Serbie : Aleksandar Vucic a concédé sa défaite aux élections

Serbie : Aleksandar Vucic a concédé sa défaite aux élections

Le dirigeant nationaliste Aleksandar Vucic, figure dominante de la vie politique en Serbie depuis 14 ans, a concédé sa défaite aux législatives anticipées dimanche, une annonce qui a provoqué une explosion de joie dans le centre de Belgrade.

Il est clair que nous avons perdu ces élections, a-t-il déclaré à ses partisans au siège de son parti dans la capitale, admettant rapidement dans la soirée que le mouvement étudiant avait remporté la victoire, après avoir mené des manifestations pendant deux ans.

Toute la journée, les électeurs serbes s'étaient massivement rendus aux urnes et à 18 h (heure locale), soit deux heures avant la fermeture des bureaux de vote, le taux de participation frôlait les 65 %, au plus haut depuis plus de 30 ans.

Des électeurs font la queue devant un bureau de vote.

Des électeurs font la queue, dimanche, devant un bureau de vote à Belgrade.

Photo : Getty Images / MILOS MILANOVIC

La dernière forte mobilisation électorale, d'environ 70 %, remontait à l'éviction de l'ancien dirigeant Slobodan Milosevic en 2000, et reste une référence dans l'histoire politique serbe.

La Serbie a gagné, comme nous l’avions promis, a déclaré Ilija Srdanovic, représentant la liste des étudiants, devant les militants brandissant des ballons colorés. Plus jamais nous n'aurons de tyran dans ce pays.

Ilija Srdanovic célèbre la victoire avec ses partisans.

Ilija Srdanovic, chef de file du mouvement étudiant, célèbre sa victoire à Belgrade.

Photo : Associated Press / Petr David Josek

Suzana Mila Martic, une étudiante, a dit à l’AFP se sentir incroyablement bien.

J’ai l’impression de vivre enfin dans un pays libre, a-t-elle affirmé en pleurs, alors qu'un concert de klaxons et une foule aux bras levés envahissaient les artères du centre de la capitale.

Présenté par les étudiants comme un référendum anti-Vucic, ce scrutin était le premier depuis 2012 à esquisser, pour 6,4 millions d'électeurs, la possibilité d'une alternance.

Une électrice dépose son bulletin de vote dans l’urne à Belgrade, le 25 octobre 2026.

Ce scrutin est l'aboutissement de près de deux ans de manifestations menées par des étudiants, qui avaient été déclenchées par l'effondrement, en 2024, d'une verrière à la gare de Novi Sad ayant coûté la vie à 16 personnes, une tragédie largement imputée à la corruption.

Photo : Getty Images / MILOS MILANOVIC

On a constaté un nombre important d'irrégularités et d'incidents, a déclaré à la presse Rasa Nedeljkov, responsable de l'observation électorale au sein de l'organisation indépendante CRTA.

Les forces de l'ordre n'ont pour l'heure confirmé aucune violence majeure liée aux élections.

Dans le centre-ville de Belgrade, des policiers antiémeutes ont entouré la commission électorale, le bâtiment de la présidence et des partisans du gouvernement dans un parc au moment de la fermeture des bureaux de vote.

Sur X, les étudiants ont exhorté les habitants à ne pas se rassembler à proximité des lieux où une présence policière accrue a été remarquée.

Restons en sécurité, restons dignes et sereins, et ce, jusqu'au dernier moment, ont-ils écrit.

Des gens célèbrent dans les rues de Belgrade.

Des gens célèbrent la victoire après qu’Aleksandar Vučić eut reconnu sa défaite aux élections législatives à Belgrade, en Serbie, le dimanche 25 octobre 2026.

Photo : Associated Press / Armin Durgut

Barricadé

Cette victoire est l'aboutissement de près de deux années de manifestations déclenchées par l'effondrement en 2024 d'un auvent de la gare de Novi Sad, deuxième ville de ce pays des Balkans.

Seize personnes étaient mortes et les protestataires ont estimé que l'accident était une conséquence de la corruption endémique.

Au plus fort de la mobilisation, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans la capitale.

La police et des manifestants séparés par une clôture.

La police se tient à l'écart alors que des manifestants se rassemblent dans la capitale en provenance de villes de toute la Serbie, en mars 2025.

Photo : Getty Images / AFP

Au fur et à mesure, leurs revendications se sont transformées en appels à des élections anticipées.

Les fidèles de M. Vucic, vice-premier ministre à partir de 2012, puis premier ministre en 2014 et président en 2017, ont monté la garde devant le palais présidentiel, barricadé. Les protestataires ont subi des violences.

Début septembre, M. Vucic a fini par convoquer les élections, démissionnant de son second mandat à la tête de l'État afin de mener la campagne pour son camp.

Le mouvement étudiant s'est, lui, constitué en une force politique disparate. Sa liste unique n'a aucune tête d'affiche, mais a présenté une sélection de candidats issus de la société civile, dont le seul point commun était de vouloir battre le Parti progressiste serbe (SNS) d'Aleksandar Vucic.

Des candidats célèbrent leur victoire sur scène.

Des candidats du mouvement étudiant célèbrent leur victoire sur scène aux côtés de membres de leur équipe à Belgrade.

Photo : Associated Press / Petr David Josek

Les étudiants, ciblés par la désinformation, sont allés à la rencontre des électeurs pour enrayer la machine médiatique du SNS.

Si 18 formations sont officiellement en lice pour occuper les 250 sièges du parlement, la plupart des partis d'opposition ont soutenu le mouvement étudiant.

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