L'interview-testament de David Goffin avant sa retraite : "Je ne sais pas quelles émotions vont sortir"
Tic-tac, tic-tac, tic-tac, au fur et à mesure que le temps s'égrène, la fin inéluctable se rapproche pour David Goffin qui va mettre un terme à sa carrière à l'European Open la semaine prochaine. Mercredi soir, contre un joueur issu des qualifications, sauf si une victoire inattendue se profilait. Dernier voyage, dernière préparation, dernier objectif, derniers échanges avec les autres joueurs et ce vendredi 16 octobre, dernière rencontre avec la presse lors du tirage au sort de l'ATP 250 bruxellois.
Comme depuis l'annonce de sa décision en mars, le Liégeois est apparu serein et détendu pour évoquer sa carrière, avec ses grands moments, ses belles rencontres mais aussi des périodes plus compliquées. Dans cet exercice, le natif de Rocourt a évoqué des choses déjà entendues mais aussi des nouveautés. Et bien évidemment, l'ancien finaliste du Masters en 2017 a parlé de son avenir, sans trop en dire, sauf par rapport à ses projets non-professionnels : courir le marathon de Florence en novembre, partir au ski avec sa famille, se perfectionner sur les greens et succomber, parfois, à l'appel de la balle : celle du padel.
David, quelles sont vos attentes par rapport à ce dernier tournoi de votre carrière ? Quelles sont les émotions que vous pensez ressentir ?
Je ne sais pas trop, honnêtement, à quoi m'attendre, quelles émotions vont sortir, quel tennis je vais produire, comment le public va réagir. J'ai essayé de me préparer le mieux possible. Les deux dernières semaines, j'ai repris des entraînements, notamment avec Raphaël Collignon. J'ai fait vraiment les efforts qu'il faut pour essayer d'être bien et être prêt pour le tournoi et pour bien finir. C'est l'objectif principal. Après, on verra bien ce qui va se passer. Pour le reste, je ne contrôle pas trop et je ne compte pas essayer de contrôler non plus. Donc je me laisserai porter par l'événement.
guillementJe ne veux rien contrôler, juste être porté par l'événement."
Quel héritage pensez-vous laisser au tennis belge et plus tard de quoi parlerez-vous avec votre fille en évoquant votre parcours ?
Je vais peut-être lui montrer des vidéos. Cela se trouvera facilement. Je vais lui parler des émotions ressenties, le partage avec le public. Lui parler des stades où j'ai pu jouer, les villes où j'ai pu jouer, les adversaires contre qui j'ai pu jouer. J'ai eu la chance et la malchance de faire partie de probablement la meilleure génération connue dans l'histoire du tennis avec le Big 4. J'ai connu tellement d'émotions contre eux. Voilà les choses que je veux transmettre.
Quel message voudriez-vous faire passer à vos parents et votre compagne qui vous soutiennent depuis de nombreuses années ?
Il y a énormément de remerciements à leur égard. Mes parents, c'est grâce à eux que j'ai commencé le tennis. Ce sont eux qui m'ont transmis cette passion, qui m'ont lancé dans le bain. J'ai tout de suite adoré. Ils m'ont tout de suite soutenu dès qu'ils ont vu que j'avais des aptitudes et du talent dans ce sport-là. Plus tard, ma femme est arrivée, puis ma fille dans les deux dernières années. Elles ont vécu sans arrêt à mon rythme, au rythme des événements. Elles ont vécu pour moi, tout le temps, en fonction de mon programme. Je ne les remercierai jamais assez de m'avoir suivi. Et d'avoir mis tout entre parenthèses, pour qu'on puisse vivre ces émotions. Maintenant, on va peut-être changer les rôles.
Je dois remercier mes parents, ma femme, ma fille.
Comment avez-vous vécu les derniers mois après l'annonce de votre future retraite ?
Il y a eu un petit coup de mou dans les semaines qui ont suivi. Mais en même temps, je ne réalisais pas encore, parce que je savais que j'allais essayer de faire encore quelques tournois. Mais cela a été difficile de retourner avec les mêmes intentions, la même motivation à l'entraînement tous les jours. Il y avait Roland-Garros, le tournoi le plus important de mon année avec Bruxelles. Et à Paris, j'ai réussi à sortir encore quelque chose, à gagner un match, à m'accrocher. Le reste de l'année fut long. Pour Bruxelles, la motivation est revenue. Je me trouvais dans un bon état d'esprit aux entraînements. Après l'annonce, ce qui a été dur, c'est de rester dedans.
guillementAprès l'annonce de ma retraite, il y a eu un coup de mou.
Si vous deviez écrire les cinq premières lignes de votre page Wikipédia, on retrouverait quoi ?
Joueur de tennis professionnel qui a battu les plus grands joueurs de sa génération, et qui a toujours fait le maximum pour donner les plus belles choses au public.

Quelle est la plus grande satisfaction de votre carrière ?
Celle d'avoir pu développer mon potentiel au maximum. Je n'ai aucun regret par rapport à ça, j'ai l'impression d'avoir fait le maximum pour aller le plus haut possible avec à la clé de très belles victoires. J'ai aussi énormément de fierté d'avoir pu défendre les couleurs de mon pays en Coupe Davis, avec des émotions particulières. Je n'oublie pas mes victoires contre Federer, Nadal, Djokovic et mes six titres en carrière.
guillementJ'ai tiré le maximum de mon potentiel.
On sait que vous allez partir au ski en famille, courir un marathon à Florence en novembre mais aussi jouer au golf et au padel, avez-vous d'autres projets ?
C'est déjà pas mal. Je ferais bien du sport tous les jours. Peut-être plus du tennis, mais le reste, oui. J'adore cela et je n'ai plus la peur de me blesser. Au niveau professionnel, il y a plein de trucs qui arrivent mais je me laisse le temps de réfléchir. Je ne suis pas pressé avec ça, je me laisse encore quelques mois et on verra bien ce qui va se passer.
Avez-vous suffisamment apprécié tout ce que vous avez vécu ?
Ce qui est certain, c'est qu'une carrière passe vite. Mais ce n'était pas un sprint. Pour briller, il faut mettre des choses en place pour essayer d'aller le plus haut possible. C'est sûr que si je devais recommencer et savoir ce qui va se passer, je profiterais peut-être un peu plus. Mais j'ai connu quinze belles années sur le circuit. Il y a eu du bon et du moins bon, mais tout cela appartient à ce qu'un joueur de tennis peut recevoir. Il n'y a aucun regret.
Que pensez-vous de votre succession avec Zizou Bergs, Alexander Blockx et Raphaël Collignon ?
Ils ont tous des potentiels différents, des âges différents, des caractères différents, des jeux différents. J'espère qu'ils vont se tirer vers le haut. C'est un peu ce qui se passe. Et en Coupe Davis, ensemble, ils peuvent vivre de chouettes moments.
Alexander Blockx qui est le mieux classé peut-il faire mieux que vous et votre septième place mondiale ?
Il possède les armes, il a le potentiel. Après, pour être septième mondial, cela dépend tellement de choses : le mental, la constance, le physique. Parfois, ce n'est pas évident de tenir toute une année à un niveau pour arriver dans le top 10. Sa frappe de balle est impressionnante. Il est grand, il est costaud, le potentiel est là. Sans oublier qu'il est encore jeune. Je lui souhaite d'aller le plus haut possible.
Dans un tennis qui n'est plus le même qu'à vos débuts ?
C'est vrai, beaucoup de choses ont changé : les conditions de jeu, les surfaces, les balles. Ce qui donne des conditions beaucoup plus lentes, donc les joueurs recherchent vraiment à frapper beaucoup plus fort, parce qu'ils ont plus de temps pour armer. La puissance est devenue le critère numéro un pour être haut au classement. Sans parler du matériel. Les raquettes, ce sont des lance-missiles. Ce qui donne des matchs différents par rapport à avant, une variété de joueurs complètement différente. Maintenant, quand on fait un slice, on est presque mort.
Cela aurait été plus compliqué pour vous de commencer votre carrière maintenant ?
Oui. Il m'aurait fallu un long passage à la salle pour prendre du muscle. J'aurais changé de matériel, parce que je pense qu'il aurait fallu faire des petites adaptations si j'avais 22 ans aujourd'hui.
Pour en revenir à votre dernier match, avez-vous une idée des sentiments qui seront présents ?
Je ne sais pas du tout. C'est un moment jamais vécu dans ma vie. On verra. Cela me plaît un petit peu de ne pas savoir, de vivre l'instant présent, essayer de profiter le maximum du temps encore disponible.
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