Marthe Hesse: Pionnière du Cyclisme au Sommet du Tourmalet en 1902
Publié31. juillet 2026, 08:39
CyclismeIl y a 124 ans, elle marquait l’histoire au sommet
Bien avant que le Tour de France hommes ne s’aventure dans les Pyrénées, Marthe Hesse avait grimpé le Tourmalet. Avec un vélo novateur pour l’époque.


Longtemps restée dans l'ombre de l'histoire officielle du cyclisme, Marthe Hesse est pourtant l'une des grandes pionnières de la petite reine. Le 18 août 1902, soit huit ans avant que le Tour de France ne franchisse pour la première fois le Tourmalet, cette Stéphanoise participait au deuxième rassemblement du «Touring-Club de France», organisé entre Tarbes et le col pyrénéen. Alors que 43 cyclistes s'étaient élancés sur un parcours destiné à tester les dernières innovations techniques des fabricants tricolores, elle réalisait un exploit inédit en gravissant le Tourmalet sans jamais poser une seule fois le pied à terre, un exploit partagé seulement par… trois hommes.
Marthe Hesse roulait alors sur une «La Gauloise» de 16,5 kg et équipée d'un système à trois vitesses, mis au point sous l'impulsion d’un certain Paul de Vivie, plus connu sous le surnom de «Vélocio», figure majeure du cyclotourisme français de l’époque et ardent défenseur du dérailleur. Une nouveauté qui va révolutionner le monde alors un peu sclérosé du cyclisme.
Maria Marvingt, autre grande oubliée

Marie Marvingt a elle aussi été une pionnière du cyclisme féminin en France. Mais également une sportive d'exception tout court (alpinisme, ski, natation, équitation, escrime, bob, patinage, tir, aviation…). Dès 1904, elle a participé à de grandes courses sur route comme Nancy–Bordeaux, puis Nancy–Milan et Nancy–Toulouse, à une époque où les femmes étaient rarement - voire pas du tout - admises dans les compétitions. Pour pédaler plus efficacement malgré les contraintes vestimentaires imposées aux femmes, elle adopta la «jupe-culotte», un choix terriblement audacieux pour son époque.
En 1908, après avoir été refusée au départ officiel du Tour de France parce qu'elle était une femme, elle aurait tout de même parcouru le même itinéraire que les coureurs masculins! Un exploit devenu emblématique, même si certains historiens soulignent encore aujourd'hui que les preuves de cet épisode restent incomplètes. Elle ferait partie des trente-sept coureurs à être venus à bout des cinq-mille kilomètres du parcours d'il y a 118 ans. Mais son nom n'a pas été inscrit au palmarès.

Grâce à des développements de 5,85 m, 4,10 m et 2,75 m pour un tour de pédalier, Marthe Hesse était parvenue à dompter les pentes du Tourmalet, alors que la majorité des concurrents devaient pousser leur machine et marcher à ses côtés. Cette démonstration servait aussi d'argument commercial pour les fabricants de vélos, qui utilisaient ensuite largement son image dans leurs affiches publicitaires pour promouvoir le dérailleur.

Son exploit dérangeait cependant les tenants d'un cyclisme fondé sur la seule «force physique». Henri Desgrange, futur patron du Tour de France, s'opposait farouchement au dérailleur, qu'il considérait comme un artifice. Son utilisation restera d’ailleurs interdite sur la Grande Boucle jusqu'en 1937. Ironie de l'histoire, Marthe Hesse avait démontré dès 1902 que cette innovation permettait d'élargir la pratique du vélo, sans en diminuer la difficulté. Après le Tourmalet, elle a d'ailleurs poursuivi ses démonstrations en gravissant notamment le terrible mont Ventoux, toujours dans le cadre de la promotion de ces technologies «modernes».
À l'heure où le Tour de France femmes va continuer d'écrire sa propre histoire en partant de Suisse, Marthe Hesse mérite de retrouver une place de choix dans la mémoire du cyclisme. Son ascension du Tourmalet, réalisée huit ans avant celle des héros de la Grande Boucle, rappelle que les femmes ont participé très tôt aux grandes aventures de la bicyclette, même si leurs exploits ont souvent été relégués au second plan. Aujourd'hui, plusieurs historiens du cyclisme et publications spécialisées la présentent comme l'une des toutes premières héroïnes des grands cols pyrénéens.

Robin Carrel (rca) est journaliste à la rubrique Sports chez 20 minutes, où il travaille depuis 2011. Ses sports de prédilection sont le football et le cyclisme, mais il privilégie surtout le terrain de la découverte.