« Je n’aurais jamais imaginé qu’il devienne un entraîneur de cette envergure-là » : ceux qui l’ont connu à l’AS Cannes évoquent Zinédine Zidane, le nouveau sélectionneur des Bleus

« Je n’aurais jamais imaginé qu’il devienne un entraîneur de cette envergure-là » : ceux qui l’ont connu à l’AS Cannes évoquent Zinédine Zidane, le nouveau sélectionneur des Bleus

Depuis ce mardi 28 juillet, c’est officiel : Zinédine Zidane est le nouveau sélectionneur de l’Équipe de France, mais pour certains de ses intimes, la coutume de l’appeler « Yazid » (son premier prénom de naissance) est restée, forcément.

À Cannes, ses terres de formation, l’histoire est bien connue : le jeune Zidane, alors âgé de 15 ans, rejoint le centre de formation de l’AS Cannes.

C’est sous la présidence de Richard Conte, en juillet 1987 que Zinedine signe sa première licence dans un club professionnel, chez les Dragons donc.
« Jean Varraud, recruteur légendaire du club, l’avait repéré à l’occasion d’une sélection de jeunes joueurs de la région marseillaise et un stage lui fut proposé, se rappelle Richard Conte. A 15 ans, son toucher de balle était exceptionnel. Il était déjà capable de faire, sur le plan technique, ce qu’on lui verra réaliser par la suite au plus haut niveau. Il lui restait simplement à s’aguerrir sur le plan physique. »

ZZ passe d’abord un an dans une famille d’accueil à Pégomas avant d’intégrer le foyer des travailleurs « Mimont », où sont logés les jeunes du club.

Il y rencontre notamment David Bettoni, qui va devenir l’un de ses amis les plus fidèles et sera son adjoint principal à la tête des Bleus, après l’avoir été au Real Madrid.

C’est aussi là, en 1989, qu’il fait la connaissance de sa future épouse Véronique, également résidente du foyer, et danseuse-stagiaire chez Rosella Hightower. Ils forment aujourd’hui, avec leurs quatre fils (tous passés footballeurs professionnels), une famille très unie.

Durant sa formation, Zidane évolue sous les ordres de Guy Lacombe (1), lequel se souvient d’un garçon très taciturne : « Yazid, c’est vrai qu’il était réservé. Il parlait peu, se rappelle-t-il. Après, sur le terrain, je me souviens lui avoir beaucoup expliqué que, quand on n’avait pas le ballon, il fallait faire certains efforts », sourit aujourd’hui l’ancien responsable de la formation du club de la Croisette.

« Une mentalité exceptionnelle grâce à l’éducation de ses parents »

Malgré ces failles, très rapidement, Zidane fait ses premiers pas en Division 1 face à Nantes, le 29 mai 1989, à seulement 16 ans et 11 mois. La genèse de la plus belle histoire du football français. C’est alors Jean Fernandez (2) qui le lance dans le grand bain.

37 ans plus tard, alors que Zidane vient d’être nommé sélectionneur des Bleus, cet entraîneur expérimenté du football français livre son regard sur le parcours fantasmagorique de son ancien poulain : « Sa réussite au plus haut niveau, il la doit surtout à l’éducation hors du commun reçue de ses parents. Cela lui a donné une mentalité exceptionnelle. Et il était aussi un gros travailleur. »

Ici avec Luis Fernandez, Zidane a évolué en première division à Cannes de 1989 à 1992. Il y a inscrit 6 buts en 71 matchs.
Ici avec Luis Fernandez, Zidane a évolué en première division à Cannes de 1989 à 1992. Il y a inscrit 6 buts en 71 matchs.
Photo Serge Haouzi

Des qualités qui ont donc forgé le joueur, puis le coach, mais surtout l’homme. Et qui ont contribué grandement à sa nomination en tant que sélectionneur des Bleus.

« Je n’aurais jamais imaginé qu’il devienne un entraîneur de cette envergure-là. Il avait les caractéristiques d’un grand joueur mais pas d’un grand entraîneur », se rappelle Jacques Gastaldi, ex-président de l’association de l’AS Cannes et aujourd’hui membre du bureau de l’association.

Zinédine Zidane lors de sa conférence de presse de présentation.

Selon lui, le rôle de Zidane avec les Bleus sera « celui de manager général. Celui qui amènera son nom et son aura. Celui qui permettra d’amener la reconnaissance et le respect du groupe ».

Il faudrait toutefois s’attendre à ce que Zidane « apporte sa patte offensive » : « Aujourd’hui, il a des joueurs offensifs de très grande qualité. Je pense que l’équipe aura plus de valeur offensive, surtout parce que lui aime ce jeu », explique encore l’ancien dirigeant cannois.

Zinédine Zidane face aux supporters de l’EDF.
Zinédine Zidane face aux supporters de l’EDF.
LOU BENOIST / AFP

Une tendance confirmée par le principal intéressé ce mardi lors de sa conférence de presse d’intronisation : « Je suis animé par le jeu, j’ai été un numéro 10, ce qui m’anime est d’aller marquer des buts », a-t-il notamment rappelé.

Attention, cependant, à ce que les forces offensives n’érodent pas la structure de l’équipe. C’est en tout cas l’idée que se fait Guy Lacombe : « Ce que vous, les journalistes, voulez : des buts à la pelle sur presque chacune des situations… ne sera pas possible. L’important va être de trouver un équilibre », explique-t-il.

Pour analyser les prémices du jeu de l’Équipe de France version Zinédine Zidane, rendez-vous en Turquie le 25 septembre, dans le cadre de la Ligue des nations.

(1) Guy Lacombe, ancien joueur et entraîneur français, a notamment dirigé le centre de formation de l’AS Cannes et son équipe fanion, puis entraîné le Paris Saint-Germain (2005-2007) et l’AS Monaco (2009-2011) avant de rentrer à la Direction technique nationale (DTN).

(2) Jean Fernandez, ancien joueur et entraîneur français, a notamment dirigé l’AS Cannes (1987-1990), l’OGC Nice, l’Olympique de Marseille, l’AJ Auxerre et l’AS Nancy Lorraine.