EDITO. L'un croit à la dédiabolisation du RN, l'autre refuse catégoriquement de discuter avec le parti de Jordan Bardella: le Medef et la CFDT deviennent-ils totalement irréconciliables?
EDITO. L'un croit à la dédiabolisation du RN, l'autre refuse catégoriquement de discuter avec le parti de Jordan Bardella: le Medef et la CFDT deviennent-ils totalement irréconciliables?
Publié aujourd'hui à 13h38
Lire dans l'appLa position face au Rassemblement nationale est à l’origine d’une bataille entre les deux organisations syndicales. Une fracture qui a peu de chances de se réduire d’ici l’élection présidentielle.
C’est une joute oratoire qui n’a absolument rien d’anecdotique. Alors que commence l’automne social, elle met en opposition la représentante de la première organisation syndicale de France d’un côté et de l’autre, le représentant du mouvement des entrepreneurs du pays, bref, le patron des patrons selon la formule consacrée. C’est d’ailleurs Patrick Martin qui a lancé les hostilités la semaine dernière. Alors qu’il intervenait aux rencontres de l’U2P, il a reproché à la CGT et à la CFDT de Marylise Léon de se politiser à outrance et cela au détriment de la démocratie sociale. Il est même allé jusqu’à évoquer une "ombre suspecte" qui plane. Avant d’interroger à propos des deux syndicats : "On se dit mais pour qui rament-ils en définitive ?"
Il fait ici référence à un désaccord de fond qui porte sur la relation au Rassemblement national. Marylise Léon l’a dit et répété : elle refuse de parler avec le parti de Jordan Bardella. Son syndicat estime que la préférence nationale, qui est au cœur du projet de Marine Le Pen, entre en contradiction avec le principe d’égalité des citoyens. La syndicaliste voit aussi dans l’éventuelle victoire de ce parti une perspective dangereuse pour les droits des travailleurs. Et c’est cette attitude que dénonce Patrick Martin quand il accuse la CFDT de se politiser. Et cela a fait sortir Marylise Léon de ses gonds, ce qui pourtant n’arrive pas souvent.
Désunion des syndicats
Elle a expliqué hier être "choquée". Elle juge "très grave qu'un responsable d'une organisation patronale se permette ce type de commentaires, voire d'affirmations". Et trouve que c'est "une inversion totale aujourd'hui de reprocher à la CFDT d'être une menace pour la démocratie sociale alors qu'on a une formation politique qui est d'extrême droite qui n'a qu'une envie, c'est de supprimer les organisations syndicales, donc qui ne fait pas preuve d'ouverture vis-à-vis de la démocratie". Ce mardi, dans le Face à face d’Apolline de Malherbe, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, se dit, elle aussi, scandalisée par les propos du patron des patrons.
Dans la Tribune Dimanche ce week-end, Marylise Léon rappelait que la CFDT était constante et n’a jamais appelé à voter pour un candidat lors des trente dernières années". C’est vrai. Son parti a en revanche appelé à voter contre le candidat d’extrême droite au second tour en 2002, 2017 et 2022.
Nous abordons la présidentielle avec des partenaires sociaux très désunis sur un sujet encore plus important que les retraites. D’un côté, les représentants des patrons qui semblent croire à la dédiabolisation du RN, sujet brûlant alors que Jordan Bardella vient d’être accusé par Mediapart d’avoir envoyé des messages antisémites. Ils ont observé le tournant libéral orchestré par l’eurodéputé et plus ou moins suivi par Marine Le Pen. L’important semble que le parti ne prône plus la sortie de l’euro. De l’autre, les syndicats qui inscrivent avant tout le Rassemblement national dans une histoire, celle de l’extrême droite française. Un clivage puissant est en train de s’installer. Et il se pourrait même que le Medef et la CFDT deviennent totalement irréconciliables.
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