Reportage international - En Grèce, des jeunes diplômés désormais plus nombreux à rentrer au pays qu'à s'expatrier
Y a-t-il un retour des cerveaux en Grèce ? Pendant les années noires de la crise économique, entre 2009 et 2018, les jeunes Grecs ont émigré en masse dans d’autres pays de l’UE, aux États-Unis et au Canada principalement. Maintenant, ils reviennent petit à petit en Grèce. Un récent rapport de l’OCDE montre que les tendances migratoires se sont inversées depuis 2023 : ils sont désormais plus nombreux à rentrer au pays qu’à s’exiler. Le signe d’une économie plus dynamique, même si ce n’est pas le seul facteur qui entre en jeu pour pousser les jeunes expats à revenir.
À 31 ans, Dionysis Kourouniotis dirige une entreprise de construction à Athènes. Il y a dix ans, il étudiait au Canada pendant que la crise et le chômage décimaient l’économie grecque. Jamais il n’aurait imaginé revenir vivre dans son pays. En 2020 pourtant, les circonstances l’ont amené à faire un choix radical. « Je voulais être avec ma famille pendant le coronavirus, mais alors, l’économie s’est redressée. C’est l’histoire de beaucoup d’entre nous qui sont rentrés », raconte-t-il.
Ingénieur chimiste après des études à Vancouver et à Londres, Dionysis correspond au profil de ces jeunes Grecs hautement diplômés qui décident de rentrer au pays et d’y rester pour de bon, parce qu’ils imaginent de nouveau un futur en Grèce. Dans son cas, il a transformé l’entreprise familiale en une affaire florissante. « En cinq ans, le nombre de nos employés a doublé. Le miroir de l’économie, c’est la construction… Quand, il y a une crise, le secteur s’effondre, et quand l’économie reprend, cela se reflète sur la construction », souligne-t-il.
« Ils ne se projettent pas à l’étranger et veulent avoir une famille ici »
Mais la crise grecque n’est pas qu’un vieux souvenir : même si l’économie a rebondi, les diplômés grecs gagnent encore entre 35 % et 40 % en moins que leurs pairs européens. Dimitris Panopoulos dirige le programme gouvernemental « Re-brain », en allusion au retour des cerveaux. Il organise des rencontres internationales entre les entreprises grecques à la recherche de talents et des candidats au retour. Pour ces derniers, le facteur économique n’est pas la seule motivation.
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« Ils disent que quand ils arrivent à l’âge de 30-35 ans, à l’âge de former une famille, c’est un tournant pour eux, ils décident de rentrer parce qu’ils ne se projettent pas à l’étranger et ils veulent avoir une famille ici », rapporte-t-il.
Dynosisis, le jeune entrepreneur dans la construction, fait le même constat. Il y a six ans, il a participé à la création de Back to Greece, un réseau de jeunes diplômés rentrés au pays. Il affirme que la plupart d’entre eux acceptent des salaires plus bas en Grèce parce qu’ils privilégient des critères plus sentimentaux. « Il y a très peu de Grecs qui ont quitté la Grèce et qui ne veulent pas revenir à un moment ou un autre… », affirme-t-il.
En 2023, ils étaient plus de 47 000 à rentrer au pays, davantage donc que les 32 000 qui se sont exilés cette année-là. Les jeunes partent encore, mais avec un projet de retour : selon une étude sur la diaspora universitaire grecque citée par le journal Kathimerini, 60 % des Grecs qui étudient à l’étranger prévoient de revenir en Grèce dans les cinq prochaines années.
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