"L'enfant qui pleure": l'histoire de la photo exposée dans le sanctuaire de Lourdes où le pape Léon XIV va dire une messe

Photographie de "l'enfant qui pleure" - DR
Au troisième jour de son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV va célébrer une messe ce dimanche sur la prairie du Sanctuaire de Lourdes. Depuis 2021, l'endroit est orné de la photographie de "l'enfant qui pleure", une œuvre symbolisant les souffrances endurées par les victimes de violences sexuelles au sein de l'Église.
Léon XIV et les 150.000 spectateurs attendus ce dimanche 27 septembre au sanctuaire de Lourdes pour la messe papale se trouveront à quelques encablures d'une photographie exposée sur place depuis cinq ans, faisant office de mémorial aux victimes de violences sexuelles dans l'Église.
Scellé en novembre 2021 au mur de l'hémicycle où se réunit deux fois par an l'assemblée des évêques de France, ce cliché reproduit l'image d'une statue d'angelot en larme dans l'église Sainte-Croix de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée.
Il a été installé alors que se réunissaient les prélats pour travailler sur le rapport dit "Sauvé" que venait de rendre la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), document estimant à environ 330.000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles en France depuis 1950.

L'archevêque de Reims, alors président de la Conférence des évêques de France, avait déclaré devant cette photo qu'il y aurait un avant et un après cette séquence. "Désormais, je ne peux entrer dans une église, pour y célébrer le mystère de la vie et de l’amour plus forts que la mort, sans porter le stigmate de votre visage qui pleure, si pauvre, si touchant, si seul, si désemparé, et si digne surtout. Tout le bien du monde ne rachète pas les pleurs d’un enfant."
Les évêques de France, après avoir reconnu "la responsabilité institutionnelle de l’Église dans les violences qu’ont subies tant de personnes victimes et la dimension systémique de ces violences", ont décidé de créer l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr).
"Je me suis reconnu dans ce visage-là"
L'auteur de la photo, Michel, a été abusé par un prêtre lors d'une colonie de vacances, alors qu'il avait huit ans. Adepte de photographie, il profite du confinement en avril 2021 pour parcourir la Vendée et immortaliser près de 200 lieux de culte sur pellicule. Il vit alors une expérience bouleversante face au petit ange éploré.
"Je me suis entièrement reconnu dans ce visage-là. Il s’agit d’un ange, mais j’ai pris la photo de manière à ce que l’on ne voie pas ses ailes, afin qu’elle représente un enfant. Derrière, il y a une gargouille, qui représente l’agresseur. Sur le côté, un lion impassible incarne l’institution. Il m’a semblé que cette photo disait ce que je ne pouvais pas exprimer par mes mots", témoignait-il auprès du Pèlerin.
La photo aurait pu rester méconnue mais vue lors d'une exposition par l'évêque de Luçon, Jean-François Jacolin, explique-t-il à Ouest-France. Le cliché retient l'attention de Luc Crépy, président du Conseil de prévention et de lutte contre la pédophilie de la CEF qui lui demande l'autorisation de l'utiliser pour l'assemblée plénière.
Une reconnaissance aussi en Vendée
Un an plus tard, l'évêque de Luçon a fait apposer la même photographie dans sa cathédrale, à la demande d'un collectif de victimes de violences sexuelles dans l'Église en Vendée. Le photographe, qui tient à son anonymat, a depuis rédigé L'imbroglio, un texte pour accompagner son cliché et lui donner du sens.
"Imbroglio: dans les yeux de l'enfant, se mêlent la souffrance de la violence subie, le déni de sa parole et une grande solitude. Plus tard devenu adulte, à l'imbroglio de son enfance se rajoutera une colère d'avoir été mis en danger et ne pas avoir été secouru. Il comprendra que c'est toute la culture d'un système qui a voulu se protéger au lieu de le protéger. Et son imbroglio ne cesse de se creuser autour de cette interrogation: 'Pourquoi ne peut-on pas lui rendre justice?' C'est tellement vital pour lui pour qu'enfin il puisse avoir la paix et que cesse de couler sa larme d'enfance."
Une poignée de victimes reçues par le pape
Sept victimes de violences sexuelles dans l'Église rencontreront le pape à Lourdes ce dimanche. Dans un communiqué commun, elles ont assuré qu'être reçues par Léon XIV "ne signifie pas renoncer à (leur) exigence".
"Dialoguer ne signifie pas cautionner. Être reçu ne signifie pas renoncer à notre exigence", assure le communiqué, alors que l'annonce de cette rencontre a suscité un début de polémique.
Dénonçant un "mépris institutionnel", une "mascarade" ou un "jeu de concurrence victimaire" avec le choix de "victimes isolées", certains collectifs non reçus ont critiqué le format de cette rencontre privée, et l'opacité de la sélection des interlocuteurs par l'Église.

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Même la présidente de l'Inirr, Marie Derain de Vaucresson, s'est étonnée de cette rencontre à huis clos. "On pourrait imaginer, alors que la France a beaucoup avancé sur ces questions ces dernières années, que la préparation d’une rencontre comme celle-ci soit ouverte à davantage de personnes", a-t-elle déploré auprès de RMC.
"On aurait pu se dire que ça pouvait se faire en deux temps. Peut-être que 150 ou 200 personnes victimes peuvent échanger ensemble et se mettre d’accord sur une parole à porter auprès du Saint-Père."
Moins de 2.000 victimes ont obtenu réparation
Après cinq ans d'existence, l'Inirr a indiqué mardi sur RMC que 1.765 personnes ont été accompagnées par l'instance. Victimes d'agressions, elles avaient entre 6 et 15 ans au moment des faits.
La présidente s'était dite "préoccupée" en avril dernier de la volonté exprimée par la Conférence des évêques de France de remplacer l'Inirr par un dispositif constitué de cellules d'écoutes dans les diocèses, avant d'être orienté vers des démarches restauratives gérées par un organisme national indépendant.
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