Du porte-avions du futur à la flotte fantôme russe : cinq défis relevés par le préfet maritime de la Méditerranée depuis sa prise de commandement en 2024

Du porte-avions du futur à la flotte fantôme russe : cinq défis relevés par le préfet maritime de la Méditerranée depuis sa prise de commandement en 2024

Limite d’âge oblige (59 ans), l’amiral Christophe Lucas va être remplacé au poste de préfet maritime de la Méditerranée par le vice-amiral d’escadre Laurent Hermann, le 1er août prochain. Avant cela, il dresse le bilan de ces deux années passées avec ses "trois casquettes" : représentant de l’État en mer ; commandant des moyens militaires déployés en Méditerranée et en mer Noire ; commandant d’arrondissement maritime, dans la « garnison de Toulon ». Voici cinq dossiers qui lui ont donné du fil à retordre.

C’est un défi nouveau auquel fait face la Marine nationale, et a fortiori le préfet maritime : traquer les navires de la "flotte fantôme russe", qui contournent les sanctions internationales pour financer l’effort de guerre du Kremlin. Le 23 juin dernier, le pétrolier Deliver a été dérouté dans le golfe de Fos pour avoir arboré un faux pavillon.

« Ce genre d’action illustre la très grande continuité de l’État, depuis l’opération d’enquête de pavillon conduite par des marins - volet militaire sous l’autorité du préfet maritime - jusqu’au volet judiciaire avec le parquet de Marseille », souligne l’amiral Christophe Lucas. Trois arraisonnements de navires ont eu lieu depuis janvier.

Affronter le danger en Méditerranée

Le porte-avions Charles de Gaulle vient d’achever un long déploiement en Méditerranée.
Le porte-avions Charles de Gaulle vient d’achever un long déploiement en Méditerranée.
Camille Dodet / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

« L’instabilité du contexte international, la désinhibition en matière d’emploi de la violence, le droit international fortement entamé : tout cela est désormais illustré en Méditerranée », pose l’amiral Christophe Lucas. De l’Ukraine à Israël en passant par la Syrie, le Sud Liban ou l’Iran qui bombarde le Proche Orient, « les crises ne se succèdent plus, elles se cumulent ».

Sur le pont d’envol du porte-avions Charles-de-Gaulle, le 11 juillet 2026, de retour en rade de Toulon.

Pour la flotte française, l’idée est de « participer à l’effort de stabilité régionale » au large de Toulon. C’est dans ce contexte qu’ont été déployés, au printemps, le porte-avions Charles de Gaulle et son groupe aéronaval. « L’objectif est de pouvoir conserver une liberté d’action dans sa zone de responsabilité et, si besoin, d’être capable d’intervenir si jamais les intérêts français étaient menacés », estime le commandant du théâtre Méditerranée.

Préparer l’accueil du futur porte-avions

Maquette du porte-avions France Libre, attendu à Toulon en 2035
Maquette du porte-avions France Libre, attendu à Toulon en 2035
Photo Billioux Yannick/MaxPPP

En 2035, fraîchement sorti de son chantier de construction, le porte-avions France Libre rejoindra son port-base de Toulon. D’ici là, un gigantesque chantier d’infrastructures est conduit dans la base navale. Dragage, réutilisation des sédiments, nouveau bassin, nouveau quai… Les travaux s’annoncent colossaux.

« Ça fait partie des gros dossiers qui vont être sur le bureau de mon successeur… et du successeur de mon successeur. La Marine est une armée de temps long », explique l’amiral. Et de conclure, citant également les moyens mis à disposition des frégates et des nouveaux sous-marins : « L’enjeu c’est préparer la base navale de 2050. »

Assurer la sécurité sur le plan d’eau

La Conférence des Nations unies sur l’océan s’est tenue à Nice, du 9 au 13 juin 2025.
La Conférence des Nations unies sur l’océan s’est tenue à Nice, du 9 au 13 juin 2025.
Dylan Meiffret/Nice Matin

Quand les uns rêvent « baignade et sports nautiques », le préfet maritime pense avant tout sécurité et opérations de prévention. « Le sauvetage en mer, l’assistance aux navires en difficulté, la lutte contre la pollution, la capacité à pouvoir sauver les personnes et les biens » sont quelques-uns de ses « points d’attention ». Et pour cause : « Entre juillet et août, on a entre 30 et 60 opérations quotidiennes d’assistance ».

L’an dernier, deux événements sont venus "pimenter" encore un peu plus les journées de Christophe Lucas : la visite du pape en Corse et la conférence des Nations unies sur les océans à Nice. « Cette dernière opération a nécessité plus de 350 agents et près d’une quarantaine d’embarcations pour assurer la protection en mer des activités. »

Gérer la présence de drones

Le survol de la base navale par drone est interdit.
Le survol de la base navale par drone est interdit.
Photo Marine Nationale

Depuis quelques années, c’est un dossier qui occupe le haut de la pile du commandant d’arrondissement maritime. Les drones et leurs menaces potentielles sont pris très au sérieux par les autorités militaires. « Comme c’est une menace évolutive, nous expérimentons pour pouvoir apprendre à lutter toujours plus efficacement. »

Comment ? Motus. Une chose est sûre : « On a eu un certain nombre de détections qui ont conduit, pour certaines, à des interpellations. » Mais que les Toulonnais se rassurent, « la plupart sont des cas de méconnaissance, des personnes qui ignorent que la zone dans laquelle est implantée la base navale est prohibée, avec une interdiction systématique de survol. »