Demi Vollering, le volcan néerlandais, enflamme le mont Royal

Demi Vollering, le volcan néerlandais, enflamme le mont Royal

Demi Vollering l’emporte au sprint au Championnat du monde cycliste de Montréal devant la Polonaise Kasia Niewiadoma Phinney. La gagnante du Tour de France et du Tour d’Italie ajoute un autre titre à une saison quasi parfaite.

L’éclatante Néerlandaise était donnée comme une des grandes favorites. « Quand on est une cycliste professionnelle, c’est le rêve de porter ce maillot », a-t-elle déclaré après avoir reçu sa médaille d’or. « C’est un des jours les plus durs de ma vie », a-t-elle ajouté.

« Il fallait y croire », a-t-elle expliqué d’abord au fil d’arrivée. Plus tôt en course, Vollering avait porté une solide attaque à 38 km de l’arrivée avant de voir ses efforts contrés.

On eut pu croire alors que tout était terminé pour elle, qu’elle avait déjà tout donnée. C’était mal connaître son caractère opiniâtre, habitué d’endurer les pires souffrances. « J’espérais que ce ne soit pas fini. Et je ne voulais pas donner le maillot arc-en-ciel à Kasia. Non ! C’était le mien ! »

Au sprint

Partie seule en échappée, la Néerlandaise Vollering a d’abord compté plus ou moins 20 secondes d’avance sur ses poursuivantes, avant de se faire rattraper par l’Italienne Elisa Longo Borghini et la Polonaise Kasia Niewiadoma Phinney.

Puis, la Suisse Marlen Reusser, championne du contre-la-montre, n’a pas tardé à rejoindre le trio. Reusser s’est livrée à un effort en solitaire de haut niveau dont elle a le secret. Cependant, il s’est vite révélé qu’elle avait trop donné pour espérer, à ce rythme d’enfer, durer en tête. Reusser a terminé la course en quatrième position.

Dans cette course très animée, c’est dans le faux-plat du fil d’arrivée, sur l’avenue du Parc, que Longo Borghini a placé, au dernier tour du circuit, un démarrage inattendu auquel les autres n’ont pas répliqué immédiatement. « Je n’aime pas être passive. J’aime attaquer et faire mal aux autres », a-t-elle dit devant la meute de journalistes regroupés pour l’écouter.

Puis, Longo Borghini a été laissée sur place dans la montée Camillien-Houde par Demi Vollering. Kasia Niewiadoma Phinney a opéré plus tard la jonction avec Vollering. Les deux ont fait la paire jusqu’au fil d’arrivée, pourchassée en vain par Elisa Longo Borghini et Marlen Reusser, pas très loin derrière.

Au sprint, les deux championnes ne se sont guère étudiées. À ce jeu de l’effort explosif et déterminant, la puissante Vollering avait l’avantage. Elle s’est imposée sans difficulté. « J’ai tout donné ce que j’avais », a expliqué Niewiadoma Phinney. « La course était si dure. Une des plus dure de toute ma vie. Et le sprint était vraiment long. À 50 mètres de l’arrivée, mes jambes ont explosé. »

Vollering enfile donc à Montréal le maillot distinctif de championne du monde. Elle aura le privilège de le porter toute l’année en course. La Néerlandaise a parcouru les 180,4 kilomètres et avalé 2 570 mètres de montées à une moyenne de 37,96 km/h.

Le naufrage des Canadiennes

Pour les Canadiennes, la course s’est vite transformée en cauchemar à la suite d’une chute collective. La championne du monde en titre, la Québécoise Magdeleine Vallières, s’est retrouvée au sol avec de sérieuses éraflures au bras et à la cuisse droite. Il en a été de même pour sa coéquipière Adèle Normand. Le cuissard déchiré, en sang, Vallières a tout de même invité la foule à se soulever durant sa montée de Camillien-Houde, jouissant tout de même à l’évidence d’un excellent moral.

Parmi les autres victimes de cette chute, l’Espagnole Paula Blasi, une des favorites, ainsi que la Norvégienne Sigrid Ytterhus Haugseta, gagnante d’une étape au dernier Tour de France

Déclassée par les circonstances, Vallières a fini par mettre pied à terre avec encore une soixantaine de kilomètres à faire. Elle était déjà reléguée à plusieurs minutes des meneuses, laissant ses nombreux partisans tout de même déçus. Certains étaient venus de la Gaspésie, pays de sa mère.

Chez les Canadiennes, seule Sara Van Dam, de la Colombie Britannique, a su tirer un temps son épingle du jeu, avant d’être décrochée des meneuses.

Une carte postale filmée

Tout avait commencé à 9 h le matin. Après un crochet vers Chambly, une fois la procession de maillots nationaux multicolores terminée sur de jolies routes de rive sud du Saint-Laurent, le peloton a traversé le fleuve, suivi d’un cortège de voitures luisantes surmontées de supports à vélo. Les motos de tête ont guidé le peloton tout du long.

Selon l’Union cycliste internationale, ce sont plus de 200 millions de téléspectateurs qui ont regardé ce peloton d’exception sur les routes québécoises.

Une fois le pont Champlain traversé, les meilleures cyclistes du monde sont arrivées au pied du mont Royal. Huit tours de circuit les attendaient, avec chaque fois la montée Camillien-Houde mais aussi le mur que constitue, avec un dénivelé de 11 %, la côte de l’École Polytechnique.

Dans cette course dure, où chacune a bientôt cherché son air, bouche grande ouverte, la majorité des favorites avaient heureusement été épargnées par les chutes. Elles pouvaient rêver du privilège de porter, pendant toute une année, le maillot arc-en-ciel de championne du monde, jusqu’à ce que la course se durcisse pour de bon.

Après la course, Elisa Longo Borghini a expliqué qu’elle aimerait beaucoup voir plus de courses professionnelles pour les femmes en Amérique. « J’aimerais voir plus de courses en Amérique, oui. Les gens ici sont bouillants. Je sais que ça peut vous paraître bizarre venant d’une Italienne, mais c’est vrai ! »

Chez les femmes, le maillot distinctif de championne du monde existe depuis 1958. Jusqu’à ce samedi 26 septembre, c’est la Sherbrookoise Magdeleine Vallières, favorite du public montréalais, qui avait le privilège de la porter. Elle avait surpris tout le monde en triomphant lors d’une course de championnat courue au Rwanda. Grimpeuse hors pair, Vallières a tenu autant que possible ses rivales en respects sur le circuit du mont Royal. Mais la meute lancée à la poursuite du maillot arc-en-ciel avait les dents longues. Pareille voracité était impossible à contenir, même avec l’excellente équipe canadienne sur laquelle Magdeleine Vallières pouvait compter. Olivia Baril a tout donné. Avant la course, elle avait déclaré avoir hâte de finir la course pour « pouvoir manger une grosse poutine ! »

Vollering, la nouvelle championne, triomphe sur un parcours mythique. En 1974, une de ses illustres devancières, la Française Geneviève Gambillon, avait elle aussi revêtu le maillot de championne du monde en ces mêmes lieux. C’est d’ailleurs elle qui a sonné la traditionnelle cloche annonçant le dernier tour. La course de championnat du monde remportée en 1974 par Gambillon comptait 60 km. Une distance alors parcourue avec une moyenne de 33,5 km/h.

L’ultime rendez-vous de ces Championnats du monde de cyclisme disputés à Montréal aura lieu dimanche 27 septembre. Les meilleurs cyclistes masculins de la planète s’affronteront sur 273,7 km, avec 3803 mètres de dénivelé et douze ascensions du mont Royal.