Fruit d'un partenariat public-privé, la résidence pour seniors de Strée a trouvé quasiment tous ses locataires : "On est heureux ici"
"En quelques semaines, j'ai pris plus d'apéros ici que sur vingt ans ! J'avais peur d'arriver dans un genre de maison de retraite. Mais ce n'est pas le cas du tout, on est super-bien !" À 69 ans, Alain est aux anges. Cet ancien Ocquiérois fait partie des dix-huit locataires qui ont pris possession de la résidence pour seniors de la rue Elmer à Strée.
Fruit d'un partenariat entre la société Duchêne (groupe Eiffage), l'intercommunale Agilis et la Commune de Modave, le bâtiment, baptisé Mod'Âge, a officiellement été inauguré ce mercredi soir, près d'une dizaine d'années après avoir été souhaité par le Conseil Consultatif Communal des Aînés.
"Nous étions partis du constat que tous les seniors n'avaient pas les moyens financiers d'aller vivre dans une résidence-service, et qu'il fallait leur proposer quelque chose sur Modave", a rappelé Pierre Halut, ex-membre du collège communal
À l'arrivée, c'est un bâtiment composé de 20 appartements (dont certains pour PMR) de 50 m2 (avec cave), ainsi que deux salles de séjour communes qui a vu le jour. Certes, il ne s'agit pas d'une résidence-service à proprement parlé, mais les locataires disent s'y sentir comme des coqs en pâte.
"Nous continuons à avoir une vie sociale"
"La Commune intervient lorsqu'un problème technique survient et l'entente, voire l'entraide, entre les différents locataires et superbe", glisse Mariana (69 ans), première résidente à franchir la porte de l'immeuble il y a un an. Arrivés en février, Jean-Marie (80 ans) et son épouse Isabelle (81 ans) acquiescent: "Tout le monde est heureux ici ! Nous continuons à avoir une vie sociale et conservons notre autonomie. À l'échelle d'une commune comme Modave, ceci est un projet pharaonique !"
Pharaonique ? Peut-être pas mais novateur dans son mode de financement, certainement, grâce à un partenariat public-privé. "La Commune a signé une convention avec Agilis, a rappelé l'échevin des Finances, Éric Thomas. Cette intercommunale spécialisée dans la gestion immobilière publique a contracté le prêt de 3,5millions d'euros pour financer le bâtiment. C'est elle qui rembourse les mensualités et touche les loyers (550 € par unité, plus 100 € de provision pour les charges). La Commune de Modave rembourse chaque année à Agilis la différence entre les deux sommes, étant entendu qu'il s'agit d'un prêt sur 20 ans, négocié à du 3,59%."
"Inspirer d'autres pouvoirs locaux"
Au terme de ces deux décennies, le bâtiment aura donc coûté quelque 2,72 millions d'euros à la Commune, qui en deviendra propriétaire pour un euro symbolique.
Pour Denis Sybille, directeur d'Agilis, le projet modavien pourrait inspirer d'autres communes. "Un projet comparable existe à Marchin, avec 50% des unités destinées à des seniors, rappelle-t-il. C'est le genre de dossiers auquel on croit beaucoup. Nous allons ajouter des services supplémentaires d'aide à la personne. Ce mécanisme de financement pourrait inspirer beaucoup de pouvoirs locaux. Certes, la société Duchêne nous a cédé ici le terrain à un prix très avantageux, faisant descendre le prix unitaire à la construction, mais même à 180 000 € par unité, c'est un investissement intéressant."
Investissement dont n'est pas peu fier le bourgmestre. "En 2018, lorsque nous avons annoncé que nous voulions mener à bien ce projet, un citoyen m'a rétorqué que nous vendions du rêve. Pourtant, huit ans plus tard, nous y sommes !", s'est exclamé Bruno Dal Molin lors de la cérémonie protocolaire qui s'est déroulée sur la pelouse entre le bâtiment proprement dit et l'espace fermé destiné à accueillir les vélos des résidents. "Enfin ça, c'était la vision de l'architecte, corrige l'alerte octogénaire Jean-Marie. Il n'y a pas de vélos, on y range surtout nos barbecues et transats !"
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