Environnement. Incendies : « Le changement climatique met en évidence nos erreurs dans la gestion des forêts »

Environnement. Incendies : « Le changement climatique met en évidence nos erreurs dans la gestion des forêts »

35 000 hectares brûlés, c’est le lourd bilan des incendies de forêt à la mi-juillet, et il dépasse déjà les chiffres de l’été 2025. Comment adapter la gestion des forêts face à cette crise ? Entretien avec Jonathan Lenoir, chercheur au CNRS sur le changement climatique et son impact sur les systèmes forestiers.

Propos recueillis par Mondo Guest -

Aujourd’hui à 18:30

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La Fédération nationale des sapeurs-pompiers alerte sur le fait que toutes les régions de France sont déjà touchées par les incendies, excepté le Nord et la Normandie pour le moment. Y a-t-il un risque que tout le pays soit frappé ?

« Si nous avons eu un incendie à Fontainebleau, au sud de Paris, nous ne sommes pas loin d’en avoir à Chantilly ou à Compiègne, au nord de la capitale… L’impact du changement climatique nous semblait encore lointain. Désormais, la question du risque est indissociable de toute réflexion sur la gestion des forêts. »

Photo DR/Grégory Hau
Photo DR/Grégory Hau

Qui dit gestion du risque dit prévention. Quelles solutions permettraient de réduire le danger ?

« La meilleure solution aujourd’hui est d’éviter la monoculture, de diversifier à la fois les espèces et l’âge des arbres dans la forêt. Mêler des espaces de sylviculture et d’agriculture, privilégier des systèmes d’îlots, permet que si un modèle ou une espèce encaisse des à-coups, l’autre prenne le relais. Le modèle de la monoculture était peut-être considéré comme rentable en conditions stables, ce ne sont plus les conditions qui sont les nôtres aujourd’hui. Toute forme d’homogénéité facilitera la propagation du feu. Elle favorise aussi la propagation de parasites tels que le scolyte, qui ravageront la forêt, avec pour conséquences davantage de bois mort qui peut s’enflammer plus facilement. »

« On peut réfléchir à des espèces d'arbres plus résistantes aux incendies »

« On peut aussi réfléchir à l’implantation de certaines espèces d’arbres, plus résistantes aux incendies grâce à l’épaisseur de leur écorce ou à leur capacité de régénération. Il faut que les exploitants sylvicoles et l’État s’y intéressent de près, sans pour autant aller trop vite. L’intégration d’espèces considérées comme plus résilientes peut être inefficace, voire contre-productive si elle se fait dans un climat inadapté. En plantant par exemple du chêne vert à plus haute latitude, plus résistant à la chaleur mais plus sensible au gel du nord, on risque de ne faire qu’accélérer le problème. Mais c’est une vraie question qui se pose : quelle essence planter demain ? Il faut étudier les coûts, les bénéfices et les risques. »

Comment expliquer que les problématiques de la monoculture frappent autant les forêts que l’agriculture ?

« La forêt est un écosystème entièrement géré par l’homme en Europe. Dans la période de reconstruction d’après-guerre, de nombreuses forêts ont été plantées sur des zones agricoles. De grandes plantations d’épicéas avaient été subventionnées dans l’est de la France, dans des zones où cet arbre n’a pas sa place puisqu’il pousse normalement en haute altitude, et qu’il ne supporte pas la chaleur. Mais comme l’épicéa pousse vite et qu’il est pratique pour les charpentes, il répondait parfaitement au cahier des charges. Sauf qu’à l’époque le risque d’une monoculture de l’épicéa en plaine était relatif. Aujourd’hui, il est omniprésent, et on en voit les conséquences. Le changement climatique met en évidence nos erreurs dans des décisions que nous avons prises il y a cinquante ans. »