"L’inaction institutionnelle devient de la non-assistance aux enfants en danger", un collectif d’associations et de syndicats dénonce l’absence de moyens

"L’inaction institutionnelle devient de la non-assistance aux enfants en danger", un collectif d’associations et de syndicats dénonce l’absence de moyens

Déconstruire les stéréotypes de genre, comprendre le consentement et les limites d’autrui, mieux connaître son corps : autant de points qui devraient être abordés dans l’Éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle. Sans moyens, c’est un véritable abandon que dénoncent les signataires de cette tribune.

Quand l’inaction institutionnelle devient non-assistance aux enfants en danger. Cette rentrée 2026, marque les 25 ans de non-application de la loi Aubry rendant obligatoire au moins trois séances annuelles d’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVAR au primaire, EVARS au secondaire). Les objectifs de ce programme incluent la déconstruction des stéréotypes de genre, la compréhension du consentement et du respect des limites d’autrui, ainsi qu’une meilleure connaissance de son corps, de son intimité et de ses émotions. Toutes les trois minutes en France, un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression. Ces violences s’inscrivent dans un contexte marqué par la montée massive des mouvements masculinistes, qui diffusent une haine des femmes et représentent, selon le Sénat, une menace réelle de passage à l’acte.

Qu’il s’agisse des membres de la Délégation aux droits des femmes ou de la CIIVISE, tous·tes soulignent l’EVAR-S constitue un levier crucial pour prévenir et repérer ces violences. Ainsi, l’absence de moyens pour l’application de ce programme n’est pas une simple lenteur administrative, elle constitue un véritable abandon face à l’urgence de la situation. Cette première année de supposée mise en œuvre du programme EVAR-S a été marquée par un manque massif de moyens humains et matériels, de formation et de temps.

Écarter les partenaires tiers, c’est renoncer à des compétences indispensables pour accompagner les élèves.

Selon le ministre lui-même, seulement 59 % des enseignant·es se sentaient assez formé·es pour animer les séances d’EVAR-S. Localement, la rectrice de l’académie de Montpellier a interdit les interventions d’associations dans les écoles primaires et maternelles, laissant les enseignant·es seul·es malgré un manque criant de formation. Face à cette absence de moyens, un collectif de parents et d’enseignants à Saint-Jean-du-Gard a organisé et autofinancé, sur leur temps libre, une sensibilisation avec l’association la Sexo-Mobile, intervenue antérieurement dans les écoles du territoire. Le rectorat de Montpellier les a rappelé·es à l’ordre, justifiant cette méfiance par des risques de "militantisme", affirmant vouloir internaliser la formation pour "protéger les enfants".

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Cette suspicion crée une rupture d’égalité territoriale, particulièrement en zone rurale où l’école est souvent le seul lieu de repérage des violences. Elle traduit un fléchissement de l’institution face aux discours réactionnaires qui voient dans l’EVAR-S un danger moral. Écarter les partenaires tiers, c’est renoncer à des compétences indispensables pour accompagner les élèves sur des sujets complexes comme la puberté, la sexualité et les violences.

"Une mise en œuvre réelle"

Nous, avec le soutien du Planning familial 34, le CIDFF Hérault, le collectif pour la défense de l’EVAR des Cévennes, le Collectif des Parents Féministes de Montpellier, la FCPE 34, la FSU 34, la FSU-SNUipp 34, Sud Éducation 34 et l’association la Sexo-Mobile, nous revendiquons : une mise en œuvre réelle, transparente et suivie du programme EVAR-S avec des moyens financiers et humains suffisants, des formations obligatoires, financées et accessibles pour tous les personnels, la co-animation des séances avec des associations agréées, spécialisées et qualifiées, la défense du programme et la protection des personnels face aux pressions réactionnaires et aux campagnes de désinformation.