En Italie, l’ambassadeur milliardaire de Trump fait des vagues avec sa diplomatie en yacht
“Si Trump a transformé la Maison-Blanche en cirque Togni, pourquoi donc son représentant en Italie ne transformerait-il pas l’ambassade en navire de croisière ?” interrogeait l’écrivain Michele Masneri en juin, dans les colonnes d’Il Foglio. L’ambassadeur Tilman Fertitta avait annoncé “une (longue) croisière d’État. ‘Coastal diplomacy’, allons donc”, ironisait le chroniqueur italien, citant l’expression de cet émissaire milliardaire.
Sa tournée “de plusieurs mois”, selon The New York Times, “à bord de son superyacht à 450 millions de dollars [environ 394 millions d’euros]”, fait grincer des dents en Italie. “Certains trouvent la diplomatie de Tilman Fertitta bien légère en pleine querelle publique entre les dirigeants des deux pays, la pire de l’histoire récente. Trump est furieux de la décision italienne de ne pas soutenir la guerre en Iran et [la Première ministre Giorgia] Meloni a fustigé ses attaques contre le pape.”
“On dirait que le boulot d’un ambassadeur américain consiste à 60 % à jouer les touristes de luxe”, déclare au quotidien new-yorkais le même Michele Masneri.
“Sa tournée en bateau est aussi critiquée du fait de son coût pour l’État italien”, ajoute le New York Times. Un élu d’opposition, Angelo Bonelli, a demandé à connaître les frais que représente l’“imposant dispositif de sécurité et de police maritime” qui accompagne le “voyage touristico-diplomatique” de l’ambassadeur, comme l’a dit ce parlementaire cité par La Repubblica.
Origines siciliennes
Tilman Fertitta assure que sa tournée dans treize régions, censée marquer les 250 ans des États-Unis, permet de resserrer les liens entre les deux pays. “Dans l’ensemble, néanmoins, les invités sur son yacht sont issus d’une frange étroite de la société italienne”, souligne le New York Times : l’élite.
Le milliardaire, “propriétaire d’un empire de la restauration et des casinos, ainsi que de l’équipe de basket des Houston Rockets”, est un donateur des deux grands partis aux États-Unis, même si ses largesses profitent surtout aux républicains, explique le journal new-yorkais.
“Les arrière-grands-parents de Tilman Fertitta ont émigré de Sicile il y a plus de cent trente ans et il cherche depuis des années à entretenir un lien avec le pays”, dont il ne parle toutefois pas la langue. Il a tenté de racheter le club de football du Milan AC, sans succès.
“Arrêtons-nous là”
Les autorités italiennes doivent parfois s’adapter à la hâte à ses envies, raconte encore le New York Times, comme lorsqu’il a aperçu avec son épouse le village d’Acciaroli, en Campanie. “J’ai dit, regarde l’adorable petite ville, se souvient le milliardaire. Arrêtons-nous là.”
Parti de Civitavecchia (près de Rome) et passé notamment par la Sicile, son yacht de plus de 100 mètres de long est arrivé à Venise, en pleine fête du Rédempteur, où plus de 300 personnes ont manifesté le 17 juillet, rapporte CNN. Ponctuée d’affrontements avec la police, cette manifestation a mobilisé des groupes qui avaient déjà protesté l’an dernier, à Venise, contre le mariage d’un autre milliardaire américain, Jeff Bezos.