Données militaires : pourquoi Airbus a remporté un contrat stratégique de 25 ans

Données militaires : pourquoi Airbus a remporté un contrat stratégique de 25 ans

l'essentiel La Direction générale de l'armement a confié à Airbus Cybersecurity le contrat PARACOM pour sécuriser les échanges numériques du ministère des Armées. Pendant 25 ans, Airbus fournira des passerelles filtrant les flux entre réseaux de différentes sensibilités, équipant navires, avions et blindés. Ce projet vise à renforcer la souveraineté numérique face aux menaces hybrides.

La défense française réorganise son architecture numérique pour qu’elle soit plus sûre et plus souveraine à l’heure où les actions de guerre hybride se multiplient. La Direction générale de l’armement (DGA) vient ainsi d’attribuer à Airbus Cybersecurity le contrat PARACOM. Pendant 25 ans, la filiale d’Airbus fournira des passerelles sécurisant les échanges entre les réseaux du ministère des Armées.

L’enjeu touche à l’un des points les plus sensibles de la guerre numérique : comment faire circuler une information utile entre plusieurs systèmes – et il y en a beaucoup – sans laisser une donnée secrète s’échapper vers un réseau moins protégé ? Les passerelles PARACOM filtreront les flux entre des environnements dont les niveaux de classification ou de sensibilité diffèrent. Leur homologation et leur certification doivent couvrir des échanges allant du niveau "secret" au niveau "non protégé". L’objectif est de contrôler précisément ce qui passe d’un réseau à l’autre.

Équiper navires, sous-marins, avions, hélicoptères, drones ou blindés

Le marché, remporté à l’issue d’une compétition, comprend l’étude et la réalisation de plusieurs prototypes, puis la production des équipements et leur maintien en condition opérationnelle. Ces outils devront évoluer avec les systèmes et les menaces. Airbus ne précise ni le montant du marché, ni le nombre de passerelles prévues, ni la date de leurs premiers déploiements, mais la longévité de PARACOM engage en revanche l’industriel sur la maintenance et l’adaptation de ces équipements bien au-delà de leur mise en service.
Leur implantation ne se limitera pas aux centres de données du ministère.

Une version prendra place dans une baie informatique, une autre dans un caisson de poste de commandement. Les passerelles sont aussi conçues pour les théâtres d’opérations et les espaces où chaque centimètre compte : navires, sous-marins, avions, hélicoptères, drones ou blindés. Le filtrage devra s’adapter aux installations fixes et aux unités mobiles. Sur le terrain, ces échanges conditionnent la circulation des renseignements et des ordres entre des systèmes qui ne bénéficient pas tous du même niveau de protection.

"Cette passerelle contribuera à renforcer le bouclier numérique dont les forces françaises ont besoin pour mener à bien leurs missions", souligne François Lombard, directeur Connected Intelligence d’Airbus Defence and Space. Le groupe fournit déjà des passerelles aux forces terrestres depuis 2013. À mesure que les opérations militaires reposent sur des données partagées, le point de passage entre deux systèmes devient aussi stratégique que les systèmes eux-mêmes.

Thales avec Hexaforce

Thales de son côté travaille aussi sur l’exploitation des données militaires. Avec HexaForce, sa plateforme de commandement augmentée par l’intelligence artificielle, le groupe veut aider les états-majors à croiser les informations de plusieurs champs d’opération. Thales vante une architecture souveraine, résistante aux communications dégradées. Avec ces nouveaux dispositifs, les armées entendent ainsi garder la main sur les outils qui exploitent leurs données.