Débâcle de la CDU allemande, la droite conservatrice en voie de disparition ?

Débâcle de la CDU allemande, la droite conservatrice en voie de disparition ?

Retour sur la débâcle électorale du chancelier Friedrich Merz en Allemagne, avec cette question : face aux assauts des populistes, les droites européennes sont-elles vouées à disparaitre ?

Publié le mardi 22 septembre 2026 à 07:42

Il faut d’abord mesurer la chute : la CDU est – a été – depuis la guerre le parti de centre droit le plus puissant d’Europe. Avec Adenauer, Kohl, Merkel, ses chanceliers ont façonné l’Allemagne moderne pendant près de cinquante ans. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est issue de ses rangs. Mouvement à la fois conservateur, social et pro-européen, il a longtemps servi de modèle à la démocratie chrétienne européenne. Le voir s’effondrer à 5% en Mecklembourg-Poméranie, à 20% dans les sondages nationaux, 10 points derrière cette AfD qui flirte avec les néonazis, c’est voir vaciller le modèle même de la droite de gouvernement européenne.

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Un modèle condamné ?

C’est la conviction de la plupart des dirigeants d’extrême droite, persuadés que l’histoire souffle dans leur sens. Et qu’un mouvement irrépressible va balayer les vieux partis de gouvernement.

Alors, disons d’emblée que c’est loin d’être vrai partout. En Espagne, le Parti populaire reste la première force de droite malgré Vox. En Grèce, la Nouvelle Démocratie domine. Au Portugal, l’Alliance démocratique gouverne. La droite a encore de beaux restes.

Mais en Allemagne, j’y reviens, la cheffe de l’AfD Alice Weidel répète que son mouvement a déjà « remplacé » la CDU en tant que grand parti populaire. Tandis qu’en France, Éric Ciotti, qui a déjà fait la jonction avec l’extrême droite, affiche exactement la même ambition : siphonner ce qui reste de LR, qui n’a pas été aspiré par le macronisme.

Qu’est-ce qui fragilise toutes ces formations ?

Le déplacement du débat : l’économie qui structurait l’opposition gauche/droite entre État et marché laisse place à un clivage culturel, sur fond d’identité et d’immigration, ou bien "système" contre "antisystème".

L’usure du pouvoir : les droites classiques ont presque toutes gouverné ; les populistes, encore rarement.

Ajoutez en Allemagne comme ailleurs le piège du cordon sanitaire : refuser de s’allier à l’extrême droite oblige la droite à gouverner avec la gauche et à donner à une partie de ses électeurs un sentiment de trahison. C’est le risque de la substitution. Quand la levée du cordon, au contraire, expose la droite au risque d’absorption ou de vassalisation par l’extrême droite.

Il n’y a donc aucune stratégie gagnante ?

Il y a deux stratégies presque toujours perdantes : l’imitation et la coalition.

L’imitation, cela a été démontré par des travaux de science politique, et vu notamment en Autriche : copier les positions de la droite radicale ne faut que légitimer ses thèses, et l’électeur finit par préférer l’original.

Quant à la grande coalition, c’est le remède qui aggrave le mal. En Allemagne, les coalitions Merkel des années 2013-2021 coïncident avec l’enracinement de l’AfD, en monopole de l’offre d’opposition.

Dernière remarque, qui contredit les généralités qui précèdent : l’incarnation pèse lourd. Les droites qui s’effondrent sont celles dont les directions se succèdent sans ligne claire, et sans leader incontesté, comme les conservateurs britanniques depuis Boris Johnson ou les LR français depuis l’échec de François Fillon.

En Italie, cette leçon d’incarnation a été administrée par une héritière de l’extrême droite : Giorgia Meloni. Elle n’a pas fait complètement disparaitre la droite traditionnelle, elle en a pris les commandes.

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