« L’Odyssée » : Christopher Nolan revisite le mythe d’Homère dans ce péplum bien pensé mais un peu trop grandiloquent

« L’Odyssée » : Christopher Nolan revisite le mythe d’Homère dans ce péplum bien pensé mais un peu trop grandiloquent
Matt Damon incarne Ulysse dans « l’Odyssée », de Christopher Nolan.

Matt Damon incarne Ulysse dans « l’Odyssée », de Christopher Nolan. MELINDA SUE GORDON/UNIVERSAL PIC

Pour aller plus loin

Signe des temps de polarisation extrême et de buzz à foison, voilà un film escorté par une avalanche de polémiques inutiles, suscitant des débats tatillons sur la base de sa seule bande-annonce. Pour aller vite, « l’Odyssée » serait un péplum woke (puisque Hélène de Troie est campée par la Mexicano-Kenyo-Américaine Lupita Nyong’o), une aberration historique (parce qu’Ulysse parle anglais avec un accent américain et navigue en drakkar viking), un parangon de réappropriation culturelle – aucun helléniste distingué n’a été contacté par Christopher Nolan.

Autant de reproches qui donnent mécaniquement envie de le défendre. D’abord parce que le péplum, plus encore qu’un autre genre de cinéma, est depuis la nuit des temps une machine à fantasmes qui avance démasquée (comme le récit d’Homère, d’ailleurs) et qu’accuser le cinéaste de coller aux préoccupations de son époque s’avère à la fois grotesque et douteux – comme en témoigne la nouvelle éruption raciste d’Elon Musk sur les réseaux sociaux contre le film. Oui, Christopher Nolan, et c’est là tout l’intérêt, s’interroge davantage sur la noirceur guerrière d’Ulysse qu’il loue aveuglément son génie tactique. De la stratégie du cheval de Troie aux ruses qui ponctuent ses célèbres aventures (l’œil du Cyclope, les hommes-cochons de Circé, tout est là), son mythe est sans cesse reconsidéré à l’aune des victimes sacrifiées (compagnons de voyages comme adversaires), des massacres engendrés. Au point d’ériger le personnage en une sorte d’icône maudite, percluse d’ambiguïtés politiques, une sorte de prophète malgré lui d’un Occident avide de conquêtes et tenté par le pouvoir vertical.

De là à considérer le film comme un chef-d’œuvre, il y a un pas qu’on se garde bien de franchir : plutôt qu’à ses meilleurs films-concepts, ludiques et racés (« Inception », « Interstellar »), « Ulysse » appartient hélas à la catégorie des démonstrations drapées de grandiloquence qui cohabitent dans l’œuvre Nolanienne, mastodonte trop lourd, plombé par sa myriade d’intentions.

Par  Guillaume Loison