Le commerce interprovincial progresse, non sans difficultés
L'échec des négociations avec les États-Unis a rendu l'abolition des barrières commerciales au sein du Canada encore plus urgente, mais certains experts rappellent qu'il est parfois plus facile de le dire que de le faire.
Les efforts visant à stimuler le commerce interprovincial se sont intensifiés récemment, notamment lors d'une réunion qui s'est tenue cette semaine à Iqaluit et qui a rassemblé des responsables du commerce d'ordres fédéral, provincial et territorial.
Dans un communiqué publié jeudi en fin de journée, les ministres ont convenu que la suspension des négociations avec les États-Unis rendait plus indispensable que jamais le renforcement de l'économie nationale.
En juillet, neuf provinces ont convenu d’autoriser la vente directe d’alcool aux consommateurs au-delà des frontières provinciales.
Mais même ce type de progrès, qui concerne un segment de niche du secteur de l'alcool, met en évidence les difficultés liées à l’ouverture des marchés. Certaines provinces imposent toujours des frais et des règles qui s’ajoutent à ceux auxquels les producteurs sont déjà soumis dans leur province d’origine.

Environ 15 % des vins produits en Colombie-Britannique sont vendus en Alberta, mais toutes les provinces ne sont pas aussi ouvertes.
Photo : Radio-Canada / CBC
Devoir payer deux marges de grossiste, c’est tout simplement de la folie, a fait valoir le directeur général de Wine Growers British Columbia, Jeff Guignard.
Selon lui, obliger les vignobles de la Colombie-Britannique à s’enregistrer dans d’autres provinces, simplement pour y expédier du vin par la poste, va à l’encontre de la volonté de favoriser les échanges commerciaux au sein du Canada.
Ce ne sont que des gesticulations et des absurdités bureaucratiques qui n’ont pas lieu d’être.
Depuis trop longtemps, on traite chaque province comme s’il s’agissait d’une économie complètement différente, ce qui n’est pas le cas. On parle d’une seule et même économie canadienne.
Avantages potentiels considérables
Le Fonds monétaire international estime que la suppression des barrières commerciales internes pourrait faire progresser le produit intérieur brut réel du Canada de plus de 7 %, soit d'environ 210 milliards de dollars, à long terme.
La CIBC a publié en mars un chiffre moins optimiste, faisant état d’une hausse potentielle de 1 % du PIB, mais a souligné que cela resterait bénéfique.
Des ministres fédéraux et provinciaux se sont réunis cette semaine à Iqaluit pour tenter de faire avancer cette économie canadienne plus forte et plus unifiée et œuvrer à la suppression des barrières commerciales interprovinciales.
Ils ont fixé la date de leur prochaine réunion au 2 octobre.
Parmi les priorités abordées lors de la réunion figuraient également :
- la recherche d'un accord visant à assouplir la circulation des services à l'échelle nationale d'ici la fin de l'année;
- l'harmonisation des procédures d'agrément des maisons préfabriquées et des nouveaux matériaux de construction;
- la simplification des échanges commerciaux de produits alimentaires au Canada.
Avant la réunion, le ministre fédéral du Commerce intérieur, Dominic LeBlanc, a reconnu dans un communiqué que, bien que des progrès aient été réalisés, il reste encore beaucoup de travail à faire, alors que les États-Unis modifient en profondeur leur approche commerciale.
Dans le détail
Cette nouvelle impulsion donnée à la suppression des barrières provinciales est la bienvenue aux yeux de la vice-présidente principale responsable de la défense des intérêts à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, Corinne Pohlmann.
On avait l’impression, au cours des six derniers mois, qu’ils avaient un peu levé le pied, a-t-elle mentionné.

Corinne Pohlmann est la vice-présidente principale responsable de la défense des intérêts à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.
Photo : Radio-Canada / Courtoisie
Mme Pohlmann a souligné que des progrès importants ont été réalisés, notamment la conclusion de l'accord de reconnaissance mutuelle sur la vente de produits.
Cet accord est entré en vigueur en juin, mais s’assurer qu’il fonctionne réellement est une autre paire de manches, a-t-elle ajouté.
Malheureusement, il faut désormais entrer dans les détails les plus pointus et examiner concrètement comment chaque province applique ces mesures sur le terrain, a-t-elle affirmé.
En raison de la complexité des réglementations, il arrive qu’une personne puisse acheter une échelle ou une tronçonneuse dans une autre province sans pour autant pouvoir l’utiliser sur un chantier, a-t-elle expliqué.
Si nous voulons vraiment prendre au sérieux l’idée de former une économie unique à l’échelle du pays, nous devons commencer à examiner de plus près certains de ces aspects.
L'aide de l'IA
C’est précisément ce que tente de faire Wolfgang Alschner, professeur à l’Université d’Ottawa.
M. Alschner, qui est titulaire de la chaire Hyman Soloway du droit des affaires et du commerce, utilise l’intelligence artificielle pour répertorier les réglementations à travers le Canada et identifier les divergences inutiles.
Selon lui, une partie du problème réside dans le fait que bon nombre de ces règles sont en vigueur depuis des lustres et que, même si elles sont obsolètes, personne n’a jamais été contraint de s’y conformer.
Les sièges des toilettes publiques en sont un exemple, a-t-il noté. L’Ontario est la seule province à exiger un siège en forme de U. Il s’agit d’une règle qui s’aligne sur les normes industrielles américaines, ce qui limite les possibilités commerciales avec d’autres fournisseurs.
Même si c’est un exemple un peu ridicule, cela montre bien comment, à cause des intérêts particuliers et de relations commerciales en quelque sorte figées, nous ne commerçons pas suffisamment avec le reste du monde, a-t-il soutenu.
Afin d’identifier d’autres barrières cachées, M. Alschner s’efforce de rassembler les quelque 17 000 textes réglementaires canadiens, dont chacun comporte plusieurs milliers d’articles, afin de remplacer une approche essentiellement anecdotique par une démarche plus systématique.
Il s’agit vraiment d’un immense labyrinthe de textes réglementaires.
Bien que les provinces aient fait des progrès dans la reconnaissance mutuelle de leurs réglementations respectives, il serait préférable de n’avoir qu’un seul ensemble de règles, a-t-il ajouté.
C’est important, car en fin de compte, notre objectif n’est pas seulement de réduire les formalités administratives sur papier, mais aussi de faciliter concrètement les échanges commerciaux dans la vie réelle, n’est-ce pas?
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