Hommages à Ratko Mladic: le Conseil de l'Europe dénonce la «glorification d'un criminel de guerre»
La « glorification » de l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, mort le 27 août dans sa prison de La Haye, est un « crime » au sens de la loi en Bosnie, rappelle le Conseil de l'Europe vendredi 4 septembre. En plus des rassemblements organisés en son hommage, sa dépouille a été rapatriée à Belgrade jeudi 3 septembre avec les honneurs militaires, avant des funérailles prévues le 7 septembre.
Publié le : 04/09/2026 - 13:29Modifié le : 04/09/2026 - 14:05
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Alors que la dépouille de l'ancien soldat, condamné notamment pour le génocide de Srebrenica en 1995, a été accueillie jeudi 3 septembre en Serbie avec les honneurs militaires, le commissaire aux droits humains du Conseil de l'Europe, Michael O'Flaherty, a dit « exécrer la glorification publique » de Ratko Mladic, décédé le 27 août à l'âge de 84 ans.
Recouvert d'un drapeau serbe, le cercueil a été porté par six militaires d'un avion gouvernemental vers un fourgon, avant d'être transporté en cortège sous escorte policière vers un hôpital militaire de Belgrade, a rapporté la télévision nationale RTS. Durant le vol, le cercueil était accompagné par le fils de Ratko Mladic, Darko, et par le ministre serbe de la Justice Nenad Vujic.
Sur son trajet, le convoi a été salué par des dizaines de jeunes hommes, rassemblés sur des passerelles surplombant l'autoroute. Ils arboraient des banderoles rendant hommage à Mladic et allumaient des fumigènes, selon des images diffusées par des médias proches du gouvernement. Selon ces mêmes médias, un hommage public à Ratko Mladic sera rendu le 7 septembre dans une église de Belgrade, avant les funérailles le même jour, mais aucune annonce officielle n'a encore été publiée.
Plus tôt dans la journée, le président serbe Aleksandar Vucic a laissé entendre que le défunt général de l'armée des Serbes de Bosnie serait enterré en Serbie. Il a évoqué une opération « difficile » pour « garantir la sécurité » de « dizaines de milliers de personnes » attendues à l'enterrement.
La commissaire européenne en charge de l’élargissement de l’UE annule sa visite en Serbie
La commissaire européenne Marta Kos, en charge de l'élargissement de l’union, a annulé vendredi une visite en Serbie en raison de cette « glorification » : « Ratko Mladic a été condamné pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, a-t-elle rappelé sur les réseaux sociaux. La glorification autour de son décès est incompatible avec les valeurs sur lesquelles l'UE s'est construite », et celles-ci ne sont « pas négociables », a-t-elle insisté.
Ces valeurs dont dépend l'accession à l'UE incluent « la confrontation avec le passé, la réconciliation sincère et le respect des victimes », a fait valoir la responsable.
Marta Kos, qui gère au nom de Bruxelles les relations avec les pays candidats à l'Union européenne, devait se rendre « en mission » en Serbie le 9 septembre.
Hommages en Bosnie
En Bosnie, plusieurs milliers de personnes ont rendu hommage mardi 1er septembre à Banja Luka, capitale de l'entité serbe, à Ratko Mladic. Le « boucher des Balkans » a été condamné en 2017 à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité pendant la guerre de Bosnie. Un verdict confirmé en appel en 2021. Ce conflit a fait près de 100 000 morts de 1992 à 1995.
« Une telle glorification constitue un crime au regard de la loi en Bosnie-Herzégovine et ne relève pas de la liberté d'expression au sens de la convention européenne des droits de l'homme, rappelle Michael O'Flaherty. J'appelle les autorités à s'opposer à la glorification de criminels de guerre condamnés. »
La Serbie et la Bosnie sont toutes deux membres du Conseil de l'Europe, instance de 46 pays membres qui siège à Strasbourg. Le Conseil est chargé de faire appliquer la convention européenne des droits humains via la Cour européenne des droits humains (CEDH).