El Niño pourrait précipiter la fin de la “glace éternelle de Papouasie”
Il y a moins de 200 ans, près de 1 900 hectares de glace recouvraient encore le sommet du Puncak Jaya. Situé en Papouasie centrale, sur l’île de Nouvelle-Guinée, il s’agit du plus haut sommet d’Océanie. Ces “neiges éternelles” sous l’équateur font de la montagne “l’un des sites naturels les plus singuliers du monde”, rapporte West Papua Voice. Mais l’adjectif “éternelles” pourrait bien ne pas survivre longtemps.
Selon les dernières données de l’Agence de météorologie, de climatologie et de géophysique (BMKG) et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il ne resterait aujourd’hui qu’environ 16 hectares de glace, soit une surface glaciaire réduite à 0,16 km², à peine 2 % de celle observée en 1988. Les chercheurs de la BMKG estiment désormais qu’il ne resterait que quelques mois avant que “la glace éternelle de Papouasie ne disparaisse complètement”, rapporte Detik.
La fonte pourrait encore s’accélérer dans les prochains mois sous l’effet de l’épisode El Niño d’une intensité exceptionnelle en cours, qui fait grimper les températures et accentue les épisodes de sécheresse dans l’archipel. Lors du puissant El Niño de 2015-2016, le glacier s’était réduit, verticalement, d’un mètre à plus de cinq mètres par an.
Le Puncak Jaya abrite parmi les derniers vestiges de glaciers tropicaux de la planète. Perchés au-dessus des forêts équatoriales, ces îlots de glace subsistent aujourd’hui dans de rares zones : Andes, Afrique de l’Est et donc Papouasie.
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Sentinelles du changement climatique
Au Venezuela, le glacier du pic Humboldt a été reclassé en 2024 comme simple champ de glace. Au Mexique, le dernier glacier du Citlaltépetl (pic d’Orizaba) pourrait disparaître avant 2033. Et partout, la glace recule de jour en jour.
En Papouasie, les volumes de glace qui subsistent sont désormais trop faibles pour avoir un effet sur le niveau des mers ou les ressources en eau de la région, explique Marie Sabacka, spécialiste de l’écologie glaciaire, à l’édition indonésienne de la BBC.
Mais leur extrême sensibilité aux variations de température et leur fonte continue font des glaciers tropicaux des sentinelles précoces du franchissement de seuils thermique critiques.
Nommé localement “Nemangkawi Ninggok” (“pic de la Flèche blanche”), le Puncak Jaya, “lieu sacré au sommet du monde”, occupe une place centrale dans la cosmologie des Amungme et des Moni. Pour ces peuples autochtones, la disparition de ses glaces est le signe d’un déséquilibre entre les humains et leur environnement, note Golan Nusantara.
Elle causerait aussi de lourdes pertes environnementales et scientifiques, le Puncak Jaya abrite des habitats écologiques “rares, voire absents ailleurs”, explique Marie Sabacka à la BBC. Autant d’archives vivantes qui “disparaissent avant même d’avoir pu être étudiées dans leur intégralité”.