Gironde. « Sentir que je ne suis pas seul » : l’inattendu élan de générosité envers les sinistrés du mégafeu

Gironde. « Sentir que je ne suis pas seul » : l’inattendu élan de générosité envers les sinistrés du mégafeu

« J’ai pris Léon, mes médicaments et je suis partie. Ma voiture était déjà chargée ». Cette habitante de la métropole bordelaise n’a pas hésité lorsque l’ordre lui a été donné d’évacuer. Sa tortue Léon sous le bras, elle a bondi dans sa voiture direction le palais des Expositions à Bordeaux, en Gironde. C’est dans cet espace ouvert par la municipalité que 2 500 personnes ont trouvé refuge après avoir dû quitter leur maison dans la précipitation depuis mercredi dernier en raison du mégafeu qui couve aux portes de la métropole bordelaise. Jusqu’à 7 000 personnes y ont été accueillies, mais les touristes ont depuis quitté les lieux.

On y croise aussi des chats, des chiens et même des lapins. Nombreuses ont été les personnes évacuées à penser à leurs animaux de compagnie avant même leur propre besoin. Des vétérinaires assurent des permanences sur place.

Dimanche minuit, les bénévoles ne lâchent rien au chevet des évacués de Gironde.  Photo EBRA /A.S.

Dimanche minuit, les bénévoles ne lâchent rien au chevet des évacués de Gironde.  Photo EBRA /A.S.

Plus de 600 résidents d’Ehpad

Dans ces vastes espaces, de lits de camp par centaines sont alignés. Dimanche soir, peu après 22 heures, la lumière est encore allumée et certains ont du mal à trouver le sommeil dans un hall où la chaleur est presque étouffante.

  • Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

    Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

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  • Elan de solidarité Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

    Elan de solidarité Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

Des personnes âgées sont allongées sur des lits de fortune. Plus de 600 résidents d’Ehpad ont dû quitter leur résidence. Pour les accompagner, des médecins et des infirmières sont présents. Mais malgré les efforts de chacun, c’est loin d’être l’idéal pour ces personnes vulnérables dont certaines ont des problèmes de santé (cancer, insulinodépendant…). Un point médical adapté a été aménagé sur place pour les prendre en charge dans l’attente de les rediriger vers des centres de santé adaptés.

Accueils solidaires

Il a aussi été proposé à des bénévoles d’accueillir chez eux des seniors. Bernard, 74 ans, est arrivé samedi au parc des Expos. Il devrait être accueilli ce lundi chez une jeune Bordelaise. « Je suis parti en catastrophe. J’ai simplement pris mes médicaments, je n’ai pas de vêtements », témoigne le septuagénaire, vivant à Saint-Médard-en-Jalles.

Des piles de vêtements sont disponibles. Il y a aussi de nombreux jeux et jouets pour les enfants ainsi que de la nourriture et des boissons en nombre. Des douches et toilettes ont été installées. Tous ne savent pas combien de temps ils vont rester. Le devenir de leur maison les inquiète, et chacun essaye de se tenir informé via les réseaux sociaux de l’avancée du mégafeu, qui avait ravagé dimanche soir au total 42 000 hectares. Du jamais-vu en France.

Une fourmilière de générosité

23 heures. Extinction des feux. Mais, à quelques centaines de mètres de là, c’est une tout autre ambiance. Une fourmilière s’éveille. Gilets fluo sur le dos, des centaines de bénévoles s’activent au milieu d’un nombre incalculable de denrées en tout genre. « C’est énorme, on ne s’attendait pas à recevoir autant de dons », commente Romain, chargé de coordonner tout ce petit monde.

  • Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

    Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

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  • Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

    Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

  • Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

    Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

  • Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

    Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

  • Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

    Elan de solidarité à Bordeaux. Photo EBRA /A.S.

« Ça donne de l’espoir »

Il y a de tout : à boire, à manger, des produits de toilettes, même des lits pliables pour bébé, du sérum physiologique, des pansements, des câbles de téléphone et de la litière pour les animaux. Les bénévoles se passent de main en main les packs d’eau, en musique, sous la direction du chef d’orchestre Romain. « On doit vite tout trier et filmer les palettes, car il faut qu’on laisse la place pour l’arrivée de nouvelles personnes qui devraient être évacuées cette nuit », explique-t-il. Le stock va être déplacé dans un autre hall, alors que trois camions de livraisons viennent de se garer sur l’immense parking du parc des Expos.

« Il y a une très bonne ambiance. C’est multi-âge. C’est un très bel élan de générosité », glisse Séverine, 51 ans, pour sa première nuit en tant que bénévole.

C’est aussi une première pour Alexandre, de Bordeaux : « Ça donne de l’espoir, de se dire que le collectif peut être au rendez-vous de ces catastrophes naturelles désormais tangibles. Je suis venu pour sortir de ma sidération et pour sentir que je ne suis pas seul. Qu’une réponse est possible face à ce drame. Et malgré tout, cet élan de générosité me donne confiance en l’avenir ».