Ivre sans avoir bu d’alcool : le syndrome d'auto-brasserie mieux compris

Ivre sans avoir bu d’alcool : le syndrome d'auto-brasserie mieux compris

Au sommaire de "la planète des sciences" cette semaine : des personnes ivres sans avoir bu à cause d'un déséquilibre de leur flore intestinale, un contrat de nettoyage inédit entre deux espèces de fourmis et des castors alliés précieux dans la lutte contre le changement climatique...

Certaines personnes peuvent être ivres sans avoir bu une goutte d’alcool et on en sait un peu plus sur cette pathologie

C’est un syndrome rare, connu sous le nom d’auto-brasserie ou auto-fermentation. Les personnes qui en sont atteintes souffrent d’un dérèglement intestinal. Leur microbiote que l’on appelait autrefois la flore intestinale, transforme les sucres ingérés en éthanol au point de provoquer un état d’ébriété et des symptômes d’intoxication semblables à ceux liés à une forte consommation d’alcool. Ces personnes sont souvent incomprises par leur entourage, voire leur médecin, qui les soupçonne de boire en cachette.

Pour mieux comprendre cette maladie, des chercheurs ont analysé le microbiote de 22 patients souffrant de ce syndrome. Alors que d’autres scientifiques avaient émis l'hypothèse que cette fermentation alcoolique interne était due à des levures ou des champignons, cette nouvelle étude incrimine deux bactéries Esherichia Coli et Klebsiella pneumoniae. Ces bactéries sont présentes chez tout le monde mais chez les personnes atteintes du syndrome d’auto-brasserie elles sont beaucoup plus nombreuses et leur génome présente des particularités qui augmentent leur production d’alcool lors des crises.

Les scientifiques indiquent avoir réussi à faire disparaitre les symptômes chez un malade en réalisant des transplantations de microbiote fécal sain dans ses intestins. Cette piste thérapeutique doit encore être validée par un essai clinique.

Pour en savoir plus : l'étude publiée dans Nature microbiologyOuverture dans un nouvel onglet

Un contrat de nettoyage inédit entre deux espèces de fourmis

On connait environ 16 000 espèces de fourmis différentes. De façon générale elles se montrent assez agressives les unes envers les autres. Mais Mark Moffett, un photographe, spécialiste de ces insectes, a assisté dans le désert de l’Arizona à une scène inédite. Il a vu des grandes fourmis rouges s’approcher du nid d’une autre espèce, beaucoup plus petites. Ces fourmis se sont figées dans une position particulière : pattes raidies, partie inférieure du corps en l’air et mandibules écartées. Plusieurs petites fourmis leur ont alors grimpé dessus et se sont mises à inspecter leur corps en le léchant et en le mordillant. Après un moment, les fourmis rouges se sont secouées pour faire descendre leurs hôtes et chaque espèce est repartie de son côté.

Il semble que les grandes fourmis étaient venues se faire nettoyer par les petites. Ce type de coopération entre espèces a déjà été observé chez des poissons. On connait par exemple ces petits poissons nettoyeurs qui viennent inspecter les dents des requins. Mais jamais un tel partenariat entre fourmis n’avait été observé. Et les bénéfices qu’en tirent les deux espèces ne sont pas clairs.

Pour les fourmis rouges, les petites nettoyeuses atteignent peut-être des zones inaccessibles à moins qu’elles ne leur apportent des microorganismes ou des antifongiques protecteurs. Et on ne sait pas ce que les petites fourmis trouvent de si délectable sur le corps de leurs cousines. Les conditions de ce contrat de nettoyage passé entre fourmis restent à découvrir.

Pour en savoir plus : l'étude publiée dans Ecology and EvolutionOuverture dans un nouvel onglet

Comment les castors contribuent à atténuer le changement climatique

Des chercheurs ont étudié un corridor fluvial en Suisse dans lequel vivent de nombreux castors. Ils affirment qu’en 13 ans, ce territoire comprenant un cours d’eau, ses berges et les zones humides alentour, a stocké 1 200 tonnes de carbone, soit 10 tonnes par hectare et par an. Selon leurs estimations c’est 10 fois plus que ce que ce territoire aurait stocké s’il n’avait pas été aménagé par les castors.

Les barrages des rongeurs ralentissent les écoulements, favorisent la sédimentation et allongent le temps de décomposition de la matière organique. Résultat : moins de CO2 dégagé dans l’atmosphère et plus de carbone séquestré. Les castors travaillent donc gratuitement à atténuer les émissions de CO2, gaz à effet de serre responsable du changement climatique. Encore faut-il qu’on leur laisse de la place pour travailler.

Pour en savoir plus : l'étude publiée dans Communications earth & environmentOuverture dans un nouvel onglet