L'oeil de la rédaction. L’édito : Roman écrit à l’aide de l’IA ? L’ombre d’un doute

L'oeil de la rédaction. L’édito : Roman écrit à l’aide de l’IA ? L’ombre d’un doute

L'auteur Thélyson Orélien, avec son ouvrage C’était ça ou mourir, est au coeur d'une polémique qui vient d'éclore. Celle-ci l'accuse d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour écrire ce roman. Au-delà de ce cas, cela pourrait mettre en doute les prochains travaux des écrivains.  

Benoît Gaudibert -

Aujourd’hui à 20:09

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Photo Alexandre Marchi

Photo Alexandre Marchi

Le tribunal des réseaux sociaux ne connaît pas la présomption d’innocence. Il a suffi d’un post sur un compte anonyme pour jeter en quelques heures le discrédit sur le phénomène littéraire de la rentrée. Selon cette publication, l’auteur québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien aurait eu recours à l’intelligence artificielle pour rédiger son premier roman, C’était ça ou mourir , qui figure sur la liste des postulants au prix Goncourt. Passé à la moulinette de Pangram, un outil de détection IA, l’ouvrage serait l’œuvre, au moins partielle, d’un robot algorithmique.

Depuis, l’écrivain et son éditeur se défendent, crient à la méprise, voire à la manipulation et au complot raciste. D’autres détecteurs ont abouti à un verdict moins catégorique. Mais c’est trop tard. Le ver est dans le fruit. Le doute s’est instillé, et au rythme où va l’IA générative, plus personne ne fera bientôt plus confiance à personne dans le monde de l’édition. Qui croire, l’écrivain qui clame sa bonne foi ou le détecteur de mensonges électronique réputé « très fiable » ? Si on avait un conseil à donner aux auteurs, c’est de mettre leur PC au placard et de se remettre à écrire à la plume, histoire de pouvoir dégainer leur manuscrit comme pièce à conviction en cas de contestation.

Se forger sa propre opinion

Quel que soit le dénouement de cet imbroglio, Thélyson Orélien aura du mal à se défaire de l’étiquette de faussaire que lui ont collé les réseaux. Cloué au pilori sans autre forme de procès, il risque de devoir assumer longtemps ce soupçon, alors qu’il n’est peut-être que la victime, une de plus, de l’incontrôlable affolement de l’époque. Cette histoire édifiante soulève une autre question vertigineuse. Un robot serait-il donc capable de commettre un roman assez brillant pour que les critiques littéraires n’y voient que du feu et se pâment devant autant de style et de talent ? On voudrait ne pas y croire.