Kenya : la politique de Trump sur le sida provoque une crise sanitaire
Publié2. octobre 2026, 07:44
KenyaLa politique sida de l’administration Trump tue déjà
Le gel brutal de l’aide humanitaire américaine au Kenya est déjà à l'origine de plusieurs décès et des experts craignent une future «catastrophe» dans le pays.

Sous une dalle de béton inachevée d’un cimetière de Nairobi repose Judy, prostituée kényane séropositive de 36 ans. Malade après avoir été privée de ses antirétroviraux par les coupes brutales de l’aide américaine, elle est morte le 7 août, quelques heures avant une rencontre prévue avec l’AFP. L’AFP a pu confirmer auprès d’organisations de travailleuses du sexe le décès au Kenya d’au moins 24 d’entre elles, qui, comme Judy, étaient séropositives mais en bonne santé début 2025, quand l’administration de Donald Trump a annoncé le gel de l’aide humanitaire américaine.
Ces coupes ont provoqué la fermeture de très nombreuses cliniques dédiées aux prostituées, où elles recevaient préservatifs, prophylaxie pré-exposition (PrEP) ou antirétroviraux. Des traitements les empêchant d’être infectées ou faisant chuter la charge virale des séropositives au point de les rendre non contaminantes. Les États-Unis, historiquement le principal bailleur bilatéral du système de santé kényan, ont bien signé en décembre un accord de santé de cinq ans avec le Kenya, d’un montant de 2,5 milliards de dollars, dont 1,6 financés par Washington et le reste par Nairobi.
Mais dans la droite ligne morale de l’administration Trump, qui a adopté cette année des règles interdisant aux ONG qu’elle soutient de promouvoir des sujets de société auxquels elle s’oppose, le «cadre de coopération» américano-kényan n’a apporté aucune avancée majeure pour les prostituées, dont les cliniques n’ont pas rouvert. Une tendance mondiale: en juillet 2026, un rapport de la Fondation pour la recherche sur le sida (amfAR) révélait que 73% des organisations financées par les États-Unis avaient définitivement mis fin à des services destinés aux «populations clés» — travailleuses et travailleurs du sexe, communautés LGBT et consommateurs de drogues — alors qu’elles sont les plus à risque d’infection.
14'000 nouvelles contaminations en 2025
Plusieurs experts interrogés par l’AFP craignent une future «catastrophe» au Kenya: une explosion des contaminations au VIH, déjà constatée parmi les nombreuses travailleuses du sexe du pays. Les autorités kényanes estiment leur nombre à 285'000, dont 27,5% sont séropositives. L’arrêt des traitements pour les prostituées ne peut qu’avoir des conséquences désastreuses dans la population, selon les experts et une douzaine de prostituées interrogées par l’AFP. Beaucoup de clients refusent – ou ne peuvent se payer – les préservatifs et ont ensuite des rapports non protégés avec d’autres partenaires.
Interrogée par l’AFP, la directrice de l'Onusida, Winnie Byanyima, regrette la fermeture au Kenya de nombreuses structures accueillant les populations à risque. Des lieux tenus par leurs pairs, mettant l’accent sur la prévention, où ces communautés se rendent sans crainte d’être jugées. Ces centres d’accueil et cliniques représentent une «part énorme de la riposte au VIH», constate-t-elle, avertissant que les coupes des États-Unis, suivis par d’autres importants donateurs, mettent «en péril» des décennies de lutte contre le sida. Le phénomène étant récent, les statistiques kényanes ne reflètent pour l’instant pas d’augmentation des infections dans la population.
Douglas Bosire, président du NSDCC, agence gouvernementale supervisant notamment la stratégie vis-à-vis du VIH/sida, rappelle au contraire les «grands progrès» récemment réalisés au Kenya. En 2025, quelque 14'000 nouvelles contaminations y ont été recensées, contre environ 20'000 en 2024, soit une chute de 27%, se félicite-t-il. Les morts de maladies liées au sida ont diminué de 8%, passant de 21'000 à environ 19'500 décès sur un an, fait-il remarquer à l’AFP. Mais il reconnaît «un risque que ces gains ne s’inversent» si des populations plus en danger ne sont pas mieux ciblées au Kenya, où près de 1,5 million de personnes, soit 3,2% de la population, vivent avec le VIH.
(les/yb, yb)

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