La plupart des pompiers bruxellois en grève ce jeudi : "L'état moral du personnel est catastrophique"

La plupart des pompiers bruxellois en grève ce jeudi : "L'état moral du personnel est catastrophique"

"C'est une situation sociale exceptionnelle, du jamais vu". Délégué syndical CGSP Siamu, Pierre Adams est lui-même surpris par l'ampleur de la grève en cours chez les pompiers Bruxellois. "Cette mobilisation est le fruit d'une longue dégradation des conditions de travail des pompiers qui n'ont pas été prises en charge. Aujourd'hui l'état moral du personnel est catastrophique", ajoute cet adjudant.

Ce jeudi, seuls 38 pompiers bruxellois ont pris leur service. En temps normal, ils sont 172. "Nous avions déposé un préavis de grève symbolique pour le 21 juillet. Au terme de celui-ci, Les équipes se sont concertées et ont pris collectivement la décision de poursuivre la grève. C'est aussi cela qui en fait une situation d'exception. Ce n'est pas les syndicats qui sont à l'initiative, nous avons dû nous adapter rapidement en voyant le taux de participation qui approche des 100 %".

Les employés du 112 sont eux aussi en grève, rappelle Pierre Adams. "C'est la première fois de leur histoire. Ils sont souvent oubliés, pourtant eux aussi sont en sous-effectif et travaillent dans des conditions déplorables. Sans eux, les services de secours ne peuvent pas fonctionner".

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Flux tendu

Ce mouvement de colère sans précédent trouve ses racines dans un épuisement de longue date des pompiers bruxellois, détaille Pierre Adams. "Cela fait huit ans que nous tentons de réclamer plus d'effectifs. Il vient de nous être annoncé que le nombre de pompiers allait être redescendu à 153 alors que la charge de travail, elle, ne cesse d'augmenter". Ce délégué syndical estime qu'il faudrait un peu plus de 180 pompiers pour fonctionner correctement.

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Ce n'est plus possible, les pompiers en arrivent à s'effondrer, purement et simplement.

Sur le terrain, ce manque d'effectif à des conséquences très concrètes pour les pompiers. "La durée de travail est fixée à 24 heures. C'est une durée de travail que nous avons l'habitude d'assumer, notamment en alternant les équipes. Certaines pouvaient ainsi trouver un peu de repos en étant assignées à un véhicule qui avait moins de chances de sortir". Aujourd'hui, il n'est plus possible d'alterner les équipes, déplore Pierre Adams. "Nous tournons à flux tendu. Ce n'est plus possible, les pompiers en arrivent à s'effondrer, purement et simplement. Cela entraîne des départs en maladie, qui amplifient encore davantage le problème".

Une fois en intervention, les pompiers sont exposés à des conditions extrêmes, très lourdes pour leur organisme, pendant des durées plus longues. "Il arrive que des équipes soient engagées pendant cinq à huit heures de suite sur une intervention avec protection respiratoire, détaille Pierre Adams. "Un collègue qui est intervenu sur l'incendie de Ganshoren l'année dernière a participé à une étude médicale volontaire. Après les premiers examens, il a été recalé et envoyé d'urgence chez son médecin. Une semaine après, il était encore en situation de détresse intense due à son exposition prolongée à la chaleur. C'est pourtant un cycliste aguerri qui a participé aux championnats du monde, il est habitué aux efforts physiques intenses et de longue durée".

Sentiment d'abandon

Aujourd'hui, Pierre Adams témoigne d'un sentiment d'abandon partagé par de nombreux pompiers bruxellois. "L'année dernière, à cause d'un oubli, la médecine du travail n'a pas été renouvelée. On en arrive à des prises de risques inconsidérées".

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Pour tenter d'apaiser la colère des pompiers, un conseil des ministres se tient ce midi en urgence. Du côté des syndicats, on voit mal comment celui-ci pourrait donner lieu à des mesures satisfaisantes. "Le fédéral a augmenté de 10 millions d'euros la dotation de la région pour les services Siamu. Au vu de ses difficultés financières, celle-ci a décidé d'utiliser cet argent pour autre chose. Hier le ministre-président Boris Dilliès (MR) nous présentait comme une avancée le fait d'utiliser un dixième de ce montant pour nos services", s'indigne Pierre Adams.

À l'issue du conseil des ministres, l'ensemble des propositions faites par Boris Dilliès ont été approuvées, précise un communiqué envoyé par le cabinet du ministre-président Bruxellois. Celles-ci couvriraient "les enjeux liés aux effectifs, aux moyens opérationnels et aux investissements". À ce stade, le détail des mesures prises n'est pas encore connu. Il doit être transmis aux représentants du personnel cet après-midi.

Dans un communiqué diffusé jeudi, les pompiers de Bruxelles ont confirmé que leur capacité opérationnelle restait limitée en raison de la grève, tout en assurant que les missions essentielles continuaient d'être remplies. Les moyens disponibles sont affectés en priorité aux interventions les plus urgentes et le dispositif est adapté en permanence en fonction des ressources et des besoins sur le terrain.

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