États-Unis. Addiction aux réseaux sociaux : un procès d'une ampleur inédite visant Meta s'est ouvert

États-Unis. Addiction aux réseaux sociaux : un procès d'une ampleur inédite visant Meta s'est ouvert

Le procès de Meta, d’une ampleur inédite, s’est ouvert ce mercredi aux États-Unis pour plusieurs semaines. L’entreprise, mère d’Instagram et Facebook, est soupçonnée d’avoir délibérément exploité des mécanismes rendant accros ses jeunes utilisateurs. Ce dont elle se défend.

Étienne Ouvrier -

Aujourd’hui à 19:01 | mis à jour aujourd’hui à 19:15

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La société Meta, mère d’Instagram et Facebook, a-t-elle consciemment rendu ses jeunes utilisateurs addicts à ses réseaux sociaux ? C’est ce que devrait trancher le procès qui s’est ouvert ce mercredi aux États-Unis. Un procès d’une ampleur inédite. Une trentaine d’États ont lancé des poursuites en 2023, réclamant au mastodonte de la tech des changements en profondeur et la somme astronomique de 1 400 milliards de dollars (1 212 milliards d’euros). Un montant qui a toutefois peu de chance d’être atteint. Les plaignants seront représentés par les procureurs généraux de Californie, du Colorado, du Kentucky et du New Jersey. Cette coalition d’États accuse la firme d’avoir violé leurs lois de protection des consommateurs et une loi fédérale sur les données des enfants.

Parmi les auditions qui se tiendront jusqu’en septembre, figurera celle du patron de Meta, Mark Zuckerberg. Contactée, l’entreprise a fait savoir qu’elle « conteste fermement » ces accusations et se dit « confiante » que les preuves montreront son « engagement de longue date en faveur des jeunes ». Des documents internes révélés en 2021 par une lanceuse d’alerte, Frances Haugen, établissaient que Meta disposait d’études l’informant des dégâts sur les adolescents utilisant ses réseaux sociaux. Plusieurs experts dressent un parallèle entre l’industrie de la tech et celle du tabac, qui était elle aussi consciente des méfaits que ses produits provoquaient sur la santé de ses utilisateurs.

Paul W. Schmidt, avocat de Meta, arrivant au tribunal d'Oakland ce mercredi. Photo Sipa/AP/Jeff Chiu

Paul W. Schmidt, avocat de Meta, arrivant au tribunal d'Oakland ce mercredi. Photo Sipa/AP/Jeff Chiu

« Des mécanismes psychologiques simples et puissants »

« Les mécanismes psychologiques utilisés par les réseaux sociaux sont assez simples mais très puissants », estime Samuel Comblez, psychologue. « D’abord, il y a le principe de récompense aléatoire : un like, un message, une vidéo drôle ou intéressante peut arriver à tout moment. Le cerveau apprend ainsi à associer le téléphone à la possibilité immédiate d’un plaisir », explique celui qui est par ailleurs président général adjoint de l’association française e-Enfance, qui lutte pour la protection de l’enfance sur internet. Un mécanisme qui pousse à la consultation frénétique, d’autant plus lorsque les réseaux sociaux mettent en place un défilement de contenus infinis, ce qui est le cas d’Instagram et Facebook.

Les réseaux sociaux activent un levier, particulièrement sensible à l’adolescence : la reconnaissance sociale. « Être vu, apprécié et “validé” par les autres participe à la construction de l’estime de soi. Ne pas regarder son téléphone, c’est prendre le risque de ne plus savoir ce qui se passe dans le groupe et parfois de se sentir exclu », souligne Samuel Comblez.

Dans le viseur de la justice

Aux États-Unis, Meta est dans le viseur de la justice. En mars, dans un autre procès intenté par le procureur du Nouveau-Mexique, elle a été condamnée à payer 375 millions de dollars pour avoir porté atteinte à la sécurité des enfants, notamment via des pratiques commerciales « déloyales, trompeuses et abusives ». Plus récemment, en août, la firme a été condamnée à verser 567 millions de dollars à un fonds dédié à la santé des mineurs. Le juge avait par ailleurs ordonné à Meta de cesser l’envoi à ses utilisateurs mineurs de notification la nuit (entre 22 heures et 7 heures) et les journées scolaires (entre 8 heures et 15 heures).