'Ici le monde' - Soudan du Sud : le nouvel eldorado pour les mannequins ? - RTBF Actus
Pendant longtemps, les standards de beauté de l'industrie de la mode ne laissaient pas beaucoup de place à certaines physiques, certaines silhouettes. Aujourd'hui, les visages sud-soudanais participent à élargir ces imaginaires de la beauté. Sur les podiums internationaux, on voit vraiment une évolution de la représentation et de ses standards de beauté.
Aujourd’hui, des milliers de jeunes soudanaises veulent embrasser la carrière de mannequin. Et l’industrie de la mode est en recherche, comme le confirme Patricia Huon, correspondante RTBF : "Les mannequins Sud-Soudanais attirent l'attention des professionnels de la mode, à la fois pour leur grande taille, leur silhouette très longiligne et leur peau noire ébène qui correspond à une esthétique aujourd'hui très recherchée. À Juba, la capitale du Soudan du Sud, il y a une nouvelle génération de jeunes femmes et d'hommes aussi, qui rêvent de défiler à Paris, Milan ou New York. Le mannequinat devient une voie assez inattendue vers l'indépendance financière, la liberté de choisir son avenir".
Derrière les images des défilés, les promesses de gloire, il y a aussi une réalité plus complexe. Au Soudan du Sud, il y a un manque de structure professionnelle, les difficultés économiques, et les obstacles administratifs sont nombreux.
Akchol a 21 ans, elle rêve de devenir mannequin en Europe : "J'adore le mannequinat. Je voudrais rencontrer des gens partout dans le monde, me faire de nouveaux amis et puis voyager. J'aime essayer de nouvelles tenues, j'aime être élégante. Quand t'es une fille ici, tout le monde espère que tu vas te marier. Comme ça, tes proches recevront des vaches et de l'argent. Je pense que je suis trop différente de la famille où j'ai grandi. Je ne veux pas de ces traditions où on essaie de me contrôler ou de décider pour moi".
Avec des perspectives aussi limitées, les jeunes beautés noires rêvent de partir, l'univers de la mode internationale est difficile d’accès. "La perspective de voyager, de découvrir de nouveaux pays, et puis aussi la perspective d'éventuellement gagner beaucoup d'argent" explique la correspondante RTBF. "Mais le rêve, évidemment n'est pas garanti. Très peu de ces mannequins, au final, vont atteindre les sommets. Pour la majorité, c'est un avenir assez incertain. Et il y a tout simplement un obstacle très concret, c'est obtenir un visa pour l'Europe. Parce que beaucoup des mannequins sud-soudanais, ou d'ailleurs africains en général, qui ont percé, avaient déjà la double nationalité d'un pays occidental. Donc dans le cas d'Akchol, pour pouvoir simplement tenter sa chance, il faut obtenir ce visa".
Le milieu ne ressemble pas au pays des Bisounours. Les dérives existent. "C'est probablement l'un des aspects les plus préoccupants de cette histoire, parce que ces jeunes femmes sont très ambitieuses, mais elles sont aussi extrêmement vulnérables" ajoute la correspondante RTBF. "Elles connaissent mal les codes du milieu international, elles n'ont parfois jamais voyagé à l'étranger, elles sont isolées quand elles arrivent. Et ça peut attirer des personnes mal intentionnées, donc de faux agents, des promesses de contrats qui n'existent pas, des arnaques et aussi, dans les cas les plus graves, des réseaux d'exploitation ou de traite des êtres humains. C'est pour ça qu'il faut vraiment mettre en garde. D'ailleurs, certaines ONG y travaillent pour que le rêve de devenir mannequin ne devienne pas tout simplement une porte d'entrée vers l'exploitation".
Akchol se répète encore et encore qu’elle y arrivera : "Je ne veux pas abandonner. Je veux être à la Fashion Week la saison prochaine. Je sais que je vais y arriver. Un jour, vous me verrez briller".
Aux dernières nouvelles, sa demande de Visa déposée à l’ambassade d’Ouganda a été refusée.