Elle est détenue à 56% par des investisseurs qui ne paient pas d'impôt en France: qui possède la dette française et faut-il s’en inquiéter?

Elle est détenue à 56% par des investisseurs qui ne paient pas d'impôt en France: qui possède la dette française et faut-il s’en inquiéter?

La dette publique française, soit celle de l'ensemble des administrations publiques (Etat, Sécurité sociale et collectivités locales) atteignait 3.536,1 milliards d'euros à la fin du premier trimestre 2026. Sur ce total, 2.723 milliards étaient de la dette de l'Etat.

Pourquoi et comment la France emprunte, quels sont les risques de l'endettement? Voici les principaux mécanismes de la dette, au cœur des débats alors que les taux d'intérêt ont atteint des niveaux inédits depuis 2008.

• Pourquoi la France emprunte-t-elle?

Les dépenses de la France sont supérieures aux recettes depuis 50 ans. Pour financer cette différence, l'État emprunte, comme dans la plupart des pays.

L'Agence France Trésor (AFT) gère la dette. Pour emprunter sur les marchés, l'État émet des titres financiers (comme des OAT, Obligations Assimilables du Trésor) vendus aux investisseurs.

L'AFT procède aux émissions via des "adjudications", une sorte de vente aux enchères de titres de dette, qui seront remboursés dans une durée variable (entre trois mois et 50 ans). Les échéances les plus courantes sont de 10 ans, mais les nouvelles émissions de dette ont tendance à se raccourcir en moyenne.

• À combien s'élève la dette de la France?

La dette publique française, soit celle de l'ensemble des administrations publiques (Etat, Sécurité sociale et collectivités locales) atteignait 3.536,1 milliards d'euros à la fin du premier trimestre 2026. Sur ce total, 2.723 milliards étaient de la dette de l'Etat.

La dette française représente au total 117,5% du produit intérieur brut (PIB), soit la dette la plus importante de la zone euro derrière la Grèce et l'Italie en part de PIB.

Elle n'a cessé de gonfler sous l'effet des déficits et des crises financières, sanitaire et inflationniste. La charge d'intérêts de la dette, c'est-à-dire le montant des intérêts à payer, s'est aussi renforcée, à 65 milliards d'euros en 2026.

• Qui détient la dette?

La dette de l'État est détenue par une grande diversité d'investisseurs, français, étrangers (zone euro et hors zone euro) et la Banque de France. Fin 2025, 56% des détenteurs de dette de l'État négociable étaient "non-résidents" fiscaux, contre 50,1% en décembre 2022, selon l'AFT. Les créanciers français, eux, sont notamment des compagnies d'assurance (9,6%) et banques (10,5%), ou les particuliers via leurs contrats d'assurance-vie.

Selon le rapport sur la stabilité financière de la Banque de France de juin 2026, la base d'investisseurs de la dette française évolue cependant "vers des détenteurs moins stables" tels que les fonds d'investissement, "en particulier" en ce qui concerne les "titres à court terme".

La part de dette détenue par la Banque de France provient de programmes de rachat d'obligations par la Banque centrale européenne (BCE), lors de la crise des dettes souveraines puis celle du Covid. Ce stock s'élevait à 488 milliards d'euros fin juin, contre 546 milliards fin 2025. Ce montant a baissé car certains titres ont été remboursés aux investisseurs, a expliqué la Banque de France.- Comment la France rembourse-t-elle ?

Pour le remboursement, l'État verse les intérêts au détenteur d'un titre une fois par an sous forme de coupons. Le capital est, lui, remboursé à l'échéance du titre. De nouveaux emprunts remplacent les contrats arrivés à échéance. L'AFT ne gère que la dette publique de l'État. La dette de la Sécurité sociale est gérée par plusieurs organismes (Acoss, Cades...).

• Y a-t-il un risque de crise?

En France, le taux d'emprunt à dix ans a grimpé mardi à 4,50%, son plus haut depuis 2008, ce qui augmente la charge d'intérêts de la dette et montre les doutes croissants d'investisseurs sur la situation des finances publiques.

La dette française reste toutefois recherchée, donc "il n'y a pas de craintes sur le financement de l'État", a affirmé le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin.

La France n'est pas dans la situation de la Grèce au moment de la grave crise financière de la fin des années 2000 (plus de 15% de déficit en 2009). La Grèce avait alors connu trois programmes d'aide de ses créanciers, en échange de réformes particulièrement lourdes.

Quand des États ne peuvent plus rembourser, une restructuration de la dette peut être envisagée: pause dans les échéances de remboursement, allongement du remboursement du prêt ou annulation d'une partie des intérêts ou de la dette.

• Peut-on annuler la dette détenue par la Banque de France?

Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a proposé de "foutre au feu" les 18% de dette de l'Etat détenue par la Banque de France pour le compte de la BCE. Une proposition "illégale, dangereuse et inutile", selon Emmanuel Moulin.

Pour certains économistes, une telle annulation serait techniquement possible, mais politiquement difficile, tandis que d'autres soulignent en effet les difficultés juridiques. Pour la présidente de la BCE Christine Lagarde, ce serait "une violation pure du traité" de l'Union européenne, dont l'article 123 interdit à la BCE le financement monétaire des Etats.

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