Depuis l’incendie du dessus, sa cuisine est une piscine ! Le désarroi d’une habitante de Ranguin à Cannes
Pour Vincente Patraque, un malheur n’arrive jamais seul. Dans la résidence sociale des Oliviers à Cannes Ranguin, la façade du bâtiment R porte encore les stigmates noircis de l’incendie qui s’est déclaré dans un logement au premier étage, l’après-midi du samedi 19 septembre. « L’occupant était sur son balcon, hagard, à répéter : il y a le feu chez moi », croit savoir une voisine. Ce jour-là, fort heureusement, pas de victimes. Mais dans l’appartement de cette résidente du rez-de-chaussée, qu’elle partage avec sa file de 25 ans et ses trois chiens, les conséquences du sinistre n’en finissent pas de pourrir la vie quotidienne.
Il y a d’abord la porte d’entrée, qui peine un peu à s’ouvrir et se fermer, car les boiseries ont dû être impactées par la chaleur. Et déjà, les premières traces de la surchauffe. Mais dans ce F3 de 70 m2, c’est surtout la cuisine qui semble condamnée. Paradoxalement transformée en piscine, depuis que les flammes ont tout brûlé au premier.
Alexandre Carini
Le « flic floc » sonore du plafond annonce le désolant spectacle. Au sol, des bassines et des seaux qui se remplissent à vitesse grand V, parmi des serviettes trempées. Dans un récipient, des morceaux d’enduit entassés, cumul des chutes qui ont creusé un petit cratère au plafond. Sans parler de la moisissure apparente, et de l’humidité qui ronge le mobilier.
« Le placard s’est décroché, les autres meubles sont foutus, et j’ai peur de bouger mon frigo de peur que tout bascule », soupire Vincente Patraque, rescapée du feu, mais pas sauvée des eaux. « On a d’abord été inondé par toute l’eau déversée par les pompiers pour éteindre l’incendie. Mais ça continue de couler car les canalisations sont également touchées. »
« Je ne peux plus du tout y faire à manger »
De santé fragile, cette dernière doit néanmoins se rendre dans cette pièce chaque matin, afin d’y prendre son traitement.
« Je dois relever mon pantalon pour ne pas me tremper, et j’ai toujours peur de glisser. Et puis je suis infestée de moustiques, au niveau sanitaire, il y a de quoi s’inquiéter. Ce qui est sûr, c’est que je ne peux plus du tout y faire à manger ! »
Deux experts ont inspecté les lieux. « Ils disent que c’est inhabitable ! », souligne Vincente.
Après quelques jours passés dans un hôtel aux frais de son assurance, cette manutentionnaire salariée souhaite donc être relogée dans un appartement équivalent.
Le hall d’entrée est aussi impacté
« Jusqu’à présent (N.D.L.R. : mardi 29 septembre, jour de notre visite), l’Office m’a proposé d’aller en camping à Pégomas, alors que je n’ai pas de voiture et que mes chiens n’étaient pas admis, se désole cette locataire aux Oliviers depuis 2919, qui s’acquitte de 678 euros mensuels. Ils me disent aussi qu’ils n’y sont pas contraints par la loi. Mais que dire de la sortie d’évacuation fermée avec trois cadenas au quatrième étage, sans extincteur ? », interroge celle qui a aussi subi une « surévaluation des charges en raison d’une fuite dans les combles il y a deux ans. »
Alexandre Carini
Vincente n’est d’ailleurs pas la seule à subir des nuisances post-incendie. La locataire du 2e, Madame Mendes, doit également être relogée à cause de la suie qui a imprégné son domicile. Et dans le hall d’entrée, électricité coupée, deux seaux témoignent d’un autre écoulement. Une situation que l’OPH s’efforce de résoudre.
Mais le retour à la normale risque d’être beaucoup plus long que la vitesse de propagation des flammes et de la fumée, le 19 septembre dernier.
Alexandre Carini
« Non, on ne laisse pas nos locataires dans la panade ! »
Directeur de l’OPH rattaché à la Ville, Didier Vescovi, s’attache à éteindre le feu couvant, si on peut dire et écrire : « Nous n’avons pas de solution miracle, mais on ne laisse pas nos locataires dans la panade ! »
Si l’habitant du premier étage « souffre de troubles psychologiques, est hospitalisé et pris en charge par les services sociaux de la Ville mais ne sera sans doute pas réintégré dans son logement », l’occupante du 2e aurait immédiatement accepté un relogement. Pas dans un autre appartement, « car 9 500 demandes sont en attente sur tout notre parc locatif, alors que seuls 200 à 250 logements se libèrent chaque année. La situation est très tendue, nous ne disposons pas de réserves. »
Après négociations (notamment pour l’acceptation des chiens), l’OPH propose cette fois à Vincente Patraque d’intégrer un mobil-home, chauffé et climatisé, au camping Belle vue de Cannes, à 500 mètres de son domicile.
Prise en charge du relogement et loyer suspendu
« Tous les frais d’hébergement seront pris en charge, et les loyers des locataires sont suspendus durant la non-occupation des appartements, ce qui nous coûtera 1200 euros par mois. », précise Didier Vescovi.
Reste à connaître l’ampleur des travaux, et leur durée, alors qu’un expert béton est encore passé ce mercredi 30 septembre. « En principe, c’est la dernière expertise pour les assurances. Après leurs rapports, nous pourrons engager la phase chantier. »
En attendant, il devrait enfin s’arrêter de pleuvoir dans la cuisine de Madame Patraque.
« La chaleur a probablement endommagé les réseaux d’eau froide, puis d’eau chaude, mais nous les avons coupés. On espère le moins de dégâts possible, mais on continue de suivre nos locataires de près… »