Ils ont tout plaqué : "Je gagnais bien ma vie mais au bout d’un moment, ça ne suffit plus"… Katia, banquière spécialisée dans l’armement devenue professeur des écoles

Ils ont tout plaqué : "Je gagnais bien ma vie mais au bout d’un moment, ça ne suffit plus"… Katia, banquière spécialisée dans l’armement devenue professeur des écoles

Série Ils ont tout plaqué – Le réveil qui sonne trop tôt, la boîte mail qui déborde et cette interrogation lancinante : "Pourquoi tu fais tout ça ?". Pour certains, la rentrée n’est plus le moment de reprendre le rythme, mais celui de tout arrêter. À travers cette série de portraits, découvrez le parcours de celles et ceux qui ont osé le grand saut. Dans ce deuxième épisode, Katia Sari, 38 ans, conseillère bancaire spécialisée dans l’armement a choisi de devenir professeur des écoles.

Dans une autre vie, pas si lointaine, Katia Sari, travaillait dans une grande banque à Paris et s’occupait des garanties internationales, avec une spécialisation dans l’armement. Elle occupe ce poste pendant 10 ans avant d’avoir envie de rejoindre le sud de la France. Mutée par la Société générale, la trentenaire débarque à Montpellier, en tant qu’adjointe chargée d’affaires des petites et moyennes entreprises et associations. Malgré des conditions optimales, un salaire parisien à Montpellier, un CDI, le poste ne lui plaît “pas du tout”.

La remise en question commence. Katia, qui voulait être journaliste, se demande comment elle a bien pû atterrir dans le secteur bancaire. “Mes parents voulaient que j’ai un métier “sûr”, j’ai fait des études en commerce international, ça me plaisait sans me plaire, et j’ai été prise à la banque”. Les RTT, les primes d’intéressement, la participation et un salaire à 2 600 € net, Katia est consciente d’avoir une situation “très confortable. Mais au bout d’un moment, ça ne suffit plus”.

"Si tu quittes ton CDI, tu ne deviens pas SDF"

Dès leur rencontre, Romain, son compagnon, trouve que la banque ne correspond pas à la femme qu’il aime. "On savait tous les deux qu’elle n’aimait pas son boulot à la banque. On a mûri son projet de reconversion à deux. Ce n’est pas facile de quitter son travail, surtout quand tu as un enfant." “Romain m’a ouvert le champ des possibles, souligne Katia. Il m’a fait comprendre que si tu quittes ton CDI, tu ne deviens pas SDF.”

Pendant deux ans, après la naissance de leur fille, Anna, Katia chemine, a envie d’aller vers un métier plus humain sans trouver le chemin. Un matin, place de la Comédie, la jeune femme n’arrive plus à entrer dans la banque, son lieu de travail. “J’ai fait une crise de spasmophilie juste devant.” S’ensuivent des mois d’arrêt, des rendez-vous chez la psychiatre et une idée, lancée par sa meilleure amie : “Pourquoi tu ne deviendrais pas professeur des écoles ?” La proposition résonne.


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“C’est fini, respire, c’est derrière toi"

Renseignements pris, Katia découvre le troisième concours, une voie qui s’adresse aux responsables du secteur privé, acteurs du monde associatifs et élus locaux justifiant de six années d’expérience, sans condition de diplôme. “Quand j’ai vu que c’était possible, j’ai demandé une rupture conventionnelle. Et là je me suis dit, “C’est fini, respire, c’est derrière toi”. Ma période de chômage a été un choc pour mes parents, comme si je leur annonçais un cancer. Ils étaient très inquiets pour moi.”

Un premier stage à l’école de Vailhauquès, dans l’Hérault, pour confirmer son choix et Katia s’engage dans une formation privée, à distance, pour préparer le concours. Elle travaille “comme une acharnée” et l’obtient du premier coup.

La première année de stage, propulsée seule face à une classe, s’avère “très exigeante et stressante”. Un an plus tard, en poste à Vailhauquès, où elle réside, Katia est “heureuse comme jamais. C’était mon premier vœu. Les planètes se sont alignées.” "

Avant, elle participait à la destruction de la planète avec des transactions d’armes, aujourd’hui, elle est dans un cercle vertueux", constate son compagnon, Romain, convaincue que celle qui aime a désormais "trouvé sa place". "Même si la place des enseignants aujourd’hui n’est pas facile", tient-il à souligner.


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Les trois conseils de Katia pour réussir sa reconversion

  • Se faire confiance
  • Ne pas penser que c’est impossible et qu’on n’en aura pas la force en prenant un jour après l’autre
  • Chercher l’épanouissement, ne pas se dire que le confort fait tout.

"Parfaitement à ma place"

Côté salaire, l’Éducation nationale a repris l’ancienneté professionnelle de Katia, soit un début de carrière à 2 200 €, une très bonne nouvelle aussi. Le plus difficile dans ce parcours ? “Le manque de confiance en moi. Je doute beaucoup. J’ai aussi culpabilisé de délaisser ma vie de famille pendant quelques mois.” Une épreuve largement compensée par le bonheur de se sentir aujourd’hui “parfaitement à ma place. Je suis fière de moi, épanouie, beaucoup plus disponible pour ma fille.”

Son expérience a peut-être même inspiré ses proches : son conjoint va se lancer à son compte, sa sœur, juriste, "a tout envoyé valser pour devenir elle aussi professeur des écoles".

Ce qu’elle a appris sur elle-même ? “Je suis courageuse, battante, je ne lâche rien. Quand je me retourne, je me dis que j’ai réussi ce que j’ai entrepris et ce n’est pas rien.”

Dans 10 ans, Katia, 38 ans, se voit rester dans le milieu scolaire, peut-être avec d’autres missions – “pourquoi pas devenir formatrice ?” – ou travailler à l’hôpital avec les enfants malades. D’autres portes s’ouvriront si elle le veut, elle le sait désormais.