ce qui veut dire qu’on aura la vérité sur cette affaire. »

D’autres plaintes ont été déposées en France, la justice doit notamment se pencher sur les allégations de crime contre l’humanité, mais aussi sur l'implication de ressortissants français dans les violences. En effet, certains Français étaient alors sous contrat avec la Garde républicaine gabonaise, qui a participé à l’assaut de la nuit du 31 août, et plusieurs d’entre eux sont mentionnés dans une plainte que RFI a pu consulter.

Deux personnes présentes au QG affirment à RFI avoir entendu des soldats parlant français avec des intonations françaises. « Ces voix venaient du haut du bâtiment, précisent-elles, certainement venant d'un hélicoptère, et d’autres venaient du bas du bâtiment. C’est comme s’ils donnaient des ordres à leurs coéquipiers. »

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Un manque de collaboration des autorités françaises ?

En juillet 2020, dans le cadre des enquêtes, la gendarmerie française adresse une réquisition judiciaire au ministère des Affaires étrangères et lui demande tous les documents sur 2016. À la tête de la direction Afrique du Quai d’Orsay, c’est alors Christophe Bigot, venu des renseignements extérieurs, la DGSE. Sous ses ordres, la direction Afrique n’aurait fait parvenir initialement que 35 documents sur les 315 disponibles. C’est ce que dénonce un haut fonctionnaire, qui a fait un signalement au parquet en 2024. Il nous a parlé sous anonymat. « J’ai été indigné du fait que des personnes au sein de l’administration se croient autorisées à passer outre les règles. Pourquoi cette limitation ? », interroge-t-il. Dans le signalement que RFI a pu consulter, un mail interne de Christophe Bigot indique que les documents fournis doivent être centrés sur les victimes françaises. « Il est en train de limiter, d'interpréter la réquisition », fustige le haut fonctionnaire.

Contacté par RFI, le Quai d’Orsay affirme qu’il ne « commente pas une enquête judiciaire actuellement en cours et collabore pleinement avec les autorités judiciaires ».

La plupart des Gabonais gardent aujourd’hui en tête le silence de Paris sur la réélection contestée d’Ali Bongo et la crise post-électorale. Une inaction qu’ils ont perçue comme une forme de soutien au régime. La France n’a pris aucune sanction contre le Gabon, se retranchant souvent derrière l’Union européenne.

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