L'énergie solaire évite une pénurie d'électricité en Suisse
Malgré la faiblesse des débits dans les centrales au fil de l’eau et l’arrêt des deux réacteurs de Beznau, la Suisse ne manque pas d’électricité. Le fort développement des installations photovoltaïques permet de compenser une partie du déficit et de préserver les réserves des barrages.
Après plusieurs semaines de sécheresse et en l’absence de précipitations significatives, les cours d’eau suisses affichent des niveaux particulièrement bas. Les plus petits ne sont parfois plus qu’un mince filet d’eau, tandis que de grands fleuves comme l’Aar, le Rhin ou le Rhône enregistrent par endroits des débits parmi les plus faibles depuis le début des relevés. Cette situation a désormais des répercussions sur la production d’électricité: les centrales au fil de l’eau produisent nettement moins que la moyenne pluriannuelle.
>> Ecouter un extrait du reportage de SRF :
Le recul apparaît également lorsqu’on compare la situation actuelle à d’autres années marquées par une sécheresse exceptionnelle, comme 2003 ou 2022. L’écart est encore plus spectaculaire face à une année particulièrement pluvieuse telle que 2016.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Infographies.
Accepter Plus d'info
Des producteurs d'électricité pénalisés
La baisse de la production d'électricité affecte aussi directement les entreprises énergétiques. "Dans nos centrales hydroélectriques, la production d'électricité a été d'environ 25% inférieure à la moyenne pluriannuelle entre mai et juillet en raison des faibles apports d'eau", indique Repower, le fournisseur d'électricité du canton des Grisons.
Les Forces motrices valaisannes (FMV) tiennent des propos similaires: "En raison de la faible quantité de précipitations en hiver, la couverture neigeuse était mince à la fin de l'hiver et se situait en dessous de la moyenne pluriannuelle. Cela a conduit à une fonte des neiges plus faible et donc à une baisse de la production d'électricité des centrales au fil de l'eau durant la période de mai à juillet."
En dehors de l'espace alpin, on observe les mêmes conséquences. "Pour nos centrales au fil de l'eau, en particulier les installations le long de l'Aar, nous enregistrons de très faibles apports d'eau", indique le groupe énergétique Alpiq à Lausanne. Il chiffre la baisse dans ces installations à environ 15% par rapport à la moyenne pluriannuelle.
Presque pas de pluie, mais beaucoup de soleil
Malgré la baisse marquée de la production des centrales au fil de l’eau et l’arrêt des deux réacteurs de Beznau I et II, la Suisse n’a jusqu’ici connu aucune pénurie d’électricité. Une situation qui s’explique notamment par les nombreuses heures d’ensoleillement: les installations photovoltaïques produisent actuellement d’importantes quantités d’électricité.
Leur contribution est désormais bien plus importante qu’il y a encore quelques années. Cette évolution est principalement due au développement massif des installations solaires depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.
L'énergie solaire comble le déficit d'électricité
"L'énergie solaire agit comme un tampon important face aux conditions hydrologiques défavorables en Suisse. Sans le fort développement du photovoltaïque ces dernières années, le bilan électrique serait actuellement plus tendu", précise la Commission fédérale de l'électricité Elcom.
"Sans cette contribution supplémentaire, la Suisse devrait sans doute utiliser davantage d'eau des lacs d'accumulation pour la production d'électricité, importer plus d'électricité ou en exporter moins et pourrait en outre être confrontée à des prix de l'électricité plus élevés", relève l'Elcom.
Concrètement, les installations solaires contribuent à économiser l'eau des lacs de pompage-turbinage. Cette eau est principalement utilisée pour la production d'électricité avant le lever du soleil et après le coucher du soleil, lorsque les installations solaires ne fournissent plus d'électricité.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Infographies.
Accepter Plus d'info
Matthias Heim (SRF)
L'eau qui refroidit Beznau I et II devenue trop chaude
Les deux centrales nucléaires de Beznau I et II sont actuellement à l'arrêt. La compagnie d'électricité Axpo, qui les exploite, n'a pas arrêté les réacteurs en raison du faible niveau de l'eau, mais plutôt à cause de la température de celle-ci.
Ces deux centrales sont refroidies à l'aide d'eau de rivière. Or, après le processus de refroidissement, cette eau ne doit pas dépasser certaines limites de température. Comme l'eau de l'Aar est actuellement très chaude, Axpo a l'interdiction de rejeter davantage d'eau chaude dans la rivière, afin de préserver la faune et la flore locales.
Niveaux de remplissage des lacs de retenue inférieurs à la moyenne
En raison de la sécheresse en Europe et de la hausse des prix du gaz consécutive au conflit impliquant l'Iran, l'Elcom a fait le point sur l'approvisionnement en électricité pour l'hiver à venir.
"Il est vrai que les niveaux de remplissage actuels [des lacs de retenue, ndlr] sont bas. Toutefois, une certaine incertitude demeure quant à l'évolution de la situation d'ici au début de l'hiver. Celle-ci dépendra du régime des précipitations au cours des prochains mois ainsi que de la gestion des installations par les exploitants.
Bien que la situation puisse encore s'améliorer, nous prévoyons actuellement que les niveaux de remplissage au début de l'hiver seront inférieurs à la moyenne à long terme. Par ailleurs, les prévisions météorologiques et de précipitations à moyen et long terme sont entachées d'une incertitude considérable, ce qui rend très difficile la prévision de la production hydroélectrique au fil de l'eau pour l'hiver. L'Elcom suit de près l'évolution de la situation."