France : des manifestations massives avec moins de violences
Avec plus de forces de l'ordre et des défilés strictement encadrés, les multiples manifestations en France se sont déroulées samedi globalement dans le calme, malgré quelques heurts, bien loin des violences qui avaient entaché la mobilisation sociale de la semaine dernière.
Ne voulant pas revoir les images d'affrontement, d'incendies, de pillages par des hordes de casseurs qui ont fait le tour du monde, les autorités ont mobilisé 70 000 policiers et gendarmes, soit près de 20 % de plus que la semaine précédente.
Les cortèges se sont bien passés, a jugé samedi en fin de journée le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, annonçant que près de 1000 personnes avaient été interpellées, selon un bilan provisoire.
Le nombre de manifestants n'a pas progressé. Au total, le syndicat CGT a comptabilisé 800 000 manifestants dans le pays, autant qu'une semaine plus tôt. De son côté, le gouvernement en a dénombré 410 000 manifestants samedi, contre 550 000 la semaine dernière.
Dans les différentes villes où les manifestations ont été autorisées, les défilés se sont déroulés la plupart du temps dans le calme, au milieu de commerces dont certains ont été barricadés pour éviter les razzias.
Plus de 500 casseurs ont commencé à attaquer les forces de l'ordre à la fin du défilé parisien, selon la police. Samedi soir, la foule était entièrement dispersée, a indiqué la préfecture de police.
Un hélicoptère de la gendarmerie est engagé pour appuyer les effectifs au sol et détecter des groupes résiduels de casseurs, a ajouté la même source.

Un secouriste cherche à se faufiler entre les policiers près de la porte de Vincennes.
Photo : AFP / NICOLAS TUCAT
Un camion à eau et des grenades lacrymogènes ont été utilisés en réponse aux jets de projectiles sur les forces de l'ordre.
Avant cela, dans la capitale, près de 110 000 personnes se sont réunies, selon les autorités, 250 000, selon la CGT, pour cette mobilisation qui rassemble encore une fois différents mouvements, lycéens, étudiants, syndicats, gilets jaunes, et que les partis de gauche entendent exploiter dans la perspective de la présidentielle dans six mois.
À Marseille, à Rennes ou à Lille, les manifestants aux revendications parfois disparates insistaient sur leur droit de manifester.
Deux blessés
À Rennes, Emma, 23 ans, se disait en colère vis-à-vis de tout ce qui se passe en ce moment, dénonçant les interdictions de manifestations et la répression des lycéens. Ni le président ni le temps ne m'empêcheront de manifester, faisait valoir Delphine, 47 ans, à Lille, positionnée en tête de cortège.
Face aux risques de débordements, les autorités ont multiplié les interdictions de rassemblements ou les couvre-feux, se faisant accuser de dérive autoritaire par la gauche radicale.
Dans ce panorama généralement calme, quelques incidents sporadiques ont toutefois éclaté à Lyon, où les manifestations sont prohibées, ou à Nantes.

Des grenades lacrymogènes ont été utilisées sur les jeunes manifestants.
Photo : Getty Images / GUILLAUME SALIGOT
Des groupes se sont détachés des cortèges et ont cherché à commettre des exactions, principalement contre les forces de l'ordre, a expliqué le ministre de l'Intérieur.
Les exactions ont été très nombreuses et les forces de sécurité intérieures ont été aujourd'hui encore confrontées à un niveau de violence extrêmement élevé, a-t-il ajouté.
Au pays deux personnes ont été grièvement blessées, à Clermont-Ferrand et à Toulouse, a dit Laurent Nuñez.
Présidentielle en vue
À Toulouse, un homme de 20 ans a été grièvement blessé à une main tandis qu'un policier a été pris en charge par les secours.
Un jeune homme a également été blessé à un œil à Poitiers.
Selon la préfecture de Marseille, trois commerces ont été pillés ou dégradés dans la soirée et 51 personnes ont été interpellées, dont 20 sont majeures. Parmi elles, 20 ont été placées en garde à vue.

Une barricade en feu à Marseille
Photo : AFP / THIBAUD MORITZ
Grâce à l'intervention des forces de l'ordre, de nombreux pillages ont été évités et il n'y a pas eu d'attaques dirigées, comme le 17 octobre, vers des bâtiments publics, comme les mairies, les commissariats, a précisé le ministre, déplorant toutefois quelques dégradations ou pillages de commerces dans certaines villes, en nombre très limité.
Les services d'ordre des syndicats étaient aussi présents pour encadrer les manifestants et tenter de tenir à l'écart les éléments violents.
À six mois de la présidentielle, le chef de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, bien placé pour se hisser au second tour face à la favorite, la candidate de l'extrême droite, Marine Le Pen, a mis Emmanuel Macron en garde.

Emmanuel Macron (La République en marche), Marine Le Pen (Rassemblement national) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) (Photos d'archives)
Photo : afp via getty images / Thomas Coex/Emmanuel Dunand
Il est temps de céder, a affirmé le candidat présidentiel en tête du cortège parisien, faute de quoi il va comprendre que cela va se répéter toutes les semaines, et ce qui leur pend au nez, c'est une grève générale.
Le président français a reçu vendredi pour la première fois des représentants des lycéens, dont la mobilisation a été un des carburants des manifestations. Son entourage a promis des décisions concrètes pour lundi.
La tension générale dans le pays s'est encore accrue au lendemain d'un attentat terroriste raciste, selon les mots de M. Macron, qui a fait un mort et cinq blessés à Trappes, en région parisienne, et dont l'auteur semble avoir voulu s'en prendre à des personnes issues de l'immigration.
Près de 13 000 personnes, selon les autorités, ont défilé dans le calme à Orléans pour y dénoncer la tenue du congrès du Rassemblement national, le parti de la cheffe de file de l'extrême droite, Marine Le Pen, certains faisant le lien avec l'attentat de Trappes.

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Le reportage de Tamara Altéresco, à Paris