L’alerte de ce diplomate français sur l’échec du Giec à dater son prochain rapport
Le Giec n’est pas parvenu à s’accorder sur la date de publication de son prochain rapport, ce que regrette l’ambassadeur français chargé des négociations climatiques.

PABLO PORCIUNCULA / AFP
Benoit Faraco lors de la COP30 au Brésil, en novembre 2025.
« Cette impasse n’est pas nouvelle et risque de nous faire perdre un temps précieux dans notre réponse au changement climatique. » Dans un message publié sur LinkedIn ce vendredi 16 octobre au soir, l’ambassadeur français chargé des négociations climatiques Benoît Faraco alerte sur l’échec du Giec à se mettre d’accord sur la date de publication de son prochain rapport.
« La 65e session plénière du GIEC vient de s’achever sans qu’un accord ait été trouvé sur le calendrier de publication du prochain rapport d’évaluation », fait savoir le diplomate, alors que plusieurs pays souhaitent qu’il soit publié d’ici 2028 afin d’informer la COP33. Celle-ci doit produire le crucial deuxième « bilan mondial » des efforts climatiques réalisés depuis l’accord de Paris.
Dans son message, l’ambassadeur évoque des pressions de « quelques pays » pour ralentir les processus de publications. « Après une semaine de discussions difficiles, une large coalition de pays développés et en développement des cinq continents, unis dans le soutien à la science et au calendrier proposé par les scientifiques, est parvenue à résister à la pression de quelques pays cherchant à ralentir le processus d’adoption de ces rapports », écrit-il.
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« Il est inadmissible qu’une poignée de pays continuent de retarder la publication des rapports du Giec — la science dont nous avons besoin chez nous pour nous aider à sauver des vies et nos moyens de subsistance », a également réagi Tina Stege, représentante des îles Marshall.
« Personne ne devrait instrumentaliser la science »
« Les éléments clés de l’ordre du jour » de cette session « restent ouverts et en discussion », a indiqué, de son côté, le Giec dans un communiqué ce vendredi soir, soulignant que cette 65e session « reprendra dès que possible ».
Les experts du Giec, qui travaillent sous l’égide de l’ONU, publient des rapports d’évaluation tous les cinq à sept ans, servant d’état des lieux de référence de la science climatique. « Le 7e rapport d’évaluation du Giec jouera un rôle essentiel dans l’élaboration des prochains engagements attendus en 2028 et 2030 », souligne ainsi Benoît Faraco.
L’ambassadeur rappelle aussi que le Giec « est souvent la seule source fiable de données scientifiques » pour plusieurs « pays en développement disposant de ressources limitées ».
« Compte tenu des impacts accélérés du changement climatique, il est urgent que nous ayons accès aux données et analyses scientifiques les plus récentes », interpelle encore Benoît Faraco. « Personne ne devrait instrumentaliser la science ni dire aux scientifiques ce qu’ils ont le droit de dire, ni quand ils ont le droit de le dire ! », estime-t-il.
Un échec qui pouvait être attendu
Cet échec pouvait toutefois être attendu. Si certains pays souhaitent que le rapport soit publié d’ici 2028 pour permettre aux décideurs politiques de disposer au plus tôt de meilleures informations, d’autres États préfèrent la date de 2029. L’Inde, l’Arabie saoudite ou la Chine font ainsi valoir le besoin de temps pour intégrer de nouvelles données scientifiques et travaux de chercheurs issus de pays en développement.
Pour les tenants de 2028, « dissocier le cycle politique des Nations Unies des données scientifiques fournies par le Giec compromettrait l’effort mondial de lutte contre la crise climatique et affaiblirait la coopération internationale », avaient souligné les ministres du Canada, du Chili, de la France, du Mexique, de la Sierra Leone ou encore du Vanuatu dans une déclaration signée le 9 octobre par 35 pays.
L’ambassadeur français promet, lui, de persévérer, avec son équipe, à se battre « sans relâche pour la science ». « Nous continuerons à convaincre nos partenaires que sans les meilleures données scientifiques disponibles, nous serons moins efficaces pour lutter contre le changement climatique et protéger nos populations », conclut-il.
Il y a quelques semaines, la réalisation du 7e rapport d’évaluation du Giec avait déjà été questionnée après qu’une enquête journalistique avait montré que des chercheurs liés à l’industrie pétrolière saoudienne y participaient.