« Des avancées incontestables » : les ambitions de la Principauté pour mieux loger les Monégasques saluées par les parlementaires
Loin d’être acquis en ce début de semaine, le vote du budget rectificatif 2026 devrait connaître ce jeudi soir – sauf bouleversement politique qui serait survenu tard hier soir dans l’Hémicycle – un épilogue positif.
Les élus du Conseil national attendaient des réponses concrètes du gouvernement princier sur l’application de la priorité nationale : ils ont obtenu une série de 5 mesures, dont les modalités de mise en œuvre restent à affiner. Les élus attendaient une déclaration d’ambitions forte de l’exécutif sur la politique du logement domanial : ils ont été servis, et satisfaits, par le ministre d’État. Explications.
Si les deux institutions s’accordent sur leur « insatisfaction » d’avoir eu seulement 156 logements domaniaux attribués pour 349 demandes recevables lors de la dernière commission en mars 2026, une bataille des chiffres les oppose néanmoins sur le nombre d’appartements neufs à construire dans le futur pour y remédier : 100 par an en moyenne chiffre le Conseil national ; 40 objecte l’État, qui s’appuie sur les données réactualisées de l’IMSEE.
« Les mathématiques sont simples : nous préparons aujourd’hui la pénurie de demain », a estimé le président Thomas Brezzo, ce mardi soir. « Derrière les chiffres, les dossiers, les points à attribuer, il y a des hommes et des femmes, des réalités humaines, des projets de vie en suspens », a enchaîné l’élue Maryse Battaglia, présidente de la Commission du Logement, citant plusieurs cas anonymisés.
« Ces 75 % sont un plancher »
Face à ces doléances, le ministre d’État Christophe Mirmand a pris un engagement : « A l’horizon 2040, trois Monégasques sur 4, au minimum, devront pouvoir être logés dans les domaines de l’État. Ce chiffre de 75 % est un plancher et le gouvernement ne descendra pas en dessous de cet objectif [61,9 % en 2022, N.D.L.R.] ».
L’État monégasque, insiste-t-il, a mis des moyens considérables entre 2019, année de lancement du premier Plan national, et 2024 : environ 1,5 milliard d’euros injectés. Et continuera à en mettre pour parvenir, d’ici 2040, à un parc de 4970 appartements et ainsi loger trois-quarts des 10 660 Monégasques estimés par l’IMSEE à cet horizon.
« Soit 1144 logements à construire au-delà de ce que nous possédions en 2022. 715 sont livrés ou engagés. Nous avons fait plus de la moitié du travail. La deuxième phase du Plan est en chantier. »
Ainsi, le Bel Air (223 logements) verra sa première tour livrée en janvier 2028, Larvotto Supérieur suivra fin 2028, la Luciole en 2029, les Lierres et Nathalie en 2031 et Hector Otto en 2032. Soit plus d’un milliard d’euros d’opérations engagées pour un gain net de 400 logements supplémentaires.
Mais rien en 2026, ni en 2027.
« Rénover ne suffit pas »
Un « trou » que le Conseil national a mis en exergue, dénonçant « le manque d’anticipation » de l’exécutif princier.
Pour pallier cela, le gouvernement princier a décidé, le 11 juin dernier, de mobiliser le parc domanial existant avec la rénovation de 200 appartements vacants pour un montant de 6 millions d’euros inscrit au budget 2026. « Ils seront remis à la commission d’attribution en 12 mois au lieu de 3 ans. La prochaine commission proposera une centaine d’appartements issus des restitutions, indique Christophe Mirmand. Mais rénover ne suffira pas. Il faut construire. Le parc compte 4380 logements fin 2025 et il en faut 4970, on l’a dit, soit 590 logements neufs de plus. Pour 2032, il en faudrait 84 par an, alors que les opérations engagées en apportent 54 à 56. C’est pourtant cette échéance de 2032 que le gouvernement se fixe et il y mobilisera toute son énergie : livrer sans nouveau retard les opérations en cours, qui porteront le parc à près de 4780 logements et engager dès maintenant les quelque 190 logements qui manquent encore. »
Avec les difficultés inhérentes à l’exiguïté d’un si petit territoire. « Je le dis avec la même franchise : nous restons tributaires des contraintes techniques des chantiers et des contraintes juridiques de la maîtrise du foncier. Si l’une d’elles nous fait manquer 2032, l’objectif sera tenu dans les années qui suivent et chaque écart vous sera expliqué. Le gouvernement a la volonté d’avancer. »
« Élargir le droit de préemption »
Christophe Mirmand indique que, pour produire ces 190 logements, le gouvernement a identifié des bâtiments domaniaux existants qui pourraient être restructurés pour augmenter le nombre d’appartements, à l’image de ce qui a été fait sur le Bel Air. Ce qui impliquerait, de fait, des solutions de relogement pour les familles concernées.
Par ailleurs, le gouvernement se dit « actif » sur le secteur de La Colle Est « afin de le remembrer », mais aussi sur le dossier, de longue date, du quartier La Rousse (Annonciade II) avec 250 à 300 logements potentiels. « L’étude d’urbanisme a été engagée par le gouvernement. Ces résultats seront connus à la fin du 1er trimestre 2027 et pourront permettre, sur cette base, de choisir un groupement de maîtrise d’œuvre qui permettra d’engager les études opérationnelles nécessaires pour le lancement des chantiers. Le gouvernement souhaite aller le plus vite possible sur ces opérations. C’est précisément cette ambition qui montre l’intérêt d’élargir le droit de préemption de l’État, dans le cadre du projet de loi sur le Schéma directeur d’aménagement. Sans un outil foncier plus large, chaque acquisition de parcelles par l’État se négocie au cas par cas, au prix et au rythme du vendeur. Avec cet outil, le gouvernement pourra constituer le foncier des opérations domaniales au rythme que l’objectif exige. »
« Avancées incontestables »
Une longue déclaration qui a séduit dans les rangs du Conseil national. Le président Thomas Brezzo a salué un nouveau « pas » et « une ambition tout autre que celle exposée jusqu’à présent ».
Il a réclamé, de nouveau, davantage « d’anticipation » et un calendrier pour produire un plan national réexaminé. « On peut déjà travailler dans la perspective du débat que nous aurons sur le budget primitif 2027 », a répondu Christophe Mirmand.
Le vice-président, Jean-Louis Grinda, s’est aussi félicité des propos tenus. « Il faut apprécier les résultats quand on fait de la politique. J’ai été très sévère l’autre soir dans mes propos, mais je dois dire que nous avons eu, ce soir, des avancées incontestables du ministre d’État et de son gouvernement. Ils ont entendu de façon claire le discours de la majorité. Nous jugerons désormais sur pièces. »