DÉCRYPTAGE. Affaire Jubillar : "Les faits sont un peu têtus"... Pourquoi une nouvelle reconstitution est nécessaire après les aveux de Cédric

DÉCRYPTAGE. Affaire Jubillar : "Les faits sont un peu têtus"... Pourquoi une nouvelle reconstitution est nécessaire après les aveux de Cédric

l'essentiel Après les aveux de Cédric Jubillar et la découverte d'ossements de Delphine à Mailhoc (Tarn), une nouvelle reconstitution apparaît comme une étape quasi inévitable de l'enquête. Que chercheront réellement les magistrats ? Pourquoi cet acte d'instruction est-il devenu indispensable ? De la maison de Cagnac-les-Mines au champ de Mailhoc, un avocat pénaliste habitué de ces opérations nous décrypte les coulisses d'une mise en situation déterminante pour la manifestation de la vérité.

Pendant des années, les juges ont travaillé sans corps, sans aveux et sans témoin direct. Aujourd'hui, ils disposent d'un récit. Encore faut-il en vérifier chaque détail. "La grosse différence, bien évidemment, c'est qu'il y a eu des aveux", résume un avocat pénaliste albigeois, habitué des reconstitutions criminelles. "Il est allé bien au-delà désormais", observe-t-il, en référence aux déclarations dans lesquelles Cédric Jubillar affirme avoir étranglé son épouse dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.

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Une première reconstitution avait bien été organisée en décembre 2022 à Cagnac-les-Mines. Mais à l'époque, l'accusé niait toute implication. Cette fois, l'exercice serait d'une tout autre nature. D'ailleurs, les parties civiles y sont largement favorables. L'avocat des enfants du couple, Me Laurent Boguet, estime qu'elle permettra de confronter les dernières déclarations de Cédric Jubillar "à des réalités un peu têtues", celles des indices accumulés depuis cinq ans.

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Confronter les aveux aux réalités du dossier

L'objectif ne sera pas de refaire le procès, mais de vérifier si le récit tient face aux constatations matérielles. "Ils vont vouloir reconstituer les faits afin de déterminer si l'auteur avait une démarche intentionnelle ou s'il s'agit de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, ce qui réduit le quantum maximum encouru à 20 ans de réclusion", explique le pénaliste.

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Un policier ou un gendarme pourrait ainsi tenir le rôle de Delphine Jubillar. "J'ai déjà connu ce type de situation", confie-t-il. Les enquêteurs demanderont alors au mis en cause de reproduire précisément ses gestes, ses déplacements et les paroles qu'il dit avoir prononcées. "Où vous trouviez-vous ? Quels gestes avez-vous effectués ? Quelles paroles avez-vous prononcées ? Tout sera consigné au procès-verbal."

Cédric Jubillar, les avocats et d'autres acteurs du futur procès devraient revenir dans différents lieux comme la maison du couple.
Cédric Jubillar, les avocats et d'autres acteurs du futur procès devraient revenir dans différents lieux comme la maison du couple. DDM - MARIE PIERRE VOLLE

Mais cette mise en scène judiciaire ne s'improvise pas. "Croyez-moi, si les avocats font correctement leur travail, cette reconstitution aura été préparée longtemps à l'avance", assure le pénaliste. Selon lui, les défenseurs de Cédric Jubillar anticiperont chaque étape avec leur client afin qu'il reproduise "exactement les gestes qui auront été convenus" et qu'il soit prêt à répondre aux questions des magistrats.

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Cette reconstitution offrira aussi un contrepoids aux aveux. Car, en l'absence de témoin direct, les déclarations de Cédric Jubillar devront être confrontées aux éléments du dossier. Les magistrats pourront notamment lui demander d'expliquer les cris entendus par plusieurs voisins ou les lunettes cassées de Delphine, points sur lequels il n'avait jamais apporté de réponses lors de la première reconstitution.

De la maison de Cagnac au champ de Mailhoc

Selon cet avocat, la première séquence devrait logiquement se dérouler "au domicile conjugal". Les enquêteurs y rejoueront la dispute, l'étranglement, puis les instants qui ont suivi.

En 2022, la première reconstitution avait eu lieu à Cagnac-les-Mines.
En 2022, la première reconstitution avait eu lieu à Cagnac-les-Mines. DDM - EMILIE CAYRE

La reconstitution pourrait ensuite se poursuivre sur le trajet jusqu'à Mailhoc. "Le timing est un élément extrêmement important", insiste-t-il. Les enquêteurs chercheront à mesurer le temps nécessaire pour charger le corps dans le véhicule, emprunter l'itinéraire décrit par l'accusé puis rejoindre le champ où les ossements ont été découverts.

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Enfin, Cédric Jubillar devrait expliquer ce qu'il affirme avoir fait après avoir enterré le corps : le sort réservé aux vêtements, aux téléphones, puis son retour au domicile avant son appel aux gendarmes à 4 h 09.

La maison du couple Jubillar à Cagnac-les-Mines.
La maison du couple Jubillar à Cagnac-les-Mines. DDM - MARIE PIERRE VOLLE

Reste la question du calendrier. Faut-il attendre décembre pour retrouver les mêmes conditions ? "Je ne pense pas", répond le pénaliste. En revanche, "ils chercheront à reproduire l'horaire". Enfin, selon lui, une certitude : la scène devrait se dérouler de nuit. "Toutes les reconstitutions auxquelles j'ai participé ont eu lieu au même horaire que les faits."