Éducation. « De grosses inquiétudes » : la semaine à venir s'annonce sous haute tension dans les lycées
« Les proviseurs éprouvent de grosses inquiétudes pour cette semaine », explique Bruno Bobkiewicz, secrétaire général SNPDEN-Unsa, le premier syndicat des chefs d’établissements. Car la fièvre lycéenne est loin d’être retombée. « On est dans un rapport de force avec le ministre de l’Éducation, donc on appelle à la mobilisation pour toute la semaine, tant qu’il ne fera pas d’annonces fortes », indique Pierre Sourzat, président de l’organisation Les lycéens !.
Pour protéger personnels et élèves, entre 400 et 500 lycées (sur les 3 700 que compte le pays) seront partiellement ou totalement fermés ce lundi, avec des cours prévus en distanciel, a annoncé ce dimanche le ministre de l’Éducation sur France 2. Mais le mouvement étant tournant, ce ne seront pas forcément les mêmes lycées qui seront bloqués, ce qui rend difficile, pour les autorités comme pour les proviseurs, de se préparer.
Entre 400 et 500 lycées seront partiellement ou totalement fermés ce lundi pour limiter les actions devant les établissements. Photo Sipa/Laurent Cipriani
De son côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé, dans une « feuille de route » adressée dimanche à plusieurs de ses ministres, que les cours reprennent « partout » où les conditions de sécurité le permettent.
Un mardi décisif
« Le risque, c’est qu’il y ait un report de la mobilisation sur les collèges », redoute aussi Agnès Andersen, secrétaire générale d’ID-FO, un autre syndicat des personnels de direction de l‘Éducation nationale. En fin de semaine, le mouvement avait déjà pris de l’ampleur avec la participation d’étudiants.
Ce mardi s’annonce comme un point d’orgue de la mobilisation : l’appel à manifester des organisations lycéennes et de l’Union étudiante a été rejoint par la FCPE et par six syndicats de l’Éducation nationale. Une sorte de convergence des luttes : « On a traversé dix ans de macronisme qui ont creusé les inégalités au collège comme au lycée », estime Pierre Sourzat.
Déjà un bilan très lourd
Une perspective qui inquiète le gouvernement, alors que les dégâts humains et matériels sont déjà très lourds. « 78 personnes de l’Éducation nationale ont été blessées, on n’a jamais vu ça », s’est alarmé Édouard Geffray dimanche, indiquant aussi que « 24 établissements ont été incendiés ou saccagés ». « La plupart des débordements sont le fait de personnes encagoulées qui ne sont pas des lycéens », déclare Pierre Sourzat. Depuis lundi dernier, les autorités ont dénombré plus de 5 000 interpellations, en marge du mouvement de blocage lycéen, dont environ 85 % de mineurs.
« La profession est sous le choc en raison des blessés, des menaces reçues, des logements de fonction brûlés, des collègues coursés qui ont dû s’enfermer. Tout ceci est inacceptable et va laisser des traces dans nos rangs », déplore Bruno Bobkiewicz. « Voir son lycée vandalisé, c’est violent. On ne pourra pas reprendre les cours comme si de rien n’était. Il faudra des cellules psychologiques », abonde Agnès Andersen.
Des annonces jugées insuffisantes
Pour l’heure, le ministre de l’Éducation nationale n’est pas parvenu à apaiser la situation. Après avoir promis une « plateforme de concertation » qui sera déployée prochainement auprès de tous les lycéens, il a annoncé que le gouvernement renonçait à faire payer des frais d’inscription en BTS ou en classe prépa, mesure inscrite dans le projet de budget 2027. Il a aussi rencontré les organisations lycéennes et les syndicats de l’Éducation vendredi, annonçant l’ouverture d’un « travail sur la démocratie scolaire » pour que les lycéens soient mieux consultés, ainsi qu’un « plan d’action » pour « accélérer » le remplacement des professeurs absents, priorisé sur les classes à examen.
Des annonces jugées insuffisantes pour prévoir une sortie de crise, selon les organisations lycéennes. « Il faut qu’Édouard Geffray s’engage à recruter davantage d’enseignants, à réduire les effectifs dans les classes, à lancer un plan d’urgence sur le bâti et qu’il reprenne les conclusions de la Convention citoyenne sur l’organisation de la journée scolaire. Il doit également réformer Parcoursup pour que la mention du lycée d’origine n’y figure plus et il doit augmenter les places dans l’enseignement supérieur », explique Pierre Sourzat.
Ce que dit la « feuille de route » de Lecornu dévoilée dimanche soir
Dans sa feuille de route dévoilée dimanche soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu fixe un calendrier pour répondre à une partie des revendications des lycéens. Il demande notamment le lancement dans chaque académie dès cette semaine d'un « traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus », avec un premier bilan attendu le 16 octobre. Il convoque également une réunion mardi avec les présidents de région sur la rénovation des établissements scolaires et réclame à ses ministres de premières propositions d'améliorations de Parcoursup d'ici à la fin octobre.
« Il faut rapidement des décisions gouvernementales qui permettent la désescalade. On est face au malaise de la jeunesse qui subit la menace climatique, des conditions d’études et de vie parfois compliquées. La réponse doit être globale », estime de son côté, Agnès Andersen. Difficile pour l’heure d’imaginer une prochaine sortie de crise : « Il est fort probable que cela dure jusqu’aux vacances de la Toussaint », déplore Bruno Bobkiewicz.