"Il ne voulait juste pas revenir dans cet enfer de la maison d'arrêt" : après s'être évadé, il tente d'échapper aux gendarmes en sautant d'un toit et en se jetant dans la rivière
l'essentiel Un natif d'Italie, détenu à la maison d'arrêt d'Agen, a été capturé en Ariège après vingt jours de cavale, suite à son évasion début juin. Alertés par son ex-compagne, les gendarmes ont mobilisé d'importants moyens pour l'interpeller. Condamné à six mois de prison supplémentaires, il reste en détention.
20 jours dans la nature : voilà la durée de l'évasion de Nicolo*, détenu de la maison d'arrêt d'Agen, qui a pris la tangente un beau jour de début juin. L'escapade s'est terminée en Ariège dans une débauche de moyens des forces de l'ordre dans la nuit du 27 juin dernier, car le quadragénaire ne voulait pas se laisser attraper.
Ironie du sort, c'est son ex-compagne, sur qui il exerçait des violences qui lui ont valu cette dernière peine, qui a prévenu les gendarmes en le voyant rôder à Saint-Girons. "Les gendarmes se sont éloignés et sont revenus à pied, c'est alors qu'ils vous ont aperçu sur le toit. Ils ont donc mis en place un important dispositif, avec notamment des drones, jusqu'à 6 heures du matin. Mais vous avez sauté du toit pour vous enfuir dans les jardins potagers, avant qu'on vous interpelle après que vous avez sauté dans la rivière", récapitule la présidente du tribunal correctionnel de Foix, qui juge Nicolo après cette évasion.
"J'avais un bon comportement"
Une arrestation rocambolesque dont le natif d'Italie, t-shirt aux motifs graphiques qui moule sa stature et cheveux se raréfiant sur le crâne, n'a pas l'air de porter trace quand il se présente devant les juges en ce mardi estival. D'un ton presque badin, l'Auscitain d'adoption évoque sa peine de 24 mois aménagés en semi-liberté, qui se passait plutôt bien jusque-là : "J'avais un bon comportement, j'étais devenu chef de cuisine", se rengorge-t-il, de sa voix grave où l'on décèle à peine un accent italien.
Mais alors, si tout se passait bien, pourquoi ne pas être revenu ce jour-là en détention ? "J'étais un idiot, et je m'en excuse", commence Nicolo, qui présente déjà sept mentions concernant des stupéfiants, de la conduite sous alcool et des violences sur son casier. Le jour fatidique, il était en visite chez des amis à Toulouse. "Ce n'est quand même pas l'objectif premier de la semi-liberté", maugrée la présidente. "Je cherchais du travail aussi, se défend le quadragénaire. Mais j'étais en retard, j'ai hésité à appeler ou à revenir et c'est à ce moment-là que j'ai pris cette décision que je ne comprends pas moi-même."
S'ensuivent plus de deux semaines d'errance, et Nicolo n'arrange pas son cas en revenant en Ariège, dans les environs du domicile de son ex-compagne. "C'est elle la victime de vos violences, et en plus vous avez une interdiction, mais cela ne vous empêche de vous rendre chez elle", fait remarquer, d'un ton sévère, la présidente. "C'est parce que mon papi de cœur habite au-dessus, je voulais aller récupérer mes affaires mais je n'allais pas la voir", jure-t-il.
L'aménagement de peine, une faveur faite par la justice
Dans ses explications, la substitut du procureur ne voit qu'une tentative "de se dédouaner". "Plutôt que de se rendre, il saute du toit, il s'enfuit, il se jette dans l'eau... Ce n'est pas du tout un comportement qui fait gage de responsabilité", poursuit-elle. Elle décrit l'attitude pas si exemplaire que ça de Nicolo, dont le juge d'application des peines juge le suivi "médiocre" puisqu'il ne s'y investit pas.
Et que dire de cette convocation devant une audience à laquelle il n'assiste pas parce qu'il était "de mariage au Pays basque" ? Une admission presque sans gêne de l'intéressé, qui fait se dessiner un sourire sur le visage des assesseurs. "L'aménagement de peine, c'était une mesure de faveur que la justice lui a faite et qui attendait un comportement modèle, mais il n'aura pas tenu très longtemps", assène la représentante du ministère public, requérant huit mois de prison avec maintien en détention.
Il avait "peur" et il était "en panique"
Mais pour Maître Andrieu, qui défend Nicolo, il faut regarder au-delà de cela : "La maison d'arrêt d'Agen, c'est un enfer surpeuplé, il y a du bruit tout le temps. Il n'y dormait pas, il était très mal", avance la pénaliste pour expliquer cette décision qu'a prise l'homme de ne pas y revenir.
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S'il est revenu à Saint-Girons, c'était pour venir "là où il savait qu'il serait entouré", parce qu'il avait "peur" et qu'il était "en panique", abonde-t-elle. Tout comme elle ne souscrit pas à la remise en cause du comportement de Nicolo : "On a estimé qu'il méritait cette semi-détention et il l'a investie, il ne voulait juste pas revenir dans cet enfer de la maison d'arrêt", estime-t-elle.
La cour tranchera entre les deux. Nicolo est condamné à six mois de prison supplémentaires, avec maintien en détention.