"Méfiez-vous des vieilles femmes" : E. Jean Carroll, la journaliste américaine qui a fait condamner Donald Trump
La journaliste américaine E. Jean Carroll a réussi à faire condamner Donald Trump pour agression sexuelle et diffamation. Elle raconte son agression et son combat judiciaire dans "Not my type. La femme qui a fait plier Trump" (Le Cherche midi).
Elle est la femme qui a mis au tapis l'homme le plus puissant du monde. En 2019, E. Jean Carroll accuse Donald Trump de l'avoir agressée sexuellement dans une cabine d'essayage d'un grand magasin de New York à la fin des années 1990. Elle engage deux procès, mène un combat homérique et obtient au final une victoire historique, puisque le président des États-Unis est condamné deux fois à lui verser au total près de 90 millions de dollars. La journaliste raconte son histoire dans son livre Not my type. La femme qui a fait plier Trump (Le Cherche midi).
Donald Trump "est très attiré par les femmes, et il n'arrive pas à s'empêcher de les toucher, de leur sauter dessus", explique E. Jean Carroll, jeudi 24 septembre, sur France Inter. Le titre de son livre vient d'une phrase lâchée par le président des États-Unis lorsqu'en 2019, à la Maison-Blanche, son avocate lui demande s'il la reconnaît sur une photo.
"Les choses sont devenues très sombres"
En 1996, la journaliste rencontre le magnat de l'immobilier à New York, devant le célèbre grand magasin Bergdorf Goodman. Donald Trump l'entraîne à l'intérieur, prétextant devoir acheter "un cadeau pour une fille". "J'étais surexcitée", se souvient-elle. "C'était léger, c'était amusant, c'était frivole, c'était du badinage. Il était drôle, il n'était pas si imbu de lui-même à l'époque", raconte-t-elle.
Au rayon lingerie du magasin de luxe, Donald Trump attrape "un body transparent" et lui demande de le mettre, ce à quoi elle rétorque : "Vas-y toi !" Ensuite, "il m'a montré la cabine d'essayage, la porte était ouverte et moi, comme une idiote, je me suis imaginé Donald Trump en train d'enfiler ce body par-dessus son pantalon, ce qui était très drôle comme image, une image digne de Saturday Night Live", explique E. Jean Carroll. "Je suis rentrée dans cette cabine d'essayage, il a claqué la porte et très vite, les choses sont devenues très sombres", ajoute-t-elle.
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Après son agression, E. Jean Carroll, aujourd'hui âgée de 82 ans, n'a "jamais plus été capable ne serait-ce que de flirter avec un homme". "Si un homme séduisant rentre dans la pièce, qu'il a mon âge, je baisse les yeux, je regarde le sol, parce que j'ai peur de répéter un geste de flirt qui pourrait déclencher une agression", confie-t-elle.
"Personne ne va croire une octogénaire"
Avant son procès, E. Jean Carroll s'inquiète de son âge et de son apparence. "Personne ne va croire qu'une octogénaire a été assez belle un jour pour être agressée sexuellement", écrit-elle dans son livre. Pour que le jury puisse l'imaginer plus jeune, elle se coupe les cheveux et se maquille comme lorsqu'elle a été agressée, en 1996. Elle va même jusqu'à porter la même tenue.
"Méfiez-vous des vieilles femmes et de toutes les femmes", lance E. Jean Carroll sur France Inter, paraphrasant son livre. "C'était vraiment un cri de ralliement pour toutes les femmes dans le monde, exactement comme Gisèle [Pelicot] en France qui a motivé toutes les femmes du monde quand elle s'est dressée et défendue et qu'elle a envoyé 50 hommes en prison et son mari aussi", souligne-t-elle. "Ça nous a vraiment, vraiment encouragés, ce qu'elle a fait, c'était incroyable."
Le comportement d'agresseur récompensé dans les urnes
Donald Trump "peut avoir toutes les femmes qu'il veut et je déteste l'idée, mais les électeurs ont été attirés par ce trait de caractère, parce que justement il pouvait avoir qui ils voulaient, toutes ces femmes", déplore l'autrice. "Ça a été prouvé en 2016, juste avant les élections, 6, 8 ou peut-être même 9 femmes se sont manifestées, et les sondages se sont envolés. Plus il y avait de femmes qui le dénonçaient, plus les chiffres s'envolaient", rappelle-t-elle, dénonçant "un problème séculaire".
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Quant aux 90 millions de dollars que Donald Trump tarde à lui régler, E. Jean Carroll explique qu'elle va les "offrir à toutes les causes que Trump déteste, et en particulier aider les femmes à récupérer leurs droits".