Eva Gonzalès, Simone Fattal, Stan Douglas... Ces artistes que vous allez adorer (re)découvrir cet automne

Eva Gonzalès, Simone Fattal, Stan Douglas... Ces artistes que vous allez adorer (re)découvrir cet automne

Remède au blues de la fin de l’été, Beaux Arts vous propose un avant-goût de l’automne qui donnera furieusement envie d’aller au musée et de (re)découvrir des artistes parfois méconnus.

Des merveilleuses sculptures d’Alicia Penalba dévoilées par le musée Zadkine aux installations de l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama à la fondation Cartier, en passant par les photographies de Stan Douglas au Jeu de Paume et par une rétrospective inédite d’Eva Gonzalès au Petit Palais, les prochaines semaines promettent de belles rencontres.

1. Au musée Zadkine, la renaissance d’Alicia Penalba

Alicia Penalba dans son atelier à Paris

voir toutes les images

Alicia Penalba dans son atelier à Paris

i

© Museum of Modern Art, New York/ photo akg-images

Alicia Penalba (1913–1982) était l’une des élèves d’Ossip Zadkine à l’Académie de la Grande Chaumière, au début des années 1950. Elle venait d’Argentine, où elle s’était formée à la sculpture, mais passa l’essentiel de sa carrière en France, liée à Brancusi, Picasso ou Matisse. Le musée Zadkine est le premier en France à lui consacrer une exposition depuis sa mort. Acmé du parcours, ses œuvres totémiques qui font écho aux paysages argentins de son enfance et s’inspirent des forces de la nature comme moteur de l’imagination.

« Ses créations rugueuses et explosives conservent le sceau originel de ce silence, de ces tonnerres qui détruisent et créent », écrivait l’ami poète Pablo Neruda. Elles étaient notamment au cœur de l’exposition « Totems et tabous – Lam, Matta, Penalba » au MAM de Paris en 1968. Mais depuis la sculptrice a été oubliée. La voilà qui renaît sous nos yeux, alors que sont aussi dévoilées ses expériences avec toutes sortes de médiums, céramique, tapisserie, bijou. E.L.

Arrow

Alicia Penalba – La sculpture entre terre et ciel

Du 18 novembre 2026 au 25 avril 2027

www.zadkine.paris.fr

Musée Zadkine • 100 bis, rue d'Assas • 75006 Paris
www.zadkine.paris.fr

2. Jacques Villeglé pied au mur au musée Carnavalet

Jacques Villeglé, Boulevard de Belleville

voir toutes les images

Jacques Villeglé, Boulevard de Belleville, 1995

i

© Fonds de dotation Jacques Villeglé / ADAGP

Il aurait eu 100 ans cette année ! Disparu en 2022, l’immense Jacques Villeglé (1926–2022) revient hanter les rues de Paris grâce au musée Carnavalet. Installé dans la capitale en 1950, il en fit son terrain de jeu et d’exploration, arrachant les affiches au détour de ses errances. Sa manière à lui de « saisir le réel ». Notant à chaque fois le nom de la rue et la date de son « larcin ».

Aujourd’hui rassemblées, ces images décomposent en mille feuilles l’histoire de la ville et du pays. Souvenirs de manif et d’élection se mêlent aux bienfaits d’une lessive, au visage d’une star de cinéma. Lacérées, fatiguées par la pluie et le soleil, triturées par les passants et le temps, elles composent un portrait fragile de notre XXe siècle. Originalité de ce parcours riche d’œuvres et de documents inédits, ses nombreux clins d’œil à la scène de l’art urbain contemporain, dont Villeglé était l’un des plus singuliers ancêtres. E.L.

Arrow

Paris à l’arraché – Jacques Villeglé et l’art urbain

Du 14 octobre 2026 au 14 février 2027

www.carnavalet.paris.fr

Musée Carnavalet • 23 Rue de Sévigné • 75003 Paris
www.carnavalet.paris.fr

3. Au musée Picasso, l’inclassable Kurt Schwitters

Kurt Schwitters, ALBERT FINZLERBILD ALBERT FINSLERBILD

voir toutes les images

Kurt Schwitters, ALBERT FINZLERBILD ALBERT FINSLERBILD, 1926

i

Coll. et © Sprengel Museum, Hanovre

On croit connaître Kurt Schwitters (1887–1948) mais on ne l’a pas vu ainsi depuis plus de 30 ans. Absence réparée avec plus de 300 œuvres de l’Allemand inclassable, Dada constructiviste tout autant abstrait que poète du rebut, mis ici en perspective avec Picasso dans son goût de l’expérimentation.

Lui qui fut tout autant peintre, poète, musicien, sculpteur, typographe, rédacteur d’une revue et organisateur d’événements, fut considéré comme « dégénéré » par les nazis, dut fuir l’Allemagne en 1937 et vit son grand œuvre, le Merzbau, sa « cathédrale de la misère érotique » aménagée dans sa maison de Hanovre, détruit par les bombardements alliés en 1943 – une reconstitution sera présentée. Un « homme-orchestre » anarchiste, dont l’œuvre se confond avec la vie. S.F.

Arrow

Kurt Schwitters – Le chaos-monde, 1918-1948

Du 6 octobre 2026 au 7 février 2027

www.museepicassoparis.fr

Musée national Picasso - Paris • 5, rue de Thorigny • 75003 Paris
www.museepicassoparis.fr

4. La scène ghanéenne irradie la fondation Cartier

Ibrahim Mahama, Red Clay, Tamale

voir toutes les images

Ibrahim Mahama, Red Clay, Tamale, 2025

i

© Ibrahim Mahama / photo Ernest Sackitey, courtesy Red Clay

Très impliqué au Ghana, son pays natal, Ibrahim Mahama (né en 1987) a fondé à Tamale, dans le nord, trois centres d’art pensés comme des espaces de création et de partage. Cette démarche de transmission est au cœur de sa vaste exposition à la fondation Cartier. Attentive depuis toujours à la création africaine, l’institution offre l’opportunité à cette figure centrale de la scène ghanéenne de valoriser cet engagement.

Accompagné de neuf artistes associés – Dorothy Akpene Amenuke, Gideon Appah, James Barnor, Cercle d’Art des Travailleurs de Plantation Congolaise (CATPC), Courage Dzidula Kpodo, Zohra Opoku, Postbox Ghana, Tjaša Rener, Feda Wardak –, Ibrahim Mahama investit les espaces façonnés par Jean Nouvel, mais aussi la place publique avec une série d’installations inédites, dont un voile de tissu sur les arcades de la façade. Il offre aussi une nouvelle version de sa pièce majeure, Parliament of Ghosts, spectaculaire métaphore des faillites de la démocratie. E.L.

Arrow

Ibrahim Mahama – Le temps des récoltes

Du 22 octobre 2026 au 28 février 2027

www.fondationcartier.com

Fondation Cartier pour l'art contemporain • 2 Place du Palais Royal • 75001 Paris
www.fondationcartier.com

5. Une première pour Eva Gonzalès au Petit Palais

Eva Gonzalès, La Psyché (The Full-Lenght Mirror)

voir toutes les images

Eva Gonzalès, La Psyché (The Full-Lenght Mirror), vers 1869–1870

i

The National Gallery, London

Issue d’une famille aisée d’artistes, remarquée pour ses liens avec Édouard Manet, dont elle fut l’élève, Eva Gonzalès (1847–1883), morte à seulement 34 ans et peu de temps après son maître adoré, ne peut être réduite à ce rôle de groupie.

Si, comme Manet, elle privilégia les expositions au Salon plutôt que celles du groupe impressionniste, Eva Gonzalès, retirée en Normandie, finira par affirmer un style plus personnel et un goût prononcé pour le paysagisme. C’est sa première rétrospective. S.F.

Arrow

Eva Gonzalès (1847-1883) Une artiste libre

Du 15 septembre 2026 au 24 janvier 2027

www.petitpalais.paris.fr

Petit Palais • Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.petitpalais.paris.fr

6. Au musée d’Art moderne de Paris, Kerry James Marshall regarde l’histoire

Kerry James Marshall, DE STYLE

voir toutes les images

Kerry James Marshall, DE STYLE, 1993

i

Coll. et © Los Angeles County Museum of Art, Museum Associates / © Kerry James Marshall

Organisée par la Royal Academy of Arts de Londres avec la Kunsthaus de Zurich, la rétrospective Kerry James Marshall (né en 1955) se déploie au musée d’Art moderne de Paris, révélant les chefs-d’œuvre de celui qui a su révolutionner le genre pictural, conventionnel, de la peinture d’histoire pour le faire basculer dans le XXIe siècle sans rien oublier du passé.

Démonstration en 70 œuvres, toiles monumentales et installations. Huit peintures inédites ont été réalisées spécialement pour l’occasion sur le thème de l’esclavage et de la traversée de l’Atlantique. D.B.

Arrow

Kerry James Marshall – The Histories

Du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027

www.mam.paris.fr

MAM - Musée d'Art moderne de Paris • 11 Avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.mam.paris.fr

7. Le fragile bestiaire de Lionel Sabatté au musée de la Chasse et de la Nature

Lionel Sabatté, Loup de mai

voir toutes les images

Lionel Sabatté, Loup de mai, 2012

i

structure métallique • Courtesy Lionel Sabatté / Photo Rebecca Fanuele / ADAGP

Ce qui reste, ce sont nos poussières, nos rognures, toutes ces humbles particules que Lionel Sabatté (né en 1975) sauve du néant pour composer avec elles des œuvres d’art. Oxydation, laine, bois, mais aussi ongles et peaux mortes, il fait feu de tout bois.

Complice du musée de la Chasse depuis une dizaine d’années, l’artiste y revient avec de toutes nouvelles œuvres. Digressions autour de la terre de Lascaux, défilés de cerfs, d’ours ou de loups sculptés dans le ciment et la filasse, les formes sont fragiles, instables, promises à la décomposition parfois. Mais elles chantent aussi ce paradoxe de la résistance du vivant. De ce qui reste. E.L.

Arrow

Ce qui reste. Lionel Sabatté

Du 15 octobre 2026 au 21 mars 2027

www.chassenature.org

Musée de la Chasse et de la Nature • 62, rue des Archives • 75003 Paris
www.chassenature.org

8. Les chimères de Simone Fattal au musée d’Art moderne de Paris

Simone Fattal, Centaure

voir toutes les images

Simone Fattal, Centaure, 1999

i

© Courtesy Simone Fattal et galerie Karma International, Zurich / photo François Doury / ADAGP

Passionnée de littérature et d’archéologie, Simone Fattal l’a toujours été. Il y a donc beaucoup de promesses dans ces « villes au fond d’un lac » qu’elle a rêvées pour le musée d’Art moderne de Paris. Née en 1942 à Damas, élevée au Liban, éduquée à Paris, elle a commencé comme peintre. Mais après son départ pour la Californie avec son aimée de toujours, la poétesse Etel Adnan, elle se lance dans la sculpture. Elle consacre plus de trois décennies à sa maison d’édition The Post-Apollo Press (1982–2017), digression sur l’histoire de l’humanité inspirée par le programme spatial Apollo.

Cette rétrospective embrasse cette riche carrière, jusqu’aux céramiques plus récentes dans lesquelles elle façonne des créatures nées des épopées mythologiques de Grèce antique ou de Mésopotamie. De Gilgamesh à la Lune, un petit pas pour Simone Fattal. E.L.

Arrow

Simone Fattal – Des villes au fond d’un lac

Du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027

www.mam.paris.fr

MAM - Musée d'Art moderne de Paris • 11 Avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.mam.paris.fr

9. Stan Douglas révèle la fabrique des images au Jeu de Paume

Stan Douglas, Hastings Park

voir toutes les images

Stan Douglas, Hastings Park, 16 July 1955

i

série Crowds and Riots • © Stan Douglas / Courtesy Victoria Miro, Londres et David Zwirner, New York-Paris.

Depuis la fin des années 1980, l’artiste canadien Stan Douglas (né en 1960) construit une œuvre majeure consacrée à l’exploration des récits et de la fabrication des images. Présentée au Jeu de Paume, cette rétrospective, la plus importante organisée à Paris depuis plus de 30 ans, met en lumière toute la richesse et la diversité de sa création.

Réunissant photographies, films, installations et dispositifs issus du théâtre, elle témoigne de l’ampleur de sa pratique. À la croisée du documentaire et de la fiction, Stan Douglas interroge sans cesse les relations entre histoire, mémoire, médias et pouvoir. Son travail révèle les mécanismes qui façonnent notre perception du réel et offre une réflexion particulièrement pertinente sur les récits qui structurent nos sociétés contemporaines. N.W.

Arrow

Stan Douglas - Parallax

Du 20 octobre 2026 au 10 janvier 2027

jeudepaume.org

Jeu de Paume • 1, place de la Concorde • 75008 Paris
www.jeudepaume.org

10. A Nantes, une traversée féminine du surréalisme

Jane Graverol, Le Bon Bout de la raison

voir toutes les images

Jane Graverol, Le Bon Bout de la raison, 1962

i

© Musée d’Arts de Nantes / photo C. Clos / ADAGP

Claude Cahun, Leonor Fini, Toyen, Meret Oppenheim, Jane Graverol, Dorothea Tanning, Jacqueline Lamba… Depuis quelques années, le versant féminin du surréalisme est réapparu après avoir longtemps été oublié – occulté ? –, grâce à plusieurs expositions monographiques et à une présentation chorale, en 2023, au musée de Montmartre.

Les voilà toutes réunies à Nantes, accompagnées des « passeuses » (galeristes, mécènes, collectionneuses) telles que Peggy Guggenheim, Marie-Laure de Noailles ou Simone Kahn, qui soutinrent le mouvement. Avec en guest-star Hélène Delprat, dont une œuvre vidéo fait écho à cette cohorte de surréelles. S.F.

Arrow

Surréelles – Une autre traversée du surréalisme

Du 20 novembre 2026 au 21 mars 2027

museedartsdenantes.nantesmetropole.fr

Musée d'Arts de Nantes • 10 Rue Georges Clemenceau • 44000 Nantes
museedartsdenantes.nantesmetropole.fr

11. De singulières créatrices à Lille

Anna Zemánková, Sans titre

voir toutes les images

Anna Zemánková, Sans titre, avant 1986

i

Anna Zemánková / photo A. Lauras / ADAGP

Si l’art brut a longtemps été déconsidéré, que dire des artistes femmes de ce champ, qui furent doublement invisibilisées ? Le LaM de Villeneuve-d’Ascq, dont les collections sont très riches en la matière depuis la donation de l’association L’Aracine en 1999, répare cet outrage en réunissant plus de 300 œuvres de 70 créatrices, datées de la seconde partie du XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Rarement connues, parfois même anonymes, toutes ont des trajectoires singulières, occupent des espaces d’expression très divers. Pour certaines, ce fut par le biais de la pratique du spiritisme, pour d’autres en magnifiant leur assignation à des tâches domestiques (voire leur enfermement), pour d’autres encore, à travers le rejet des normes sociales… Un continent de création où toujours l’existence est en jeu. S.F.

Arrow

Singulières – Artistes, autodidactes, affranchies

Du 3 octobre 2026 au 14 février 2027

www.musee-lam.fr

LaM • 1, allée du Musée • 59650 Villeneuve-d'Ascq
www.musee-lam.fr