Jérôme Colin: un roman face à un monde qui accélère
Dans son nouveau roman 'Je suis né dans la tempête', le journaliste et écrivain belge Jérôme Colin raconte le parcours de Valerio, né le jour de la présentation du premier iPhone. Il y explore les effets de l’accélération technologique sur les jeunes et leurs parents.
Le 9 janvier 2007, Steve Jobs dévoile le premier iPhone. Le même jour naît Valerio, héros du nouveau roman de Jérôme Colin. Une coïncidence qui devient symbole: celui d'une génération née au cœur d'une accélération. "Mettre toute cette puissance de calcul dans la poche de chacune et chacun d’entre nous, c’était probablement un moment révolutionnaire dans l’histoire de l’humanité et de notre société", explique Jérôme Colin dans le 12h30 du 12 octobre.
"Nous restons des êtres lents dans un monde qui accélère"
L’auteur estime que la technologie accélère tous les domaines de la vie. L’information, la production et les transports évoluent à un rythme croissant. L’être humain, lui, ne suit pas cette cadence selon l'auteur, qui juge que "nous restons des êtres lents".
Le corps a besoin de sommeil, de digestion et de temps pour guérir. Les émotions demandent aussi du temps. Il faut parfois des mois pour pardonner et des années pour faire un deuil, égraine Jérôme Colin. La pensée fonctionne de la même manière, observe l'auteur, qui n'a pas peur de l'autocritique: "Cognitivement, je suis lent. J’ai besoin de répétition et de silence".
Selon lui, ce décalage contribue au mal-être des jeunes et au burn-out des adultes. Il rappelle toutefois qu’il s’agit de sa thèse personnelle, développée dans le roman.
Une jeunesse trop peu entendue
Jérôme Colin a choisi de raconter cette histoire du point de vue d’un enfant, puis d’un adolescent. Il estime que les jeunes paient particulièrement le prix fort dans cette révolution. Pourtant, "une société n’a rien de plus précieux que ses enfants", estime-t-il. Et regrette que la jeunesse soit peu présente dans le débat public.
L’auteur refuse aussi l’étiquette d’une génération fragile. Selon lui, les jeunes ne sont pas biologiquement plus vulnérables que les générations précédentes. Ils grandissent simplement dans un environnement plus violent et plus exigeant.
Jérôme Colin a trois enfants. Il dit avoir observé leur adolescence pour nourrir son récit. Pour son précédent roman, 'Les Dragons', consacré à la santé mentale des adolescentes et adolescents, il s’était immergé dans des hôpitaux psychiatriques belges.
Une lecture pour les jeunes et leurs parents
'Je suis né dans la tempête' se présente comme un roman d’apprentissage et d’aventures. Jérôme Colin souhaite qu’il puisse être lu en famille, car les smartphones présentent les mêmes avantages et "défauts" pour les jeunes et leurs parents .
Un professeur explique notamment aux enfants pourquoi ils consultent leur téléphone plusieurs milliers de fois par jour. L’auteur met en cause les mécanismes de l’économie de l’attention.
"Quand des parents grondent leur enfant parce qu’il est trop sur son téléphone, il faut comprendre qu’il y a une troisième personne dans la pièce", explique Jérôme Colin. Cette troisième personne représente les ingénieurs qui conçoivent des outils destinés à capter l’attention.
L’intelligence artificielle comme nouvelle accélération
Après le smartphone, le roman s'intéresse à une autre technologie susceptible d'accélérer encore davantage nos sociétés: l'intelligence artificielle. Le jeune Valerio pose cette question à l'IA: "Si tu étais le diable, comment ferais-tu pour détruire les futures générations d'êtres humains?"
Jérôme Colin dit avoir été effrayé par les déclarations récentes de certains spécialistes de l’intelligence artificielle. Il ne croit pas, à ce stade, que l’IA puisse détruire l’humanité. Il estime cependant que son évolution est trop rapide pour être pleinement anticipée. Il redoute surtout la création d’un cocon numérique. Un espace confortable qui éloignerait les enfants du monde réel et des autres.
Trouver des "zones de repli"
Le roman laisse une place à l’espoir. Les grands-parents italiens de Valerio incarnent des lieux où le temps ralentit. Il appelle ces espaces des "zones de repli". Des endroits où la vitesse n’entre pas et où il reste possible de vivre sans devenir un robot. "On ne peut pas échapper au monde dans lequel on est né. Par contre, on doit trouver une manière de l’habiter humainement", affirme Jérôme Colin.
Propos recueillis par Anouk Pernet
Adaptation web: Sébastien Foggiato
Jérôme Colin, 'Je suis né dans la tempête', Allary éditions, août 2026.
A consulter, notre dossier consacré à la rentrée littéraire 2026