Israël. Trois ans du 7-Octobre : depuis les attentats, des victoires militaires et des défaites politiques

Israël. Trois ans du 7-Octobre : depuis les attentats, des victoires militaires et des défaites politiques

Le 7 octobre 2023 a eu l’effet d’un immense tremblement de terre géopolitique, dont les secousses se sont étalées dans le temps et se font encore ressentir aujourd’hui. Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Koweït, Liban, Oman, Palestine, Qatar, Syrie, Yémen… en trois ans, de nombreux pays de la région ont eu à subir, ou subissent encore, la guerre sur leur sol. « Le 7-Octobre a relancé une dynamique de conflit généralisé dans un Moyen-Orient que nous pensions faussement apaisé. Le rapprochement diplomatique entre les Iraniens et les Saoudiens, la stabilité retrouvée du régime de Bachar-al-Assad en Syrie, le relatif passage sous silence de la question palestinienne, l’accord maritime entre le Liban et Israël… Le 7-Octobre a fait voler en éclats cette nouvelle architecture régionale », explique Dorothée Schmid, chercheuse spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

En réaction aux attaques meurtrières du Hamas, le gouvernement de Benjamin Netanyahou a opéré, par les armes, une tentative de remodelage du Moyen-Orient. Un lance-flammes sur une poudrière. Si Israël, bien aidée par son allié américain, a enregistré des victoires militaires en Iran, au Liban et en Palestine, ses objectifs politiques n’ont pas été atteints. « L’État hébreu a ouvert des fronts qu’il est incapable de refermer. En semant le chaos, il pensait déstabiliser les régimes en place et les faire tomber, mais a, au contraire, créé une dynamique de guerres inarrêtables qui le menace de plus en plus », observe Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po.

Que ce soit le régime iranien, le Hezbollah libanais ou le Hamas, les adversaires d’Israël n’ont pas été vaincus. Pire, ils ont obtenu certaines victoires politiques, le premier réussissant à emboliser le commerce d’hydrocarbure mondial, le deuxième s’érigeant en « résistance » à l’invasion du Liban et le troisième en entraînant la démocratie israélienne dans une sanglante vengeance à Gaza. « La seule réussite israélienne à ce stade, c’est d’être crainte par ses voisins. Elle jouit d’une hégémonie militaire sans partage dans la région qui la condamne à ne pas cesser la guerre », souligne Dorothée Schmid. Autre victoire temporaire pour le gouvernement de Benjamin Netanyahou, avoir réussi à mobiliser les États-Unis dans un conflit en Iran, alors même que l’Oncle Sam prévoyait de se désengager de la région pour se focaliser sur son adversaire hégémonique chinois.

Israël a « perdu l’opinion publique internationale »

« La principale défaite d’Israël, c’est d’avoir perdu l’opinion publique internationale qui lui était restée favorable depuis sa création en 1948 en commettant des massacres à Gaza », explique Bertrand Badie, auteur de Par-delà la puissance et la guerre (Éditions Odile Jacob). Depuis le 7 octobre 2023, près de 75 000 Palestiniens ont perdu la vie, morts sous les bombes israéliennes ou de malnutrition causée par le blocus israélien sur l’enclave. « La disproportion de la réponse israélienne a retourné les opinions publiques des pays traditionnellement alliés de l’État hébreu, le fragilisant sur le long terme », assure le spécialiste des relations internationales. Une rupture qui s’est matérialisée le 22 septembre 2025 à l’assemblée générale de l’ONU, par la reconnaissance de l’État de Palestine par plusieurs pays dont la France, le Royaume-Uni et le Canada.