Disparition de Bryan Brigou et de son fils Tyméo à Onhaye, le 27 juin: après trois semaines d'intenses devoirs, les enquêteurs butent sur le vide

Disparition de Bryan Brigou et de son fils Tyméo à Onhaye, le 27 juin: après trois semaines d'intenses devoirs, les enquêteurs butent sur le vide

Cela fera un mois, le 27 juillet, que Bryan Brigou, et son petit Tyméo, âgé de seulement 5 ans, se sont comme volatilisés. Ce samedi-là, par une météo tropicale (35° à l'ombre), père et fils se sont d'abord rendus aux Belgian Air Force Days, à la base militaire de Florennes. Plus tard, ils se sont arrêtés au Sunset de Biesme (Mettet) pour acheter deux sodas.

"Puis, on perd leur trace", disent les enquêteurs de la Police judiciaire fédérale de Namur. À bout d'indices, ceux-ci ont convié la presse mercredi après-midi, au palais de justice de Namur, afin de diffuser un troisième appel à témoins et ainsi relancer une enquête au point mort. Les policiers espèrent que ce troisième appel permettra de faire émerger un détail oublié, qui "tiltera", pour faire progresser l'enquête ou la dénouer.

La voiture Golf noire, modèle 6, immatriculée 2-FBK-880, a été retrouvée vide sur le parking du terrain de football d'Onhaye, le dimanche 28 juin, vers 15 h. Qu'est-ce que le père, Bryan, est allé faire là ? A-t-il voulu emmener son fils à la Saint-Walhère, une fête religieuse traversée d'un cortège de 14 chars ? Le mystère reste total, tandis que l'attente devient insupportable.

Depuis près de quatre semaines, une dizaine d'enquêteurs de la PJF de Namur, épaulés par la Cellule des personnes disparues et un analyste, travaillent sans relâche, jour et nuit, sous la direction d'un juge d'instruction.

Une centaine de devoirs d'enquête, en vain

Malheureusement, en dépit des moyens déployés, indique Florence Reusens, 1re substitute au parquet de Namur, "les devoirs d'enquête classiques (voisinage, analyse des images et de la téléphonie, auditions et vérifications effectuées) n'ont pas permis d'obtenir des éléments déterminants." Or, plus d'une centaine de ces devoirs ont été réalisés. Aucune piste n'est donc exclue. Tout reste ouvert. Et le temps presse. "Il est essentiel que les éventuels témoins nous aident à déterminer les circonstances et les événements qui ont pu se produire", insiste la magistrate.

David Rimaux, enquêteur rattaché à la cellule des personnes disparues, exhorte des témoins à faire l'effort de se souvenir: "Quelqu'un, à Onhaye, a dû se garer à côté de la voiture (NDLR: la Golf noire)à un moment donné. Si on pouvait avoir ce témoignage, ce serait crucial. Le siège-enfant se trouvait sur le siège passager. Il faisait très chaud. Peut-être que quelqu'un a eu son attention attirée par un petit garçon seul dans la voiture", souligne l'enquêteur pour qui cette hypothèse de l'enfant laissé seul, peut-être oublié, est aussi envisagée. "Ce qu'on aimerait, c'est déterminer l'heure exacte à laquelle ce véhicule est arrivé sur le parking."

L'enquêteur met le focus sur la description vestimentaire singulière de Tyméo. "On n'a peut-être pas assez mis l'accent sur celle-ci au départ, en jugeant que ce n'était peut-être pas aussi important", mais elle est susceptible de ne pas être passée inaperçue: une casquette Spiderman portée à l'envers, un bermuda floqué Boss, des baskets Nike noir et blanc. "On espère beaucoup de cette tenue car, un petit garçon de 5 ans, blond, vous en trouveriez 50 comme lui dans n'importe quelle plaine de jeu", estime l'enquêteur.

Une personne de bonne foi

Quant à son père, Bryan, tel qu'il a été enregistré par la caméra de surveillance du magasin de Biesme, il avait une casquette bleu foncée, vissée à l'envers sur la tête. Il est porteur de tatouages sur les avant-bras et, détail plus frappant et plus rare, un bracelet électronique à la cheville droite. (Il est condamné pour des coups et blessures volontaires.)

Ces images enregistrées par caméra à Biesme, le samedi 27 juin, à 15 h, sont les derniers signes de vie objectifs de Bryan et de Tyméo. "À l'heure actuelle, on n'a donc plus aucune trace vivante d'eux. Raison pour laquelle on lance cet appel à témoins ciblé", conclut l'enquêteur. Et d'ajouter: "On a anormalement peu de retours, alors qu'il s'agit quand même de la disparition d'un enfant de 5 ans."

Malheureusement, l'enquête n'a débuté que le lundi matin, le 29. La maman de Tyméo ne s'est pas inquiétée immédiatement car il était déjà arrivé par le passé que son compagnon déloge. Ce n'est que dans la nuit de dimanche à lundi qu'elle s'est fait du mauvais sang.

La machine judiciaire s'est donc ébranlée avec 36 h de retard. Comment les rattraper ? Les enquêteurs s'accrochent à l'espoir d'une photo oubliée, ou une vidéo de drone, une dashcam (caméra embarquée) ou une mémoire subitement retrouvée par un témoin ignorant encore qu'il détient la clef de l'enquête, l'élément crucial qui fait défaut. "C'est important que tout le monde présent ce jour-là à la St-Walhère vérifie ses images. Rien qu'une seule pourrait nous aider".

Une autre piste existe aussi, la plus rassurante, la plus optimiste, à savoir que Tyméo et son papa seraient hébergés chez quelqu'un de bonne foi: "Peut-être que cette personne ne se rend pas compte qu'on les cherche depuis trois semaines. Donc, que cette personne entendant cet appel se manifeste et nous disent qu'ils vont bien. Et, qui sait, si le papa de Tyméo nous voit, eh bien qu'il nous rassure, et surtout la maman de Tyméo."

La canicule, les pires conditions pour les chiens pisteurs

"Les chiens sont intervenus plus de 24 h après le passage potentiel des personnes recherchées", a expliqué le commissaire David Rimaux. Or, la canicule s'est révélée particulièrement défavorable: "Avec des températures de 35 voire 40 °C, les odeurs s'évaporent extrêmement vite", tandis que les festivités de la Saint-Walhère ont, elles, entraîné le passage de nombreuses personnes dans le secteur, brouillant encore davantage les pistes olfactives. Les équipes cynophiles ont également exploré les zones boisées voisines, sans résultat. "Nous n'avons rien trouvé autour du véhicule. C'est à la fois rassurant et frustrant, parce que cela ne nous apporte aucune explication", a résumé le commissaire.

On se réveille la nuit

À la PJF, on vit ce dossier sous tension permanente. Notamment parce que la vie d'un petit bonhomme innocent est en jeu. Malgré les congés d'été, un système de tournante a été mis en place, avec le renfort de volontaires, afin que l'enquête ne s'interrompe jamais. Huit enquêteurs de la section crime se relaient donc en permanence, prêts à repartir au moindre élément nouveau, pour une perquisition, une vérification ou une nouvelle piste. Un enquêteur évoque des nuits écourtées. "Il m'arrive de me réveiller à 3 ou 4 h du matin en pensant à un détail. Je le note et, le lendemain, on vérifie", confie-t-il. Pas plus tard que le 21 juillet, une équipe est retournée sur le terrain pour explorer un secteur boisé "où il est inconcevable qu'un enfant de 5 ans puisse s'aventurer, par 35° à l'ombre. Mais on l'a fait pour être sûrs. On ne peut pas laisser planer le moindre doute."

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.