Ils ont fait la légende du cap d’Antibes (8/8). La mystérieuse et sublime écuyère qui a fasciné tout Paris avant de séduire la Côte d’Azur

Ils ont fait la légende du cap d’Antibes (8/8). La mystérieuse et sublime écuyère qui a fasciné tout Paris avant de séduire la Côte d’Azur

Son nom ne dit plus grand-chose aujourd’hui. Pourtant, dans le Paris de la Belle Époque, Rita del Erido était une véritable célébrité. Écuyère de cirque, mondaine adulée, femme de mystère, elle attirait les regards partout où elle passait. Jusqu’à faire du cap d’Antibes l’un de ses refuges.

« Je suis complètement passée à côté d’elle au départ, reconnaît l’historienne Nathalie Aguado qui a enquêté sur le sujet dans le cadre de l’écriture de son ouvrage. En travaillant sur l’écrivain Henri Duvernois, je me suis aperçue que son épouse avait eu une vie extraordinaire. »

Avant d’épouser l’auteur à succès, Rita del Erido s’était déjà construit un personnage. Son véritable nom (Julie Margaretha Liebman) disparaît derrière ce pseudonyme soigneusement choisi. Elle laisse courir la rumeur d’origines indiennes, entretient le mystère et soigne chacune de ses apparitions.

À cette époque, elle est l’une des figures incontournables du Bois de Boulogne. Chaque week-end, les Parisiens viennent assister à son défilé.

Tantôt dans un attelage spectaculaire, tantôt sur un cheval d’exception, elle offre un véritable spectacle à ciel ouvert. « Les gens venaient simplement pour la voir passer, raconte Nathalie Aguado. Elle avait compris avant beaucoup d’autres qu’on pouvait devenir célèbre en cultivant son image. »

La chapelle Saint-Benoît, située boulevard Francis-Meilland au cap d’Antibes. Photo Sébastien Botella

Lorsqu’elle épouse Henri Duvernois, le couple rejoint le cap d’Antibes, alors en pleine transformation. Les grandes villas sortent de terre, les artistes, écrivains et personnalités de la haute société affluent.

Ils s’installent à la villa Marguerite, une élégante demeure nichée dans la pinède. Très vite, la maison devient l’un des salons les plus recherchés du Cap.

Écrivains, comédiens, journalistes, personnalités parisiennes… Le Tout-Paris s’y retrouve au fil des saisons autour de dîners qui font parler bien au-delà de la Côte d’Azur. Si Henri Duvernois est unanimement apprécié pour sa convivialité, Rita, elle, laisse une impression plus contrastée.

« Tous les témoignages décrivent une femme brillante mais au caractère difficile, souligne Nathalie Aguado. Lui était chaleureux, très entouré. Elle pouvait se montrer beaucoup plus cassante. »

Maladie honteuse

Super destination de promenade à pied, en voiture ou à vélo : le cap d’Antibes... (Photo Eric Ottino)
Super destination de promenade à pied, en voiture ou à vélo : le cap d’Antibes... (Photo Eric Ottino)
Photo Eric Ottino

Cette personnalité hors-norme nourrit les anecdotes. L’une des plus célèbres est rapportée par Jean Cocteau : au cours d’un dîner mondain, un convive demande ce qu’est devenue une femme qui avait fait scandale quelques années en transmettant une maladie honteuse à un Morny (un duc, demi-frère de Napoleon III). La conversation s’interrompt. Puis Rita répond avec un aplomb déconcertant :
« C’était moi. » Une répartie qui résume à elle seule le personnage.

« Elle entretenait sa propre légende, sourit Nathalie Aguado. On ne sait jamais complètement où s’arrête la réalité et où commence le personnage qu’elle avait inventé. »

Personnalités atypiques

Jean Cocteau était souvent l’invité de Rita Del Erido et son époux Henri Duvernois (Lucien Clergue, Musée Jean Cocteau collection Lucien Clergue)
Jean Cocteau était souvent l’invité de Rita Del Erido et son époux Henri Duvernois (Lucien Clergue, Musée Jean Cocteau collection Lucien Clergue)
Lucien Clergue, Musée Jean Cocteau collection Lucien Clergue

Aujourd’hui encore, la villa Marguerite témoigne de cette époque. Longtemps restée presque intacte, elle conservait notamment la bibliothèque d’Henri Duvernois telle qu’il l’avait laissée.

La propriété a récemment changé de mains. Ses nouveaux propriétaires souhaitent préserver son caractère patrimonial. Pour Nathalie Aguado, l’histoire de Rita del Erido raconte aussi celle du cap d’Antibes des Années folles.

« On pense souvent aux grandes fortunes américaines ou aux industriels. Mais il y avait aussi des artistes, des écrivains, des personnalités totalement atypiques. Rita faisait partie de ceux qui donnaient une âme au Cap. »

Derrière les façades élégantes des villas se jouait alors une vie mondaine foisonnante, où les destins les plus improbables se croisaient. Celui de Rita del Erido en est sans doute l’un des plus romanesques.

Cap d’Antibes, les artisans du rêve, par Nathalie Aguado. Aux éditions Akinomé, 224 pages. En vente en librairie à 46 euros.