« J’ai déjà pris des barracudas de 9 kilos » : sous l’effet du réchauffement de la Méditerranée, les pêcheurs varois s’adaptent

« J’ai déjà pris des barracudas de 9 kilos » : sous l’effet du réchauffement de la Méditerranée, les pêcheurs varois s’adaptent

À deux pas du port Saint-Louis du Mourillon où il a amarré son bateau, Greg Maleplate, 30 ans, sirote son pastis. Il revient tout juste d’une longue sortie en mer près de Porquerolles.

S’il n’a que trois ans de métier, un peu plus si on compte ses années en tant que plaisancier, le jeune pêcheur remarque déjà les effets du réchauffement de la mer : « En ce moment, l’eau est chaude, peu ventilée. Il n’y a pas beaucoup de poissons. »

Le jeune pêcheur a vu ses prises changer : « Certains poissons d’eau chaude sont apparus et sont de plus en plus gros. Par exemple, je pêche de plus en plus de dorades coryphènes, de barracudas. Avant, on ne prenait que des petits et moyens spécimens. Maintenant on prend des très gros poissons. J’ai déjà pris des barracudas de 9 kilos. » Des espèces qu’il retrouve toute l’année.

Les barracudas sont de plus en plus nombreux et de plus grande taille.
Les barracudas sont de plus en plus nombreux et de plus grande taille.
Photo DR

Le changement climatique modifie les espèces de poissons dans nos eaux. « Partout, l’eau se réchauffe. C’est un long processus depuis 30 ou 40 ans, mais qui apparaît de manière plus évidente aujourd’hui. Des espèces "à affinité d’eaux chaudes" remontent vers le nord de la Méditerranée car il y a une continuité thermique », explique Laurence Le Direach du GIS Posidonie, une structure scientifique rattachée à l’Université d’Aix-Marseille qui observe notamment de près le Parc national de Port-Cros.

Ces vingt dernières années, la moitié des espèces de poissons pêchés en Méditerranée vivent dans un milieu qui se réchauffe, révèle une étude espagnole parue à la mi-juillet, alors que la Méditerranée se réchauffe 20 % plus vite que d’autres régions du monde.1

La pêche en Méditerranée est-elle durable? Ce que révèle l’étude annuelle de l’Ifremer

Mais quelles sont ces espèces, au juste ? « Le barracuda, la girelle paon, les dorades coryfènes ou le poisson-perroquet qui font partie de la faune originale de la Méditerranée. » Ces espèces migrent depuis la Méditerranée orientale et du sud.

« Ce réchauffement favorise aussi la progression d’espèces dites “exotiques” comme le poisson flûte ou le poisson lion qui viennent de très loin, de Mer rouge et qui passent le canal de Suez pour gagner nos eaux. » À l’inverse, « les espèces qui préfèrent les eaux plus froides vont se faire plus rares et quitter la Méditerranée », précise l’experte.

« Il y a 40 ans, il y avait beaucoup plus de rendements »

Résultat ? « Avec une température de l’eau à la surface qui avoisine les 29 degrés, les espèces traditionnelles de la zone se retrouvent en compétition avec de nouvelles espèces venues avec le changement climatique », abonde le pêcheur Benoît Guérin, également consultant sur le sujet.

S’il y a plus de diversité de poissons, il n’y en a pas plus en quantité : « Quand je parle aux anciens, ils me disent que l’activité était très différente il y a 40 ans, que la rade d’Hyères était plus poissoneuse. Ils avaient beaucoup plus de rendements avec moins de filets », nuance celui qui s’est installé en 2017 comme pêcheur professionnel au port des Salins à Hyères.

« Personne ne sait si la pêche sera gagnante »

Depuis son installation il y a trois ans, Greg Maleplate est le seul pêcheur professionnel du port du Mourillon.
Depuis son installation il y a trois ans, Greg Maleplate est le seul pêcheur professionnel du port du Mourillon.
INES CARISSIMI / VAR MATIN

Un autre effet du réchauffement de l’eau qui pèse sur les petits pêcheurs sont les algues qui prolifèrent et se collent aux filets sur des périodes plus longues, explique Patrick Astruch, ingénieur au GIS Posidonie : « Ça n’est pas forcément un très bon signal, car ces algues vont limiter le développement d’autres espèces ».

Mais les pêcheurs, comme Greg Maleplate, s’adaptent : « On va caler en dehors des sacs rocheux où les algues se situent. » Car beaucoup de petits pêcheurs s’adaptent à leur environnement.

Y compris pour supporter la chaleur : « Si généralement je pars à 4h du matin pour revenir vers 14h, avec la canicule, je pars plus tôt, à 3h du matin, pour rentrer vers 11h » ajoute le pêcheur du Mourillon.

« La pêche artisanale, c’est de la cueillette »

Les girelles paon font partie des espèces qui ont migré vers le nord de la Méditerranée.
Les girelles paon font partie des espèces qui ont migré vers le nord de la Méditerranée.
Repro I. JA.

Les côtes varoises, contrairement à Sète ou au Grau-du-Roi qui connaissent le chalutage, sont relativement préservées de la pêche intensive. Les pêcheurs artisanaux peuvent y jouer un rôle dans la protection des fonds marins : « Les pêcheurs ont une connaissance du terrain qui n’a pas de prix pour nous, chercheurs. Ils ont un rôle de sentinelle. C’est pour cela que l’on travaille beaucoup ensemble », souligne l’ingénieur au GIS Posidonie.

Certains pêcheurs essaient de réinventer leur activité pour ne pas s’ajouter aux multiples pressions qui pèsent sur les fonds marins. Benoît Guérin est l’un d’eux. Il voit la pêche « comme un laboratoire » : « J’essaie de pêcher avec le matériel le plus respectueux, car la pêche, c’est de la cueillette, on vient prélever dans le milieu naturel. »

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À Toulon, la Nuit des Pêcheurs ce dimanche

Avis aux amateurs de produits de la mer ! Rendez-vous dimanche 2 août, à partir de 17h, pour l’une des célébrations les plus incontournables de l’été à Toulon : la Nuit des pêcheurs. Depuis 24 ans, au port Saint-Louis du Mourillon, cette fête met à l’honneur le savoir-faire des pêcheurs locaux dans une ambiance détente. Au programme : dégustation de poissons de la baie de Tamaris et de bière locale, le tout en musique. Attention cependant au stationnement.

Ce dimanche 2 août, la 24ème édition de la Nuit des Pêcheurs aura lieu au port Saint-Louis du Mourillon.
Ce dimanche 2 août, la 24ème édition de la Nuit des Pêcheurs aura lieu au port Saint-Louis du Mourillon.
Photo Florain Escoffier

En vue de l’événement, se garer sur la zone sera interdit du samedi 1er août à minuit au lundi 3 août 6h. Le port Saint-Louis sera aussi soumis à des restrictions de navigation. Dimanche, de 12h à 16h, seuls les titulaires d’une place d’amarrage pourront entrer dans le port et toute sortie sera interdite et aucun navire ne pourra circuler jusqu’à minuit.

1MedECC. (2020). Climate and environmental change in the Mediterranean basin – Current situation and risks for the future : First Mediterranean Assessment Report (W. Cramer, J. Guiot, & K. Marini, Éd.). Union pour la Méditerranée, Plan Bleu, UNEP/MAP. https://www.medecc.org/first-mediterranean-assessment-report-mar1/