La facture est passée de 300 à 800 millions d'euros: le projet de réhabilitation de la Tour Montparnasse menacé par les désaccords
Alors que les premiers travaux de désamiantage devraient être engagés à partir de septembre, les copropriétaires de la Tour Montparnasse sont en désaccord quant à la suite du projet. Le principal acteur de la Tour, le gestionnaire d'actifs LFPI, a voté contre le démarrage des travaux lors de la dernière assemblée générale et souhaite aller vers une rénovation "allégée". Les tensions sont cristallisées autour des échanges de lots.
Lancé il y a 11 ans, l'immense projet de rénovation de la Tour Montparnasse n'est pas encore arrivé au bout de ses peines. Aujourd'hui bouclé (du moins en principe) et autorisé par la ville de Paris, le chantier doit normalement débuter en septembre par des travaux de curage, de désamiantage et de pose de la future façade en verre jusqu'au 4e étage. La Tour a d'ailleurs été vidée de ses occupants en mars dernier afin de lancer les préparatifs.
Mais les négociations restent tendues entre plusieurs copropriétaires de l'édifice de 210 mètres de haut. Ils ont eu à se prononcer, mardi 21 juillet, sur le lancement de cette première phase de travaux. Et contre toute attente, le principal propriétaire de la Tour (avec 30% de sa surface), le gestionnaire d'actifs La Financière Patrimoniale d'Investissement (LFPI), a voté contre selon les informations du Figaro: il estime que les coûts du projet (qui ont explosé, passant de 300 millions d'euros annoncés en 2017 à 800 millions d'euros aujourd'hui, à la charge des propriétaires) ne permettent pas d'engager un tel chantier et que les banques risquent de ne pas suivre. Il dénonce aussi l'imbroglio avec plusieurs copropriétaires, qui s'écharpent depuis des mois autour de ce chantier qui prévoit, à l'horizon 2030, une métamorphose de l'édifice en tour vitrée accueillant hôtel, commerces et services, ainsi qu'une serre agricole sur le toit.
La majorité des voix a tout de même voté pour le lancement de la première phase d'une durée de deux ans, à partir de septembre. Pour autant, il s'agit bien d'un signal envoyé: la suite ne sera pas un long fleuve tranquille. "Le projet est mort", aurait d'ailleurs confié un participant au Figaro à l'issue de l'assemblée générale.
Le 43e étage, un catalyseur
Les conflits portent notamment sur de potentiels échanges de surfaces pour garantir l'équité entre chaque copropriétaire et le contrat d'exploitation du toit-terrasse. Cela pourrait, selon plusieurs copropriétaires qui ont déposé un recours au printemps, modifier la substance des lots, voire engendrer des expropriations. Ils demandent l'annulation de ces résolutions et le retour à une version antérieure du projet, dite "non swap" et votée fin novembre 2025.
"On sait que le torchon brûle depuis quasiment un an entre LFPI et d'autres parties, dont Frédéric Lemos (propriétaire de plusieurs étages dans la Tour, l'un des plaignants)", relève Jean-Pierre Lecoq, maire LR du 6e arrondissement.
Ce copropriétaire, ancien président du conseil syndical de la tour, remercié fin 2025 par LFPI qui était alors son employeur, est un proche de Xavier Niel (patron de Free), lui aussi copropriétaire via sa société NJJ et l'un des signataires du recours. Selon Le Figaro, Frédéric Lemos aurait également racheté tout dernièrement les parts du chanteur Vianney (via la société Edmond de Vayres) au 43e étage de l'édifice, que ce dernier avait acquis - à 80% - il y a seulement quelques mois.
Cet étage doit, en principe, accueillir un hôtel prestigieux porté par LFPI et allant du 42e au 45e étage. Mais le rachat du 43e par Xavier Lemos empêche la société de réaliser son opération: sans 43e étage, il ne peut y avoir d'hôtel. Et sans hôtel, l'équation économique n'est plus la même pour le principal propriétaire de la tour. Cela explique, en partie, son retournement au profit d'un projet moins coûteux.
Quel avenir pour l'édifice?
Il s'agit d'une véritable remise en cause de l'ambitieux projet de rénovation, alors que plusieurs copropriétaires dont LFPI souhaiteraient s'acheminer vers une rénovation moins coûteuse, sans serre en haut de l'édifice (alors que les contrats auraient déjà été attribués à Sefri-Cime et Vinci Construction). Surtout, en cas de nouveau projet nécessitant un nouveau permis de construire, il devra alors intégrer la nouvelle réglementation du PLU bioclimatique de la ville de Paris, plus contraignant.
Pour Philippe Goujon, maire LR du 15e arrondissement, il serait incompréhensible "qu'une opération aussi gigantesque ne puisse pas être engagée alors que tout a été conforme et voté par le Conseil de Paris". Il appelle, auprès de l'AFP "tout le monde à la raison pour que les travaux puissent s'engager avant le 26 novembre, date où l'actuel permis de construire tombe".
Interrogé par l'AFP, Frédéric Lemos se dit pour sa part "étonné d'articles de presse affirmant que le projet de rénovation est abandonné". Le dessein pourrait connaître des ajustements mais l'idée d'une rénovation radicalement moins ambitieuse n'est défendue que par LFPI, selon lui. Il compte convoquer une nouvelle assemblée générale urgente pour lever les "conditions suspensives au démarrage des travaux" de désamiantage.