« Il existe des solutions pour sauver les palmiers » : le combat d’Hervé Pietra face au charançon rouge à Toulon

« Il existe des solutions pour sauver les palmiers » : le combat d’Hervé Pietra face au charançon rouge à Toulon

Hervé Pietra a fait sienne la lutte contre les deux ennemis du palmier, les insectes ravageurs redoutables : le charançon rouge invasif, un coléoptère très vorace, et le papillon paysandisia archon, un lépidoptère. Il a fondé l’association toulonnaise « Sauvons nos palmiers », aujourd’hui en sommeil.

Je suis un très grand défenseur du palmier en général. La propriété familiale du Cap Brun, héritée de mon grand-père Victor, compte une quarantaine de palmiers phoenix canariensis. Toutes les propriétés bourgeoises possédaient cette variété en particulier. Le phoenix canariensis s’appelait le « palmier roi ». Plus gros que les autres variétés, il était planté en priorité. À Toulon, ils ont pratiquement tous disparu. Ils ont été, en effet, les plus attaqués par le charançon rouge que je compare à « un char d’assaut ».

En 2012, vous décidez d’agir contre les ravageurs du palmier en fondant l’association…

La mairie de Toulon, à l’époque, m’apprend l’existence du charançon rouge, le Rhynchophorus ferrugineus. Je constate que dans ma propriété des palmiers sont attaqués par cet insecte ravageur. Je me suis dit : il faut agir. L’association « Sauvons nos palmiers » a été très active jusqu’à atteindre 500 membres propriétaires fonciers…

Sur notre site très actif visité jusqu’à 284 000 personnes, nous faisions une veille documentaire unique en France. En tant que représentant des propriétaires, nous étions au contact du ministère de l’Agriculture, des collectivités des représentants de la commission européenne et de la recherche…. et siégions aussi au sein du comité de pilotage du charançon rouge des palmiers. Nous étions écoutés.

Vous avez été plus qu’un défenseur…

Oui j’ai agi. Je le prouve en ayant conservé l’essentiel de ma population de palmiers. À l’époque, j’ai refusé de pratiquer l’endothérapie, c’est-à-dire de faire des injections dans le palmier. J’étais contre, car cela faisait des trous, des nécroses. À terme cela avait pour conséquence de faire disparaître le palmier. Je ne dis pas que les villes qui ont pratiqué des injections n’ont pas obtenu, aussi, des résultats. Mais moi, je revendiquais le piégeage, ne croyant pas, non plus, à l’éradication de cet insecte vorace de cœur du palmier du phoenix canariensis.

Le nerf de la guerre a toujours été le piégeage massif ?

J’ai beaucoup étudié et suis devenu un spécialiste du piégeage massif. J’ai acheté un millier de pièges originaires de Chine avec la bonne phéromone. L’association s’est, aussi, adossée, il y a une quinzaine d’années, à une firme M2I Life Science. Dirigée par Philippe Guerret, elle est devenue premier fabricant mondial dans la protection biologique des cultures, fort d’une expertise éprouvée en bio contrôle. Je le répète, il y a des solutions qui marchent pour les sauver comme l’assainissement mécanique qui est un travail de spécialistes. Assainir ne signifie pas couper toutes les palmes comme je l’ai malheureusement vu. Il faut aller au cœur et descendre dans les galeries avec un fil de fer. C’est un travail de chirurgien.

Douze palmiers sont morts ces dernières semaines sur la place de la Liberté.

Le palmier, un patrimoine européen ? La question posée récemment par un conférencier éminent scientifique change la donne selon vous. Pourquoi ?

Je n’ai pas pu malheureusement assister à cette conférence animée à Hyères par Didier Roguet, palmologue et conservateur honoraire du Jardin Botanique de Genève dont je connais le directeur Fred Stauffer. La question qui est posée change vraiment la donne car ce végétal devient un élément du patrimoine européen. Si des scientifiques renommés reconnaissent ce patrimoine européen du palmier, cela m’amène à espérer que l’association puisse connaître les formes de renouveau.

Le palmier devenu indésirable au point d’être abattu, pourrait alors retrouver sa place dans l’espace public ?

Avec le changement climatique, cette plante qui résiste aux fortes températures a sa place. Avec un mélange d’un système intelligent de piégeages et certains produits qui sont autorisés - attention pas de néonicotinoïdes - on doit y parvenir. Après, la question de la diversification est primordiale. On pourrait faire la promotion d’autres types de palmiers (nous en avons 2500 variétés !), une fois vérifié qu’ils résistent mieux comme le dactyliféra, connu sous le nom de palmier dattier.