"Ecouter les préoccupations des patients et de leurs familles" : qu'est-ce que la "Martha's rule", qui se généralise dans les hôpitaux anglais ?

"Ecouter les préoccupations des patients et de leurs familles" : qu'est-ce que la "Martha's rule", qui se généralise dans les hôpitaux anglais ?

Radio France

Publié le 23/09/2026 17:34

Mis à jour le 23/09/2026 22:59

Temps de lecture : 6min

Le King's College Hospital de Londres, où est décédée la jeune Martha Mills en 2021. (MIKE KEMP / IN PICTURES via GETTY IMAGES)
Le King's College Hospital de Londres, où est décédée la jeune Martha Mills en 2021. (MIKE KEMP / IN PICTURES via GETTY IMAGES)

Après la mort à l'hôpital de Martha Mills, une jeune fille de 13 ans, à cause d'une mauvaise prise en charge en 2021, l'Angleterre se dote d'un dispositif pour prévenir les erreurs de diagnostic et répondre aux inquiétudes des patients.

Tout faire pour éviter qu'un drame comme la mort de la jeune Martha à l'hôpital se reproduise. En Angleterre, la "Martha's Rule", la "règle de Martha", est élargie à l'ensemble des services d'urgence et des salles d'attente des hôpitaux, ont annoncé les autorités, rapportent la BBC et The Guardian, mardi 22 septembre. Ce dispositif, du nom de Martha Mills, une adolescente morte à 13 ans au King's College Hospital de Londres en août 2021, "renforce la sécurité des patients et vise à favoriser la détection précoce des détériorations en veillant à ce que les préoccupations des patients, de leurs proches et du personnel soient entendues et prises en compte", explique le NHS, le système de santé publique britannique.

Selon le professeur Aidan Fowler, directeur national de la sécurité des patients au sein du NHS England, l'extension de la "règle de Martha" est "une nouvelle bouée de sauvetage essentielle" pour les familles et les personnels et contribue à améliorer les soins et à sauver davantage de vies. Pour les parents de Martha, Paul Laity et Merope Mills, il s'agit de l'aboutissement du combat qu'ils mènent depuis la mort de leur fille, afin de mettre en œuvre le droit à un nouvel examen d'un patient hospitalisé par une équipe médicale distincte, en cas de doute sur les soins reçus.

En vacances au Pays de Galles avec sa famille au cours de l'été 2021, Martha Mills, âgée de 13 ans, est hospitalisée après un accident de vélo, qui lui cause de graves lésions au pancréas. Son état nécessite son transfert au King's College Hospital de Londres, où il continue à se dégrader. Mais les médecins d'un des établissements les plus prestigieux du Royaume-Uni se montrent rassurants et affirment à Martha et sa famille qu'elle va se rétablir. Pourtant, elle présente les signes d'une infection qui s'aggrave, développe une septicémie et un choc septique finit par l'emporter au lendemain d'un long week-end chômé, à quelques jours de ses 14 ans.

Sa mère, Merope Mills, rédactrice en chef à The Guardian, assure, dans un long article publié un an plus tard, que Martha est morte "suite à des erreurs choquantes commises dans l'un des principaux hôpitaux du Royaume-Uni". "Ce qui suit est le récit de la mort de Martha, mais aussi des conséquences d'une confiance aveugle envers les médecins et de la découverte trop tardive de ce qui aurait pu sauver la vie de son enfant", écrit-elle. Merope Mills y relate son inquiétude face à la détérioration de l'état de sa fille et la mauvaise réaction du personnel soignant du service où est hospitalisée Martha au cœur de l'été.

"'Faites confiance aux médecins', m'a dit l'infirmière. Ce fut le pire conseil que j'aie jamais reçu."

Merope Mills, mère de Martha

dans The Guardian

En 2023, le rapport d'un médecin légiste conclut que Martha aurait probablement survécu si elle avait reçu un traitement approprié et été transférée plus tôt en soins intensifs. "Pourtant, à aucun moment, un médecin ne m'a informée de la gravité de son état. J'ai été tenue dans l'ignorance et traitée avec condescendance", alerte sa mère. "Je n'arrive pas à me détacher du fait que la mort de Martha aurait pu être évitée – l'une des 150 décès survenus chaque semaine au sein du NHS."

Merope Mills regrette sa naïveté et enjoint les malades et leurs proches de demander des comptes : "Quel que soit votre sentiment de reconnaissance envers le NHS, n'hésitez pas à contester les décisions si vous avez de bonnes raisons, (...) posez des questions et, en cas de doute, insistez pour obtenir un deuxième, voire un troisième avis." Selon, Henrietta Hughes, commissaire à la sécurité des patients, "la mort tragique de Martha est un exemple flagrant d'injustice épistémique, où les points de vue et les témoignages des patients ne sont ni entendus ni pris en compte. Les informations et les observations des parents de Martha n'ont pas été crues, ont été sous-estimées ou n'ont pas été comprises – mais il ne s'agit pas d'un cas isolé."

Pour tirer les leçons du décès de Martha, le gouvernement de Rishi Sunak s'engage, en 2023, à instaurer dans tous les hôpitaux du pays la "Martha's Rule". Selon cette règle, "les personnes qui connaissent le mieux le patient sont souvent les premières à remarquer des changements pouvant être un signe précoce d'aggravation", précise le NHS, qui "souligne l'importance d'écouter et de prendre en compte les préoccupations des patients et de leurs familles".

Elle est expérimentée dans une centaine d'hôpitaux, dont le King's College, depuis 2024. Chaque établissement met en place un numéro d'urgence, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, qui permet aux patients en soins critiques, à leurs proches et au personnel soignant de réclamer un nouvel examen rapide auprès d'une équipe médicale, du même hôpital, mais distincte de celle qui le traite, s'ils estiment que leurs inquiétudes ne sont pas prises en compte alors que l'état du malade se détériore.

"Les gens l'ont utilisé avec beaucoup de bon sens."

Professeur Aidan Fowler, directeur national de la sécurité des patients au sein du NHS England

à la BBC

"Les premiers tests ont montré que la Martha's Rule peut bien fonctionner dans les services d'urgences très fréquentés, (...) des milliers d'appels ont été passés à ce jour par des patients, des familles et le personnel, dont beaucoup ont conduit à des changements de traitement et à des interventions potentiellement vitales", souligne le professeur Aidan Fowler de la NHS. Auprès de la BBC, mardi, il s'est, en outre, montré rassurant sur la généralisation de la mesure au sein du système de santé anglais, déjà sous tension : "Nous l'avons testé tout au long de l'hiver et pendant cet été chargé, et je ne crains donc pas d'être submergé d'appels lors de son déploiement."

En juin dernier, l'initiative est étendue à toutes les maternités d'Angleterre et le dispositif sera déployé dans les services d'urgence et de maternité de tout le pays d'ici mars 2028, indique le NHS England. Au sein du Royaume-Uni, l'Ecosse et l'Irlande du Nord vont aussi mettre en place la "règle de Martha", s'inspirant de dispositifs similaires comme "Call4Concern", déjà implanté au Pays de Galles, et de la "règle de Ryan" qui existe en Australie. Les Etats-Unis et le Danemark sont aussi dotés de ce genre de processus.

En France, la Haute autorité de Santé, la HAS, rappelle que "tous les professionnels de santé sont concernés par la sécurité du patient, qu'ils exercent seuls ou en équipe, quel que soit le niveau hiérarchique et leur lieu d’exercice (en établissement de santé, en structure médico-sociale ou en ville)". Mais il n'existe pas d'équivalent de "la règle de Martha".

Une attention particulière est toutefois portée sur les "événements indésirables graves associés aux soins" (EIGS). En amont, une stratégie de prévention existe pour éviter les risques. Quand survient un décès après un événement indésirable grave, il est obligatoire de faire une déclaration en interne, au niveau de l'établissement, et une déclaration sur la plateforme de l'Autorité régionale de santé (ARS) ensuite analysée par l'HAS.

D'après un rapport de la Cour des comptes d'avril 2026, il y a beaucoup plus d'évènements indésirables graves que ce qui est réellement déclaré. Et plus d'un tiers des erreurs médicales, des infections ou des décès qui surviennent après une opération pourraient être évités.

Au niveau des urgences, "il est de plus en plus difficile pour des malades d'être admis en réanimation, souligne Agnès Ricard-Hibon, porte-parole de Samu - Urgences de France, car les critères ne sont pas forcément consensuels entre les médecins urgentistes et les médecins réanimateurs, mais surtout parce qu'il y a des restrictions par manque de personnel soignant et de lits disponibles en réanimation. Le Samu peut se tourner vers d'autres services de réanimation. Mais aux urgences à l'hôpital, il n'y a pas de recours autre qu'un transfert en réanimation et le patient en état critique peut rester plusieurs heures en salle d'accueil des urgences vitales."

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