GiFi en redressement judiciaire : crash informatique, retrait de Philippe Ginestet... les cinq moments clés qui ont accéléré la crise du géant du bazar
l'essentiel Depuis six ans, le géant du bazar GiFi fait face à un nombre de difficultés croissant. Après la crise du Covid et la fermeture de l'ensemble des magasins, le groupe basé à Villeneuve-sur-Lot a dû faire face à un immense problème informatique, un sauvetage de la part des banques mais aussi une valse de dirigeants, tous experts des situations économiques complexes. Retour sur ces événements qui ont accéléré la crise de l'enseigne créée en 1981.
Décembre 2020 : échec de la reprise de Tati et l'impact du Covid
Nous sommes en fin d'année. Dans le brouillard de la cité de Pujols, près de Villeneuve-sur-Lot, le grand patron de GiFi, Philippe Ginestet reçoit La Dépêche pour évoquer la sortie de son livre autobiographique, "La vie est une idée de génie". Il y dévoile sa lutte contre la maladie, alors que son groupe joue sa survie face à la crise sanitaire du Covid-19. Cette année 2020 est aussi celle de la digestion d'un échec cuisant, celui de la reprise de Tati. Deux ans après le rachat de la marque, le groupe annonce la disparition progressive de l’enseigne. Quarante-neuf magasins doivent passer sous la marque GiFi, tandis que treize autres doivent fermer. Le plan prévoit 189 suppressions de postes. En parallèle, la pandémie bouleverse les habitudes de consommation, GiFi doit recourir à des financements garantis par l'État pour passer cette période.
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Juin 2023 : le crash informatique qui fait tout basculer
Après avoir repris des couleurs - le chiffre d'affaires du groupe a grimpé au-delà du milliard d'euros durant deux années consécutives - un problème majeur va secouer GiFi : la bascule vers un nouveau logiciel de gestion intégré, qui devait notamment automatiser les approvisionnements et centraliser les données de l'entreprise. Mais la machine se grippe, et les magasins se retrouvent à gérer les stocks à l'aveugle. Impact sur les ventes, des rayons en partie vides... ces dysfonctionnements ont touché le second semestre 2023, période cruciale pour les ventes de décoration et de produits saisonniers. En face, la concurrence se frotte les mains.
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2024-2025 : la reprise en main des banques
Il aura fallu d'une seule année pour voir les comptes plonger dans le rouge, en plus de l'accumulation des dettes. Des millions d'euros de perte, et des créanciers qui perdent confiance. Le "dossier GiFi" remonte même sur le bureau du ministère de l'Économie. L'entreprise obtient un rééchelonnement de sa dette. Mais ça ne suffit pas. À la fin de l'année 2024, Philippe Ginestet resollicite les banques pour assurer la pérennité du géant du bazar. La nouvelle tombe en janvier 2025 : les banques créancières ont accepté d’effacer 470 millions d’euros de dette de l’enseigne en grande difficulté, à condition que Philippe Ginestet lâche les commandes de l’entreprise.
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2025-2026 : les cadors du redressement se succèdent à la direction, le retour aux petits prix
Une nouvelle ère s'ouvre alors dans les couloirs du siège de GiFi à Villeneuve-sur-Lot. La plupart des cadres sont encore au pilotage de l'entreprise. Un premier expert est appelé à la présidence du nouveau directoire : Philippe Brochard, l’ancien patron d’Auchan. Il restera cinq mois. La stratégie opérée est celle du repositionnement de la marque sur les petits prix, marché où des enseignes comme Action font une razzia. Un autre "pompier" est appelé à la rescousse : Christophe Mistou. Acteur principal du sauvetage de Mr Bricolage, il est attendu de pied ferme sur les bords du Lot. Mais il est renvoyé cinq mois plus tard. Nouvel intérim, jusqu'à la nomination de Gérald Walter, ancien dirigeant du groupe Casino. Une mission de neuf mois avant l'arrivée de Patrick Puy, spécialiste des entreprises en difficulté.
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Octobre 2026 : dépôt de bilan après une dégradation du marché
Malgré les efforts opérés en interne, la trésorerie de GiFi reste dans le rouge en 2025. "Notre activité a été inférieure à nos prévisions, ce qui a accentué les tensions sur notre trésorerie, malgré les progrès réalisés ces derniers mois grâce à l’engagement de chacun, notamment sur nos marges", écrit Patrick Puy dans un message aux salariés, que nous avons pu consulter. L'entreprise décide de solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Toulouse.